Critique : A la poursuite de demain

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A la poursuite de demain

Etats-Unis, 2015
Titre original : Tomorrowland
Réalisateur : Brad Bird
Scénario : Damon Lindelof, Brad Bird et Jeff Jensen
Acteurs : George Clooney, Britt Robertson, Hugh Laurie
Distribution : Walt Disney Studios
Durée : 2h10
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 20 mai 2015

Note : 3/5

Depuis toujours, le fond de commerce des productions Disney a été l’emballage couleur rose-bonbon d’une réalité à cent lieues du paradis de l’innocence. Dans cette institution de l’enseignement édifiant, l’acquisition relativement récente de l’univers Marvel aurait pu faire tache, avec ses affrontements manichéens et ses troubles identitaires chez des super-héros beaucoup moins déterminés et exemplaires que du temps de l’oncle Walt. Sauf que même ces épopées fantastiques ont tendance à ramener le spectateur vers son enfance, voire son adolescence. Car à l’époque, les frustrations inhérentes à ce stade de la vie humaine s’estompaient au profit d’une évasion sur fond d’effets spéciaux plus grands que nature. Du côté des films Disney classiques, nous assistons également depuis peu à la renaissance notable de cet état d’esprit assez simpliste, qui considère que la vocation principale du cinéma est de divertir d’une façon civiquement responsable. La première réussite partielle dans ce domaine a été le prologue du film d’animation Les Nouveaux héros de Don Hall et Chris Williams, sorti plus tôt cette année. Une pédagogie douce y est mise en chantier, afin de conduire un jeune trublion surdoué vers une application plus constructive de son savoir scientifique. La même méthode est employée en quelque sorte dans le film présent. Avec un résultat encore plus concluant, puisque le scénario y fait inlassablement appel à cette rareté par les temps moroses qui courent : l’optimisme.

Synopsis : Le jeune Frank Walker se rend à l’exposition universelle de New York en 1964, afin d’y participer à un concours d’inventeurs. Tandis que son dernier projet pas encore abouti fait chou blanc, Frank y rencontre Athena, une fille de son âge qui lui ouvre le passage vers un monde futuriste incroyable grâce à un pin’s magique. De nos jours, l’adolescente Casey Newton paraît être la seule à ne pas se laisser abattre par le pessimisme ambiant. Ainsi, elle procède au sabotage du chantier de démolition de la dernière navette spatiale américaine, pour préserver à la fois le travail de son père, un ingénieur à la NASA, et l’espoir qu’elle pourra un jour partir dans l’espace. Revenue sur Terre, Athena lui transmet également le pin’s magique, qui lui ouvre l’accès à un monde parallèle insoupçonné.

Demain est un autre jour

Alors qu’il avait déjà réussi avec bravoure la transition du film d’animation vers la fiction en prises réelles, il y a trois ans lors du dernier épisode musclé de Mission : impossible, le réalisateur Brad Bird nous fait brièvement peur au début de A la poursuite de demain avec un dispositif de narration régressif. Dans une production Pixar, plus libre dans le choix d’un ton souvent ironique, le va-et-vient enfantin entre Frank et Casey autour de la primauté du point de vue aurait pu fonctionner. Ici, il complique inutilement les choses, alors que la prémisse ne se présente pas sous des auspices plus sophistiqués ou ingénieux que dans n’importe quel autre voyage dans le temps. Ce n’est qu’une fois que ces chamailleries en guise de problèmes de démarrage ont été mises de côté que le véritable enchantement peut commencer. Et à quel prodigieux dépaysement la mise en scène nous invite alors, sans aucune fausse note majeure jusqu’au dénouement, qui revient hélas in extremis d’abord à une grandiloquence, puis aux bons sentiments exagérés ! Auparavant, l’histoire de cette jeune effrontée, choisie pour sauver le monde, renoue avec la tradition, tombée en désuétude, de l’aventure filmique destinée à un public familial au sens large, fédératrice dans l’esprit et en même temps assez adroite pour ne brusquer, ni ennuyer personne.

La vie en rose

Le point de distinction de Casey est son optimisme indécrottable, dans un environnement éducatif qui prêche sans gêne la nature inévitable de la fin du monde. L’exploit considérable du film est de nous vendre cette naïveté sous un jour irrésistible, comme si la solution miracle de tous les maux de la planète était un peu de bonté engagée, qui ne se laisserait jamais décourager et mettrait le bien commun avant son intérêt personnel. Tout le raisonnement du scénario est bâti autour de cette qualité de caractère, certes rare de nos jours, mais pas non plus en voie d’extinction. Grâce à l’efficacité des moyens techniques mis en œuvre pour étayer cette fantaisie à l’honneur du volontarisme à l’état pur, la pilule passe néanmoins. L’esprit pionnier dont elle se fait le chantre va même jusqu’à englober une variété de sciences et de connaissances. Certaines d’entre elles sont plus vagues que d’autres, mais elles célèbrent toutes, sans exception, l’idéal du savoir absolu, hors d’atteinte, mais en ligne de mire des ambitieux les plus altruistes. La morale finale du film, selon laquelle il appartient à chacun de nous – à condition d’être un rêveur ou un visionnaire, cela va de soi – de rendre meilleur un avenir néfaste tracé d’avance, sonne par conséquent un peu trop facile. Elle n’est pourtant que l’aboutissement expéditif d’un conte étonnamment habile dans la promotion d’un message, qui aurait pu être transmis d’une manière infiniment plus plate et tendancieuse.

Conclusion

L’esprit de Walt Disney plane sans la moindre pesanteur sur ce film hautement divertissant. Mieux encore, ce dernier en accomplit une mise à jour gracieuse en restant parfaitement fidèle au fond, tout en tirant profit des prouesses visuelles dernier cri. Ce qui ne veut pas dire que Brad Bird s’adonne à une surenchère superficielle des effets. Il en garde au contraire l’essence pour mieux nous entraîner dans un spectacle presque aussi inventif et enlevé que les meilleures productions Pixar.

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