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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Le Syndicat du crime – La Trilogie – Édition Collector Limitée

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Le cinéma hongkongais des années 80 ressemble parfois à une ville qui construirait un gratte-ciel pendant que les ouvriers terminent encore les fondations du précédent. Les films s’y succèdent à une cadence presque irréelle, les genres se mélangent avec une liberté insolente et les cinéastes semblent avancer sans filet, portés par une énergie qui ferait passer un feu d’artifice pour une simple ampoule à économie d’énergie. C’est précisément dans ce contexte que John Woo, épaulé par Tsui Hark, va donner naissance au Syndicat du crime – une œuvre fondatrice d’un cinéma d’action qui n’allait plus seulement raconter des fusillades, mais transformer les balles en ponctuations dramatiques. En quelques plans, Le Syndicat du crime redéfinira le polar hongkongais, imposera les codes du Heroic Bloodshed et influencera durablement aussi bien Quentin Tarantino que Robert Rodriguez, Johnnie To, les frères / sœurs Wachowski ou encore une bonne partie du jeu vidéo moderne. Comme quoi, quelques chargeurs bien remplis peuvent parfois laisser une empreinte plus profonde que certains manifestes artistiques.

Le Syndicat du crime – La Trilogie

Hong Kong : 1985-1989
Titre original : Ying hung boon sik
Réalisation : John Woo, Tsui Hark
Scénario : John Woo, Chan Hing-Ka, Leung Suk-Wah, Tsui Hark
Acteurs : Chow Yun-fat, Ti Lung, Leslie Cheung
Éditeur : HK Vidéo
Durée : 5h05
Genre : Action, Thriller
Date de sortie cinéma : 21 juillet 1993
Date de sortie DVD/BR/4K : 14 février 2026

Le Syndicat du crime (1986) : Ho et Mark sont deux membres des Triades, unis par une indéfectible amitié. Trahi, Ho est arrêté et incarcéré. A sa sortie de prison, il découvre que Mark a perdu l’usage d’une jambe en cherchant à le venger. Rejeté par son jeune frère, épié par la police, Ho tente de refaire sa vie, mais se heurte à son ancien gang bien décidé à le récupérer. Au prix du sang, Ho et Mark vont regagner leur honneur et leur dignité perdus… Le Syndicat du crime 2 (1987) : Ho, truand repenti, aspire désormais à une vie paisible. Mais son passé est sur le point de le rattraper : la police a décidé de l’utiliser comme indic pour démanteler un réseau de faux-monnayeurs. Bien malgré lui, Ho est entraîné dans un incroyable bain de sang à mi-chemin entre Hong Kong et New York où il vient à croiser le frère jumeau de son ancien associé… Le Syndicat du crime 3 (1989) : Saigon, 1974. Alors que le Vietnam sombre dans le chaos, Mark Cheung débarque de Hong Kong pour rapatrier son oncle et son cousin. Contraint de se livrer au marché noir pour réunir les fonds nécessaires au voyage, Mark entre en contact avec Kit, une redoutable trafiquante d’armes…

Les films

[5/5]

Sous ses allures de thriller criminel, Le Syndicat du crime raconte finalement une histoire assez simple. Deux frères suivent des chemins radicalement opposés : l’un vit du faux-monnayage tandis que l’autre entre dans la police avec une foi presque candide dans la justice. Entre eux gravite Mark (Chow Yun-fat), silhouette en imper froissé, cure-dents vissé au coin des lèvres et élégance cabossée, qui deviendra rapidement l’un des personnages les plus iconiques du cinéma asiatique. Cette mécanique fraternelle donne au film toute sa puissance émotionnelle. Les règlements de comptes n’ont jamais vraiment pour objectif d’éliminer un adversaire ; ils cherchent surtout à réparer une confiance brisée, à retrouver une dignité perdue ou à solder une vieille dette morale. Le Syndicat du crime rappelle ainsi que les blessures les plus profondes ne sont pas toujours celles laissées par une balle, mais bien celles qu’inflige une trahison.

L’une des plus belles idées du Syndicat du crime consiste justement à filmer cette loyauté comme une matière presque physique. Les personnages avancent dans un univers où l’honneur pèse davantage que l’argent et où une poignée de main semble parfois plus engageante qu’un contrat signé devant notaire. John Woo ne cherche jamais à rendre ses gangsters réalistes au sens documentaire du terme : il les élève progressivement au rang de figures romanesques, presque chevaleresques. Les ralentis, les mouvements d’appareil d’une fluidité remarquable et les fusillades minutieusement chorégraphiées ne servent pas uniquement à flatter la rétine. Ils prolongent les émotions des personnages, comme si la caméra refusait de quitter leurs états d’âme au moment où le monde explose autour d’eux. Chez John Woo, une arme n’est jamais seulement un objet mécanique : elle devient le prolongement d’une promesse, d’un remords ou d’un sacrifice.

