Cinémathèque Française : Toute la mémoire du monde

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Après une première édition l’an dernier qui avait permis de donner un coup de projecteur sur les restaurations récentes et autres images d’archives, la deuxième s’annonce aussi riche en bonheurs de cinéma, même si l’on peut s’interroger sur la pertinence du nom de cette manifestation : comment peut-on si facilement lui donner cette appellation de Toute la mémoire du monde alors que l’amnésie semble être au goût du jour ?

sorcerer friedkin

Le film est décédé… vive le DCP ?

Une large majorité de ces restaurations sont en numérique, alias DCP. Marche inéluctable vers un hypothétique progrès ou oubli des fondamentaux ? Imagine-t-on Henri Langlois emmagasiner des fichiers numériques dans sa baignoire ? La pellicule est morte et enterrée, semble-t-il, au moins pour l’exploitation en salles, car en dehors des rééditions de Deux filles au tapis de Robert Aldrich et Riches et célèbres de George Cukor, la totalité des rééditions en 2013 s’est effectuée en numérique, dans des qualités de restauration parfois douteuse, La Porte du Paradis de Michael Cimino pour n’en citer qu’un.

Les conférences programmées devraient questionner ce rapport entre préservation et diffusion, en vraies images (pellicule) ou fausse (numérique – raccourci honteux, je le reconnais) en espérant que ces tables rondes affrontent clairement cette question des formats et des normes techniques. Le passage au tout numérique est-il au moins réellement intéressant au point de vue économique, à défaut de l’être en esthétique ? Rares sont les films qui gagnent à ce passage forcé vers le numérique, même si l’on peut souligner le travail de qualité effectué sur Le Samouraï de Jean-Pierre Melville ou L’Homme de Rio de Philippe de Broca, histoire de ne pas être obtus. Rappelons que la restauration en numérique n’est parfois qu’un leurre et qu’il ne s’agit parfois que de transferts médiocres sur un support non argentique et que cela se limite à un argument commercial pour la ressortie en salles de chefs d’oeuvre qui pourraient passer inaperçus sans cet artifice de vente. Le questionnement est passionnant et la transition accélérée vers ce mode de diffusion unique mérite une vraie réflexion et non pas des propos se limitant à un bien médiocre ‘ c’est cômme ça, ma pauv’ dame ‘ ou ‘ faut accepter le progrès, espèce de vieux réac’ nostalgique ‘. Il serait bienvenu de réfléchir à un compromis entre ces deux modes de projection, non ?

Si l’on peut se réjouir de voir certains des films de cette programmation en pellicule, les séances risquent d’être bien moins nombreuses dès l’an prochain. Dans ce cas, la projection en salles de films ‘ anciens ‘ ne risque-t-elle pas de devenir de la télévision sur très grand écran ? Posséder un joyau comme la salle Henri Langlois et se contenter de copies numériques laisse songeur et nostalgique. Le rôle d’un espace comme la Cinémathèque ne serait-il pas de protéger la diffusion des classiques du cinéma dans le format où ils ont été tournés ? Ne devrait-on pas limiter la diffusion du DCP aux sorties en salles, pour permettre une large diffusion mais dans un cadre aussi peu commercial que la Cinémathèque, ne devrait-on pas tenter de sauvegarder une certaine idée haute que l’on se fait du cinéma ?

le vagabond

Au programme : William Friedkin, , Fantomas, Cinémathèque de Bologne…

Parlons contenu éditorial maintenant. Cette deuxième édition a pour invité d’honneur le réalisateur William Friedkin qui présentait pour la première fois  en copie numérique ce mardi 3 décembre. Ce remake du Salaire de la peur, le classique d’Henri-Georges Clouzot, est l’un de ses longs-métrages les plus impressionnants, par la portée des rapports humains et son climat irréel. Le réalisateur mythique présentera une carte blanche de cinq films : Le Samouraï de Jean-Pierre Melville,  d’Alfred Hitchcock et Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston en DCP (glurps, re-glurps et re-re-glurps !!!),  de et  d’Alan J. Pakula, avec Warren Beatty en 35mm. Le réalisateur sera aussi présent pour une leçon de cinéma le mercredi 4 à 19h30.

