Le premier rôle

France : 2026
Titre original : –
Réalisation : Amor Hakkar
Scénario : Amor Hakkar
Interprètes : Zakaria Souakria, Amor Hakkar, Tounès Aït-Ali
Distribution : Sarah Films
Durée : 1h26
Genre : Drame
Date de sortie : 8 juillet 2026
3.5/5
Synopsis : Algérie. Mehdi, onze ans, vit avec sa famille dans un douar à côté d’une petite ville où, gravement malade, il séjourne régulièrement à l’hôpital. Seule une opération à l’étranger pourrait lui donner une chance de survie. Les demandes de visa ont été refusées à la famille, et l’administration tarde à trouver une solution. Alors, quand un réalisateur français lance à quelques kilomètres de là un casting pour un film qui se tournera pour partie en Algérie, pour partie en France, Klifa, le grand-père de Mehdi, y voit la seule chance pour son petit-fils de gagner la France afin d’y être opéré. Il faut donc que Mehdi ait le rôle, et s’il l’obtient, dissimuler sa maladie jusqu’au départ pour la France. Mehdi ignore les desseins de son grand-père. Il sait que ses jours sont comptés et voit dans ce film l’occasion – pour lui qui rêvait de faire du théâtre – de laisser un souvenir à ses proches. Chacun des deux va donc faire de son mieux, en fonction de ses propres objectifs, et sans connaitre ceux de l’autre, ni l’issue à venir.
Sans avoir l’air d’y toucher, avec un petit côté mélo totalement assumé et qui, restant complètement dans le domaine de l’acceptable, s’avère même plutôt attrayant , Le premier rôle est un film qui nous dit beaucoup de choses sur l’Algérie d’aujourd’hui : sur la présence de la corruption, avec la surprise affichée par une protagoniste quand elle s’entend répondre « walou » à sa question concernant ce qu’il a fallu donner à un fonctionnaire pour obtenir une faveur ; sur les problèmes que rencontre le système hospitalier algérien du fait de l’insuffisance des moyens alloués : « si on construisait des hôpitaux plutôt que des mosquées, on n’en serait pas !à », dit un médecin ; sur le pouvoir coercitif que des maris exercent sur leurs épouses, toujours vivant, mais qui, apparemment, semble de plus en plus battu en brèche : avec une femme comédienne qui a signé un contrat pour tourner dans un film, contrat que son mari lui interdit d’honorer quand il prend connaissance du scénario et qu’elle choisira malgré tout de respecter ; Sur les qualités d’entraide et d’accueil dont fait preuve le peuple algérien. C’est dans l’est de l’Algérie que se déroule l’action de Le premier rôle, plus précisément dans la région de Khenchela, dans l‘Aurès, là où est né Amor Hakkar, le réalisateur, puis à Annaba, lieu de départ de bateaux vers Marseille.
Ce premier rôle évoqué dans le titre du film est celui que doit tenir un gamin algérien d’une dizaine d’années dans un film qu’est venu tourner à Khenchela Philippe, un réalisateur français, film dont le tournage continuera à se faire en France. Un détail qui n’a pas échappé à Klifa, le grand-père de Mehdi, un jeune garçon de 11 ans atteint d’un cancer et dont le seul espoir de survie réside dans une opération très délicate ne pouvant être réalisée qu’à l’étranger. Jusqu’à présent, les demandes de visa pour la France ont toujours été refusées et Klifa est persuadé que le visa sera forcément obtenu si Mehdi fait partie du casting du film de Philippe. Personnage très intéressant que ce Klifa, que Amor Hakkar, le réalisateur, a choisi d’interpréter : un homme âgé mais plein d’énergie, prêt à tout pour sauver son petit-fils, pas très bien vu par les autorités car il a refusé l’installation d’un relai téléphonique sur un terrain lui appartenant, se moquant de Djamila, sa fille, la mère de Mehdi, qui, trouve-t-il, n’a que trop tendance à s’en remettre à Dieu, en lui demandant si elle attendrait que Dieu invente l’insuline si Mehdi souffrait de diabète. Le premier rôle nous propose 3 personnages féminins très différents quant à leurs valeurs et à leurs comportements : Djamila, interprétée par Amel Azizi, une femme attachante dont le mari a été contraint d’accepter un travail dans le Sahara, très loin de sa famille, une femme partagée entre l’espoir d’arriver à sauver son fils en acceptant le « scénario » imaginé par son père et la peur des effets de la fatigue que ce « scénario » ne manquera pas de générer chez Mehdi ; Fathia, interprétée par Zahra Doumandji, la comédienne en phase d’émancipation qui va finalement choisir de s’opposer à son mari et devenir une seconde mère pour Mehdi lors du tournage ; Zoukoura, interprétée par Tounès Aït-Ali, une chauffeuse de taxi dont on se demande bien quel type de rapport elle entretient avec Klifa et qui, elle, s’assume en femme libérée : se portant volontaire pour remplacer Fathia lorsque le tournage du film est sur le point d’être arrêté avant même d’avoir commencé du fait du renoncement provisoire de la comédienne, elle annonce la couleur sans détour : elle peut tout faire, elle peut fumer, elle peut même embrasser !
C’est à Besançon que Amor Hakkar est installé. C’est là qu’il a passé sa jeunesse, c’est là qu’il crée la société de production et de distribution de films Sarah Films qui a produit et qui distribue Le premier rôle, film que Amor Hakkar a réalisé, qu’il a monté et dans lequel il interprète le rôle principal. On sent chez lui un grand amour pour le cinéma et une grande sincérité. Malheureusement, Le premier rôle ne bénéficiera pas d’une énorme sortie accompagnée des flonflons télévisuels et radiophoniques. C’est vraiment dommage car ce film si riche en émotion l’aurait mérité !
