Même le personnage de Jackie, incarné par Emily Chu, apporte une couleur particulière au Syndicat du crime. Loin d’être réduite au simple rôle de compagne décorative, cette jeune femme indépendante traverse elle aussi une période d’errance, noyant parfois ses désillusions dans l’alcool tout en conservant une étonnante liberté de ton. Son regard désabusé agit presque comme un contrepoint aux élans héroïques des hommes qui l’entourent. Cette humanité imparfaite empêche Le Syndicat du crime de se transformer en simple ballet de revolvers et de costumes froissés. Le film garde toujours un pied dans les émotions, même lorsque les chargeurs semblent bénéficier d’une capacité d’accueil défiant joyeusement les lois de la physique.

Le temps n’a finalement retiré qu’une infime partie de son éclat au Syndicat du crime. Quelques effets portent naturellement la marque de leur époque, mais cette patine participe aujourd’hui largement à son charme. Impossible surtout de résister au magnétisme de Chow Yun-fat, véritable météorite de charisme dont chaque apparition donne l’impression que la caméra vient spontanément de trouver son nord magnétique. Face à lui, Ti Lung apporte une gravité magnifique tandis que Leslie Cheung incarne avec beaucoup de sensibilité un frère déchiré entre devoir et affection. Ensemble, ils donnent au Syndicat du crime cette dimension profondément humaine qui explique pourquoi le film continue, près de quarante ans plus tard, de faire battre le cœur des amateurs de cinéma d’action aussi fort qu’un chargeur vide résonnant sur le bitume.

Beaucoup de suites cherchent simplement à faire plus de bruit que leur aînée. Le Syndicat du crime II, lui, préfère faire plus grand, plus triste et plus beau. John Woo ne se contente pas de reprendre les ingrédients qui avaient transformé le premier film en phénomène du cinéma hongkongais : il pousse chacun d’entre eux jusqu’à une forme d’excès assumé, presque lyrique. Les fusillades gagnent en ampleur, les émotions prennent des allures de tragédie antique et les personnages semblent avancer comme s’ils connaissaient déjà l’issue de leur destin. Cette façon de filmer des hommes condamnés à rester fidèles à leurs principes, même lorsque ceux-ci les conduisent droit dans le mur, donne au Syndicat du crime II une intensité qui dépasse largement le simple cadre du polar d’action.

L’intrigue choisit d’ailleurs un terrain particulièrement fertile. Après les événements du premier opus, Lung tente de reconstruire une existence paisible à New York auprès de son ancien associé Ken, qui ressemble étrangement à Mark. L’idée du double pourrait facilement paraître artificielle ; elle fonctionne pourtant à merveille tant John Woo joue avec la mémoire du spectateur. Chow Yun-fat retrouve ainsi une figure différente, moins flamboyante au premier abord, mais tout aussi attachante, tandis que le récit continue d’explorer cette fraternité choisie qui irrigue toute la saga. Les liens du sang comptent toujours, mais ceux tissés par la loyauté paraissent parfois encore plus solides. Le Syndicat du crime II avance ainsi sur une ligne de crête où chaque personnage semble chercher une famille autant qu’une rédemption.

Cette montée en puissance trouve son plus bel écho dans la mise en scène. Le Syndicat du crime II transforme les affrontements armés en véritables chorégraphies émotionnelles. Les ralentis s’étirent comme si le temps lui-même hésitait à laisser mourir ses héros, les éclats de verre dessinent des constellations éphémères et les mouvements de caméra accompagnent les personnages avec une élégance presque dansante. Impossible de ne pas penser à l’influence durable qu’exercera cette esthétique sur tout le cinéma d’action moderne, chez John Woo bien sûr (de The Killer à À toute épreuve), mais aussi chez les autres (Desperado, Matrix…). Derrière chaque salve de balles, John Woo cherche moins à impressionner qu’à traduire un sentiment. Les armes parlent une langue étrange, faite de regrets, de fidélité et d’une mélancolie qui refuse obstinément de quitter le champ.