La Cinémathèque Française invite la Cineteca du Bologna, avec une matinée d’études le jeudi 5 de 9h30 à 13h30, avec une conférence sur le travail mené par le laboratoire L’Immagine Ritrovata et un dialogue avec son directeur Gian Luca Farinelli (voir entretien). Seront présentés des restaurations en numérique de  de Roberto Rossellini, Manille de Lino Brocka, La Propriété c’est plus le vol d’Elio Pietri, qui ressort en salles le 12 février 2014, une sélection de 3 courts-métrages de Chaplin pour la Mutual, avec accompagnement au piano de Neil Brand et un programme constitué de prises de vues tournées en Italie entre 1908 et 1914. Parmi les raretés de sa programmation, Ma l’amor mio non muore ! de Mario Caserini (Italie, 1913) avec Lyda Borelli, grande star de l’époque. Le résumé : un espion dérobe les plans de défense du Duché de Wallenstein. Accablé, le colonel en charge se suicide, sa fille est condamnée à l’exil.

A l’occasion du Centenaire du cinéma indien, hommage à Raj Kapoor, l’une de ses figures historiques. Les films, ouf, sont en 35mm ! Profitons-en avec quatre films qu’il a réalisés dont Le Vagabond (Awaara), où il se crée un personnage à la Charlot et deux autres où il est seulement acteur ! Avec chants, danses et un goût pour le mélodrame. Promesses, promesses…

Une autre section, sous l’intitulé Couleurs du cinéma muet, rappellera que de nombreux films noir et blanc de la période du muet ont été coloriés, déjà à l’époque. Ainsi, , le chef d’oeuvre de William Wellman sera présenté dans ce cadre. Visuellement, cela promet d’être au minimum surprenant, tout comme de revoir dans ces conditions originales les classiques reconnus  d’Alfred Hitchcock ou La Symphonie nuptiale d’Erich Von Stroheim ou les oeuvres à découvrir que sont le drame La Phalène bleue de Georges Champavert (1917, 35mm) et The Open road de Claude Friese-Greene (1925, 35mm), récit d’un voyage à travers l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Ecosse. Deux programmes regroupant les oeuvres de Georges Méliès et Segundo de Chomon et deux autres thématiques, l’un sur la tentative de capter les couleurs du réel et un autre sur la sensualité féminine mise en valeur par les ‘ attractions colorées ‘ seront également projetés.et au Méliès de Saint-Étienne.

couleurs et feminite

Restaurations et incunables

Commençons avec ceux en DCP : Fanny et Alexandre de Ingmar Bergman, la Nuit Fantômas de Louis Feuillade dans la nuit du 7 au 8 décembre, avec accompagnement à l’orgue,  de à partir du négatif 16 millimètres, Le Cousin Jules de Dominique Benicheti, documentaire sur un couple de paysans octogénaires taciturnes, tourné en format large entre 1968 et 1973 et La Dernière séance de Peter Bogdanovich qui ressort le 11 décembre. Signalons encore, en avant-goût de la rétrospective DCP (comment ça, je rabache?) de , bientôt et toujours à la Cinémathèque, la présentation de Fleurs d’équinoxe. À voir encore : L’Avenir de la mémoire de Diane Baratier qui évoque le risque de disparition des films de son père, le cinéaste Jacques Baratier, Le Festin des huitres d’Adrian Maben, un entretien inédit avec les Pink Floyd de décembre 1971 et Pays barbare, montage d’images d’archive sur le fascisme et le colonialisme italien en Afrique.

Enfin, un peu de pellicule avec Partie de campagne et Sur un air de charleston de Jean Renoir accompagnés le samedi 07 décembre à 18h00 au piano par l’excellent Stephen Horne, toujours un plaisir à entendre, comme Neil Brand qui accompagne lui les Chaplin cités plus haut. En clôture, ciné-concert avec Le Métis d’Allan Dwan, avec Douglas Fairbanks dans le rôle d’un jeune homme à moitié indien rejeté de tous. Accompagnement de Louis Sclavis à la clarinette et Benjamin Moussay aux claviers.

fantomas

Toute la mémoire du Monde s’exporte aussi Hors les murs : à Paris, au Grand Action, avec notamment la présentation de Sueurs froides par William Friedkin le samedi 7 à 20h, au Reflet Médicis, en région parisienne au Jacques Tati de Tremblay-en-France, au Trianon de Romainville et en province au Lux de Caen, au Cinespace de Beauvais, au Jean Eustache de Pessac, au Sémaphore de Nîmes, au Caméo de Nancy.

– Le plus : Entretien avec Gian Luca Farinelli.

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