D’où vient le vent

Tunisie, France, Qatar: 2025
Titre original : Wine yekhedhna errih
Réalisation : Amel Guellaty
Scénario : Amel Guellaty
Interprètes : Eya Bellagha, Slim Baccar, Zeineb Neji
Distribution : L’Atelier Distribution
Durée : 1h40
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 15 juillet 2026
3.5/5
Synopsis : À Tunis, Alyssa et Mehdi, deux amis d’une vingtaine d’année, rêvent d’opportunités dans un pays traversé par des tensions sociales et politiques . Quand Alyssa découvre un concours d’art dont le prix est une résidence artistique à l’étranger, elle décide d’y inscrire Mehdi. Seul obstacle : le concours se tient à Djerba, à plus de 500 kilomètres. L’audace d’Alyssa va les pousser à prendre la route et leur destin en main, à la poursuite d’une vie meilleure.

C’est sous la forme d’un road-movie que la réalisatrice et photographe tunisienne Amel Guellaty, dorénavant établie à Los Angeles, a choisi de dresser le portrait de deux ami(e)s, une jeune tunisienne et un jeune tunisien, qui, chacun à sa façon, cherchent leur voie dans la Tunisie post Printemps Arabe. Pour Amel Guellaty, le moment présent est, pour la jeunesse tunisienne, une sorte de « moment suspendu, d’entre deux », avec d’un côté, la persistance des espoirs nés de la Révolution du Jasmin et, de l’autre, la réalité économique, sociale et politique bien plus dure que ce qui était espéré par tout un peuple. Dans ce contexte, les jeunes tunisiens sont contraints d’évoluer afin de s’adapter à des conditions de vie qui ne cessent de se modifier et le voyage extérieur qu’est forcément road-movie est apparue à la réalisatrice comme étant le cadre idéal pour faire évoluer les personnages qui y participent. Dans D’où vient le vent, ces personnages sont donc Alyssa et Mehdi. Alyssa est étudiante, elle est particulièrement énergique, spontanée et débrouillarde, et elle rêve de quitter son pays pour aller vivre en Europe. En attendant, leur mère étant « absente » du fait d’une dépression, c’est elle qui doit s’occuper de Zeineb, sa petite sœur. Plus réservé, Mehdi vit davantage dans son monde intérieur ; il est à la fois un excellent dessinateur et un informaticien diplômé qui cherche avant tout un travail correspondant à ses capacités. Alyssa et Mehdi sont-ils amis et seulement (mais c’est déjà beaucoup !) amis ? Ou bien sont-ils tous les 2 secrètement amoureux l’un de l’autre ? Ou bien l’un ou l’une d’entre eux ressent-il de l’amour pour l’autre sans que ce sentiment soit partagé ? C’est à vous de voir ! Toujours est-il que, un jour, Alyssa prend connaissance d’un concours de dessin germano-tunisien qui va se dérouler à Djerba et dont la récompense pour le gagnant est une résidence artistique en Allemagne. Persuadée que Mehdi, s’il participe à ce concours, va forcément gagner, elle imagine tout de suite un scénario dans lequel Mehdi et elle se marieraient et pourraient aller vivre tous les deux à Berlin. En attendant, il faut arriver à convaincre Mehdi et, ensuite, arriver à rejoindre l’hôtel de Djerba dans lequel va se dérouler le concours alors que les chauffeurs de cars sont en grève et qu’il y a 500 kilomètres à parcourir.
C’est avec beaucoup de sensibilité, avec beaucoup de tendresse pour ses personnages, avec, également, une bonne dose d’humour et de poésie, que Amel Guellaty nous fait voyager de Tunis à Djerba, un voyage qui réserve son lot de surprises à Alyssa et à Mehdi. A chaque fois, on s’amuse des réponses trouvées par Alyssa pour tenter d’apporter une solution au problème rencontré. Parfois, ça marche, d’autres fois cela ne fait qu’empirer la situation. Même si la réalisatrice avait en tête de « parler de la jeunesse tunisienne, sans discours ni slogans », « sans chercher à expliquer ni à analyser politiquement la Tunisie », ce voyage ne manque pas, mine de rien, d’aborder des sujets éminemment politiques : la corruption, le copinage, une société tunisienne à 2 vitesses, la situation de la femme en Tunisie, etc. Venant de la photographie, Amel Guellaty a réalisé D’où vient le vent en pensant en priorité à l’image, allant même jusqu’à souhaiter que son film puisse être compris presque sans dialogues. C’est ainsi que la palette des couleurs a été utilisée pour raconter l’état intérieur des personnages : le rouge lié à la colère et à l’urgence, le bleu au rêve et à l’apaisement, le jaune évoquant la Tunisie elle-même, avec son désert, sa chaleur et sa lumière. Quelques incrustations animées ont été utilisées par la réalisatrice, permettant au film d’échapper au réalisme pendant de courts instants et de se glisser alors dans l’imaginaire des personnages. Amel Guellaty a trouvé avec Eya Bellagha et Slim Baccar, révélé par Mehdi Hmili, les interprètes idéaux de Alyssa et Mehdi. Avec D’où vient le vent qui vient après après La voix de Hind Rajab, sorti en novembre dernier, et après A voix basse, La maison dorée et Le pont, 3 films sortis cette année, le cinéma tunisien continue de faire preuve d’une grande vitalité. On remarquera au passage que 4 de ces 5 films sont l’œuvre de réalisatrices !!
