Le goût du cinéaste pour le spectaculaire n’empêche pourtant jamais Le Syndicat du crime II de conserver une véritable tendresse envers ses personnages. Les scènes plus calmes respirent avec la même sincérité que les affrontements les plus explosifs, et le film prend le temps de montrer des hommes fatigués, usés par leurs choix, qui continuent malgré tout d’avancer parce qu’ils ne connaissent pas d’autre façon de vivre. Cette mélancolie diffuse donne parfois l’impression que Le Syndicat du crime II regarde ses héros avec les yeux d’un vieil ami, conscient de leurs défauts mais incapable de leur tourner le dos. Les explosions deviennent alors presque secondaires : le véritable champ de bataille se situe dans les regards, les silences et les promesses impossibles à renier.

Et lorsque arrive l’assaut final, Le Syndicat du crime II atteint une dimension quasiment opératique. Peu de films d’action auront réussi à filmer la violence avec une telle précision graphique sans jamais perdre de vue les êtres humains qui se cachent derrière les armes. Cette dernière demi-heure demeure aujourd’hui encore un sommet du cinéma de John Woo, où chaque mouvement paraît répondre au précédent avec la précision d’une partition musicale. Ti Lung conserve toute sa noblesse tragique, Chow Yun-fat irradie toujours autant l’écran et Dean Shek apporte une chaleur bienvenue au milieu de ce ballet de plomb et de poussière. Plus généreux, plus ambitieux et encore plus émotionnel que son prédécesseur, Le Syndicat du crime II prouve surtout qu’une suite peut élargir un univers sans jamais en diluer l’âme. Une démonstration de force qui avance en costume froissé, les poches pleines de cartouches… et le cœur beaucoup plus lourd que les revolvers.

Le Syndicat du crime III opère quant à lui un léger changement de focale. John Woo laisse cette fois les commandes à Tsui Hark, qui choisit de remonter le temps pour raconter les événements précédant le premier film. Le résultat a longtemps divisé les amateurs de la saga, certains regrettant l’absence du souffle tragique insufflé par son prédécesseur. Pourtant, le film possède une personnalité suffisamment affirmée pour mériter mieux qu’un simple statut de parent pauvre. Moins frontal, plus romanesque et volontiers mélancolique, le film préfère parfois laisser parler les regards plutôt que les revolvers. Ce déplacement du centre de gravité offre une respiration inattendue à la trilogie, sans jamais renier son ADN de polar hongkongais où la loyauté reste une monnaie plus précieuse que toutes les valises de billets.

L’intrigue du Syndicat du crime III accompagne Mark dans le Saïgon de la fin de la guerre du Viêt Nam. Cette toile de fond historique apporte une ampleur nouvelle au récit. Les trafics, les alliances et les trahisons ne se limitent plus aux rues de Hong Kong ; ils prennent place dans un monde qui s’effondre littéralement sous les bombes. Tsui Hark profite de ce décor crépusculaire pour injecter au film une dimension presque romantique. Les personnages poursuivent un avenir qui leur échappe sans cesse, comme s’ils tentaient d’attraper une fumée obstinément décidée à filer entre leurs doigts. Le Syndicat du crime III parle finalement autant d’exil que de criminalité, et rappelle avec une certaine douceur que les frontières les plus difficiles à franchir sont souvent celles que chacun transporte au fond de lui.

Cette approche plus sentimentale se retrouve naturellement dans la mise en scène. Le Syndicat du crime III conserve les ralentis, les échanges de tirs spectaculaires et les mouvements de caméra hérités des deux premiers volets, mais Tsui Hark leur apporte une élégance différente. Son regard se montre plus flamboyant, parfois plus baroque, multipliant les compositions sophistiquées et les couleurs qui semblent flotter au-dessus des ruines comme des néons refusant obstinément de s’éteindre. Les séquences d’action demeurent impressionnantes, mais elles laissent davantage de place aux instants suspendus, aux hésitations et aux émotions contrariées. Cette sensibilité supplémentaire retire peut-être un peu de rugosité à l’ensemble, mais elle offre aussi à Le Syndicat du crime III une identité visuelle singulière, presque rêveuse par instants, comme si le film observait ses héros à travers le souvenir d’un monde déjà disparu.

