Critique : Arizona Junior
Il n’est guère farfelu d’affirmer que la bêtise a toujours été un élément primordial des réalisations des Frères Coen. En critiques avisés de leurs contemporains, le duo ne manque jamais une occasion de mettre en scène le vide sidéral qui trotte dans la tête de personnages pathétiques et délirants. C’est en liant cette ironie cruelle à une science implacable du film noir qu’ils ont construit leur légende. Pourtant, au cœur des années 1980, alors que leur carrière débutait juste, ce tourbillon délirant pris une forme bien plus sincère et tendre que ce qui marquera par la suite leurs œuvres diverses. Avec Arizona Junior, le délire est doublé d’une démonstration d’humanité apaisée et chaleureuse, bien loin des glaçants meurtres et complots de Fargo ou du déchaînement furieux de Burn After Reading.
Critique : Loin de la foule déchaînée
Quitte à tomber d’emblée dans la banalité sentimentale, nous sommes convaincus que la conception de l’amour, en termes à la fois sociaux et affectifs, évolue au fil du temps. Ainsi, elle n’a pas été la même entre le moment de la publication du roman de Thomas Hardy en 1874 et la sortie de sa première adaptation cinématographique par John Schlesinger en 1967.
Critique : San Andreas
Si le risque sismique faisait partie des craintes raisonnables en région parisienne, particulièrement tranquille de ce point de vue-là, nous aimerions qu’un homme beau et fort comme Dwayne Johnson vienne sauver l’humanité en cas de sinistre majeur. Par défaut, nous avions l’espoir sans doute démesuré que cet acteur au charme dévastateur revigore le genre du film catastrophe, retombé dans un état moribond depuis sa brève renaissance au tournant du siècle.
Critique : Mad Max Fury Road
De l’action, de l’action et encore de l’action. Le nouveau film de George Miller ne laisse aucun moment de répit au spectateur. Et pour une fois, un tel spectacle tonitruant pendant deux heures ne nous laisse pas avec une migraine, mais gonflés à bloc grâce à la virtuosité indéniable de Mad Max Fury Road !
Critique : Un flic
Hacher menu, tel est le mot d’ordre du dernier film de Jean-Pierre Melville. Cette entreprise de décomposition totale procède d’une façon immuable, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre que de la routine, dépourvue d’états d’âme et d’humanité. Il serait bien sûr absurde d’interpréter tant de flegme désillusionné comme un chant de cygne intentionnel de la part du réalisateur, qui allait mourir neuf mois après la sortie d’Un flic d’une crise cardiaque, alors qu’il n’était âgé que de 55 ans.
Critique : Chouans !
En 1989, le bicentenaire de la Révolution française a été un événement d’une telle importance nationale que tous les champs de la vie culturelle concourraient alors pour le célébrer. Le cinéma n’a pas été en reste, puisque de nombreux films traitaient de près ou de loin de cette époque. Dans cette vague d’épopées historiques, qui exprimait surtout un élan de fierté nationale que l’on cherche depuis en vain sur nos écrans, la fresque de Philippe De Broca sur les revirements successifs en Bretagne avait certes pris un peu d’avance sur la date clef, mais sans qu’un film particulièrement marquant n’en résulte.
Festival de Cannes 2015 : Macbeth
Deuxième long-métrage, deuxième sélection au Festival de Cannes. Après Les Crimes de Snowtown en 2011 à la Semaine de la Critique, l'australien Justin Kurzel est invité à concourir pour la Palme d'or. L'adaptation d'une œuvre majeure de la littérature, un pilier de la culture moderne en guise de deuxième film, on admire l'audace après un premier film qui se complaisait dans la violence de son sujet.
Festival de Cannes 2015 : Youth
Avec La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino passait à une nouvelle étape dans son cinéma. Déjà à l’aise pour créer un univers très personnel, il affinait alors son style, s’abandonnant à un délire pop et grotesque et saisissant ainsi de fait un monde hors norme obsédé par les apparences de toute sorte. Youth (la jeunesse) nous redonne déjà de ses nouvelles, seulement deux ans après ce film déjà dément qui lui a permis de remporter un Oscar mérité.
Critique : A la poursuite de demain
Depuis toujours, le fond de commerce des productions Disney a été l’emballage couleur rose-bonbon d’une réalité à cent lieues du paradis de l’innocence. Dans cette institution de l’enseignement édifiant, l’acquisition relativement récente de l’univers Marvel aurait pu faire tache, avec ses affrontements manichéens et ses troubles identitaires chez des super-héros beaucoup moins déterminés et exemplaires que du temps de l’oncle Walt.
Critique : L’Armée des ombres
Contrairement aux vins, les films qui se bonifient avec le temps sont plutôt rares. Nous en connaissons très peu, aussi parce que nos habitudes de visionnage prévoient seulement dans des cas extrêmement rares de donner une seconde chance aux films que nous n’avons que moyennement aimés lors de leur découverte. Il nous arrive bien sûr de revoir encore et encore nos films de chevet, mais généralement sans que ces retrouvailles régulières n’occasionnent une réévaluation complète de notre degré d’appréciation initial.
Critique : Un Français
« La France aux Français. » On n’entend plus tellement cette provocation haineuse dans le paysage politique actuel. C’est parce qu’elle a été remplacée par une forme encore plus préoccupante de l’adoption de l’idéologie de l’extrême droite. Grâce au travail inlassable de la part de Marine Le Pen afin de transformer son parti en une formation en apparence respectable, le Front National occupe désormais le devant de la scène politique. C’est lui qui impose ses thématiques dans le débat politique.
Critique : Ex machina
La différence entre l’intelligence artificielle et naturelle est laissée volontairement vague dans ce premier film remarquable, qu’une partie de l’équipe de notre site a déjà pu découvrir lors de sa présentation au dernier festival de Gérardmer (cf. la critique de Julien à ce sujet). Distinguer ce qui relève encore de l’humain de ce qui appartient à l’ère nouvelle des robots y sert tout juste de prémisse à une guerre des nerfs passionnante dont les maîtres mots sont l’appréhension et le malaise affectif.



