Impossible également d’évoquer Le Syndicat du crime III sans saluer la prestation d’Anita Mui, véritable cœur battant du récit. Son personnage possède une force de caractère qui évite soigneusement les clichés habituels du cinéma d’action de l’époque. Déterminée, indépendante, capable de rivaliser avec ses partenaires masculins sans jamais perdre sa part de vulnérabilité, elle apporte au film une profondeur émotionnelle qui lui appartient entièrement. Face à elle, Chow Yun-fat retrouve avec un plaisir communicatif toute la décontraction élégante de Mark, tandis que Tony Leung Ka-fai complète ce trio avec beaucoup de justesse. Leur alchimie suffit souvent à faire oublier quelques légères longueurs ou certaines envolées mélodramatiques un peu appuyées.

Pris isolément, Le Syndicat du crime III n’atteint sans doute pas la puissance des deux chefs-d’œuvre qui l’ont précédé. En revanche, replacé au sein de la trilogie, il enrichit le destin de ses personnages et apporte un éclairage touchant sur leurs blessures les plus anciennes. Surtout, il referme avec élégance une aventure qui aura profondément redessiné les contours du cinéma d’action mondial. Sans la trilogie Le Syndicat du crime, difficile d’imaginer True Lies, Matrix, John Wick ou même une partie de l’esthétique des jeux vidéo (on se rappelle de l’implication de John Woo et Chow Yun-fat dans le puissant Stranglehold). Peu de trilogies peuvent se vanter d’avoir laissé une empreinte aussi durable. Les modes passent, les effets numériques gagnent chaque année en sophistication, mais les héros de John Woo et de Tsui Hark continuent de marcher au ralenti dans l’imaginaire collectif, costume balayé par les éclats de verre, revolver à la main et cœur surdimensionné dans la poche intérieure de leur veste. C’est sans doute la plus belle victoire de la trilogie Le Syndicat du crime : rappeler que le panache n’a jamais eu besoin d’être réaliste pour rester éternel.

Le coffret Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray + Goodies

[5/5]

On connaissait déjà le soin que HK Vidéo apportait régulièrement à ses sorties consacrées au cinéma asiatique, mais ce coffret Le Syndicat du crime – La trilogie franchit encore un cap. Avant même d’insérer le premier Blu-ray 4K Ultra HD dans le lecteur, le coffret impose une présence presque cérémoniale. Le superbe Digipack, protégé par un élégant étui rigide, respire le bel objet conçu pour durer et trouver naturellement sa place dans une vidéothèque. Le livret de 44 pages, les neuf photos d’exploitation et les trois affiches prolongent intelligemment l’expérience, sans donner l’impression de simples gadgets glissés là pour gonfler artificiellement le contenu. Chaque élément participe au contraire à célébrer une œuvre majeure du cinéma hongkongais, avec cette classe discrète qui évite soigneusement le piège du collector tape-à-l’œil. Ce genre d’édition rappelle que le support physique possède encore ce pouvoir presque magique de transformer un film en véritable objet de collection.

Côté restauration, difficile de ne pas afficher un large sourire devant le travail accompli sur les trois Blu-ray 4K Ultra HD. Proposés en Dolby Vision et HDR10, Le Syndicat du crime, Le Syndicat du crime II et Le Syndicat du crime III retrouvent une vitalité impressionnante sans jamais renier leur identité photographique. Le grain argentique est respecté avec beaucoup d’intelligence et conserve cette texture organique qui rappelle constamment que ces films ont été tournés sur pellicule. L’apport de la haute définition se manifeste surtout par une précision remarquable sur les visages, les costumes ou les décors urbains, qui gagnent en relief sans sombrer dans l’excès de netteté artificielle. Les enseignes lumineuses de Hong Kong retrouvent tout leur éclat, les noirs gagnent en profondeur et les contrastes offrent davantage de nuances lors des nombreuses scènes nocturnes. Les amateurs de démonstrations numériques tapageuses devront sans doute revoir leurs attentes : cette restauration privilégie la fidélité au matériau d’origine plutôt que l’esbroufe technologique, et c’est probablement la meilleure décision qui pouvait être prise. La technologie Dolby Vision révèle également toute sa pertinence dans les jeux de lumière imaginés par John Woo et Tsui Hark. Les reflets sur les carrosseries, les halos traversant les nuages de fumée, les flammes ou les éclairages colorés gagnent une subtilité bienvenue sans jamais donner l’impression que le film cherche à se moderniser coûte que coûte. Les trois longs-métrages conservent leur patine des années 80, mais avec une stabilité de l’image et une finesse qui permettent enfin d’apprécier pleinement le soin apporté aux compositions de cadre et aux mouvements de caméra. Les quelques limitations inhérentes aux conditions de tournage de l’époque demeurent naturellement perceptibles, notamment sur certains plans plus doux ou quelques effets optiques, mais elles relèvent davantage de l’ADN des films que d’un quelconque défaut de restauration. HK Vidéo signe ici un travail respectueux, qui laisse respirer le cinéma de John Woo au lieu de chercher à le maquiller.

Côté son, l’ensemble s’avère tout aussi convaincant. Les pistes VF et VO sont proposées à la fois en DTS-HD Master Audio 2.0 et en DTS-HD Master Audio 5.1, permettant à chacun de choisir l’expérience qui lui convient le mieux. Les mixages d’origine en DTS-HD Master Audio 2.0 conservent un charme indéniable, avec des dialogues parfaitement intelligibles, une excellente dynamique et une restitution très équilibrée des célèbres partitions musicales qui accompagnent la trilogie. Les pistes DTS-HD Master Audio 5.1, plus enveloppantes, ouvrent davantage l’espace sonore sans trahir l’esprit des films. Les coups de feu gagnent en ampleur, les ambiances urbaines respirent davantage et les affrontements les plus spectaculaires bénéficient d’une spatialisation particulièrement agréable. La version française, souvent découverte à l’époque sur les premières éditions vidéo, profite elle aussi d’un traitement très soigné et conserve toute sa personnalité. Loin d’opposer systématiquement VF et VO, cette édition permet surtout de redécouvrir Le Syndicat du crime dans d’excellentes conditions, quel que soit le choix du spectateur. Une restauration exemplaire, qui rend enfin pleinement justice à trois monuments du cinéma d’action hongkongais.

Avec une telle restauration, il aurait été presque dommage que HK Vidéo se contente d’empiler quelques bandes-annonces et deux ou trois modules promotionnels pour remplir les disques de bonus. Heureusement, Le Syndicat du crime – La trilogie bénéficie d’un accompagnement éditorial absolument remarquable, qui transforme ce coffret Blu-ray 4K Ultra HD en une véritable mine d’or pour les amateurs de John Woo, tout comme pour les passionnés de cinéma hongkongais. La richesse des interventions impressionne autant par leur quantité que par leur complémentarité. Les entretiens consacrés au premier film constituent d’ailleurs une entrée en matière idéale. On commencera par un entretien avec John Woo (34 minutes), dans lequel le cinéaste revient avec une sincérité désarmante sur cette œuvre qu’il considère lui-même comme son premier véritable film d’auteur. Il évoque son parcours avant Le Syndicat du crime, le soutien essentiel de Tsui Hark, son admiration pour Jean-Pierre Melville, Alain Delon ou Ken Takakura, mais aussi la manière dont il a construit les scènes d’action afin qu’elles racontent toujours quelque chose des personnages. On continuera ensuite avec un entretien avec Terence Chang (8 minutes), dans lequel le producteur nous éclairera sur le fonctionnement de l’industrie hongkongaise des années 80. Dans l’entretien avec Chan Hing-ka (21 minutes), le scénariste détaille avec passion la genèse du scénario, ses thèmes fraternels et les souvenirs qu’il garde de Leslie Cheung. Plus concis mais tout aussi passionnant, l’entretien avec Gordon Chan (8 minutes) permet au scénariste non crédité du film de revenir sur l’écriture des scènes de fusillades et l’évolution du style de John Woo. On poursuivra ensuite avec un entretien avec Gareth Evans (23 minutes), au cœur duquel le réalisateur de The Raid signe une déclaration d’amour particulièrement inspirée au cinéaste, reliant naturellement Le Syndicat du crime à l’ensemble de son œuvre, jusqu’à Volte/Face ou Les Trois Royaumes. Enfin, on terminera avec l’inusable HK Confidential avec Grady Hendrix (18 minutes), qui replace brillamment le film dans son contexte historique, revenant autant sur ses interprètes que sur les visions parfois différentes de John Woo et Tsui Hark. À cela s’ajoutent bandes-annonces et galerie d’images, qui complètent élégamment cet imposant premier volet documentaire.

Les suppléments consacrés au Syndicat du crime II affichent la même ambition. L’entretien avec Frank Djeng (19 minutes) revient avec enthousiasme sur la découverte du film aux États-Unis et explique pourquoi cette suite demeure son épisode favori. Son regard d’historien du cinéma permet également de mieux comprendre l’évolution du film d’action hongkongais durant cette période particulièrement fertile. Le module HK Confidential avec Grady Hendrix (10 minutes) poursuit son passionnant travail de contextualisation en s’attardant sur Dean Shek, l’évolution artistique de John Woo et la façon dont le réalisateur est progressivement parvenu à fusionner émotion et spectacle avec une aisance unique. Mais le véritable trésor de cette section se niche sur le Blu-ray de bonus. D’abord grâce à la présence de la version « workprint » du Syndicat du crime II (2h21), longtemps considérée comme perdu et contenant plus de trente minutes de séquences inédites. Sans constituer une version alternative destinée à remplacer le montage cinéma, cette copie de travail représente un document exceptionnel permettant d’observer le processus créatif de John Woo, certaines sous-intrigues abandonnées et l’ampleur initiale d’un projet qui dépassait largement les trois heures. On continuera avec un entretien avec John Woo (26 minutes), qui complète idéalement cette découverte en revenant sur sa réticence initiale à tourner une suite, ses inspirations revendiquées — notamment Sam Peckinpah et Chang Cheh — ainsi que ses choix de mise en scène. Enfin, le module HK Revisited – Episode 6 – Partie 1 (50 minutes), table ronde réunissant Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon, constitue un échange passionnant où analyses cinéphiles, souvenirs personnels et regard historique se répondent avec une évidente complicité. Ils commenceront en évoquant la musique du film, puis évoqueront leur découverte de la saga. Ils aborderont ensuite pêle-mêle la construction narrative des deux premiers épisodes, les performances de Chow Yun-fat et Leslie Cheung, les scènes les plus iconiques, la mise en scène flamboyante de John Woo, les moments parfois involontairement drôles du Syndicat du crime II, et les qualités de la version « workprint ». On retrouvera David Martinez dans la Masterclass de John Woo au Festival Lumière 2025 (1h05), qui nous propose une belle rétrospective de la carrière du maestro.

Même si le film est généralement moins estimé que ses deux aînés, les bonus consacrés au Syndicat du crime III ne sont pas en reste, et confirment la volonté de HK Vidéo d’aborder cette préquelle sous tous les angles. On commencera avec un entretien avec les scénaristes Lam Kee-to et Lau Tai-muk (25 minutes), dans lequel ils racontent avec précision la naissance du projet, les indications données par Tsui Hark, les échanges avec John Woo et le travail effectué autour des personnages de Chow Yun-fat, Anita Mui ou Tony Leung Ka-fai. On continuera avec une analyse du film par Gilbert Po (23 minutes), au coeur de laquelle l’universitaire nous livre un passionnant retour sur la trilogie dans son ensemble, évoquant aussi bien l’héritage du film noir classique que l’impact culturel considérable de Le Syndicat du crime sur toute une génération de cinéastes hongkongais. Plus inattendu, l’entretien avec l’universitaire Aurélie Basha i Novosejt (17 minutes) apporte un précieux éclairage historique sur le contexte vietnamien dans lequel se déroule le film, offrant une lecture rarement développée dans les éditions vidéo. Fidèle au poste, le module HK Confidential avec Grady Hendrix (10 minutes) revient enfin sur les relations parfois orageuses entre John Woo et Tsui Hark, ainsi que sur les choix artistiques propres à ce troisième opus. Le second Blu-ray de bonus achève de convaincre avec l’intégration du montage taïwanais du Syndicat du crime III, particulièrement intéressant pour les curieux souhaitant découvrir une autre version du film (2h10). Enfin, on terminera avec le module HK Revisited – Episode 6 – Partie 2 (50 minutes), suite de la table ronde réunissant Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon. Christophe Gans ouvrira les débats en déclarant d’emblée avoir été « fracassé » par sa redécouverte du Syndicat du crime III : il affirme que le film est très sous-estimé, et s’avère un des meilleurs films de Tsui Hark. Ses camarades renchériront en déclarant qu’il s’agit du premier « film d’adultes » de la saga. Ils évoqueront ensuite toutes les qualités du film, et leurs propos nous donnent clairement envie de re-revoir le film encore une fois. BREF – rares sont les éditions capables d’offrir un panorama aussi complet d’une œuvre et de ses coulisses : entre la qualité irréprochable de la restauration, le soin apporté à l’objet et ces plusieurs heures de suppléments d’une richesse exemplaire, HK Vidéo signe sans doute avec ce coffret Le Syndicat du crime – La trilogie la plus belle édition Blu-ray 4K Ultra HD de l’année. Une référence qui donne tout simplement envie de ressortir son imper froissé, d’ouvrir le coffret / les Digipacks avec des gestes presque cérémonieux… et de replonger immédiatement dans l’univers de John Woo.

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