Berlinale 2020 : En avant

1
874

États-Unis, 2020

Titre original : Onward

Réalisateur :

Scénario : Dan Scanlon, Jason Headley & Keith Bunin

Voix : , , Julia Louis-Dreyfus, Octavia Spencer

Distributeur : The Walt Disney Company France

Genre : Animation

Durée : 1h42

Date de sortie : 4 mars 2020

3/5

Avec désormais plus de vingt longs-métrages à leur actif, les studios risquent de ne plus détenir pour longtemps le titre d’innovateur technique et narratif qui a fait leur réputation brillante dans le milieu de l’animation depuis un quart de siècle. Rien que le fait de voir débouler sur les écrans du monde entier ces dernières années surtout une suite après l’autre en dit long sur le besoin urgent de renouveau auprès des créateurs d’univers aussi irrésistibles que Toy Story, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles, Cars et plus récemment Vice versa. Le numéro 22 dans leur collection imposante d’œuvres, censées attirer en même temps un public composé d’enfants, de leurs parents et de spectateurs adultes en manque d’enfantillages à l’esprit malicieusement espiègle et pertinent, n’est pas tout à fait le film qui fera redémarrer en trombe la machine Pixar.

Présenté hors compétition au , En avant n’est par contre pas non plus le film de trop, celui qui userait au delà du raisonnable des formules éprouvées depuis une durée un brin trop longue. Considérons-le plutôt comme l’une des pierres essentielles sur le chemin de la transformation nécessaire, de fond en comble, que Pixar devra entamer si cette marque-phare de Disney veut préserver toute son influence. Comme d’habitude, les codes de lecture à la mode y sont assez finement passés à la moulinette d’une critique toujours aussi lucide sur les travers de notre époque, avec l’inévitable morale finale qui trouve un équilibre relativement juste entre les sentiments familiaux célébrés sous toutes leurs formes et une mise en question modérée du statu quo.

© 2019 Pixar / The Walt Disney Company France Tous droits réservés

Synopsis : Le jour de son 16ème anniversaire, le jeune elfe Ian Lightfoot décide de changer radicalement de vie. Fini le manque de confiance qui rend son quotidien si solitaire qu’il n’ose même pas inviter à sa fête ses camarades de classe aussi peu intégrés que lui. Il est désormais temps de se réinventer. Le cadeau de son père, décédé d’une maladie avant même que Ian ne soit né, le réconforte dans son choix. Grâce au bâton magique destiné également à son frère aîné Barley, féru de jeux de rôles mythiques, les deux adolescents pourraient rencontrer pendant une journée entière feu leur père. Or, pour cela, il leur faudra trouver une deuxième pierre magique, susceptible d’achever le sortilège qui n’a jusqu’à présent ramené que la partie inférieure du corps du père.

© 2019 Pixar / The Walt Disney Company France Tous droits réservés

J’ai perdu mon torse

Comme c’est souvent le cas dans les films Pixar, mieux vaut lire entre les lignes dans En avant afin d’en déceler toutes les implications et autres clins d’œil ingénieux. Ainsi, comment ne pas y voir une mise en cause à peine larvée de notre civilisation du confort maximal, où les vocations authentiques des uns et des autres ont été écrabouillées par le rouleau compresseur de la facilité technique, l’indigne successeur de la magie ? Certes, Wall-E de Andrew Stanton avait d’ores et déjà dressé, il y a plus de dix ans, le portrait très sombre d’une humanité condamnée dans un futur proche à une existence d’obèses assistés, réduits à des modes de consommation entièrement dépourvus du libre arbitre. Dans le film de Dan Scanlon, le propos peut paraître moins extrême, notamment parce que la voie des retrouvailles avec ses origines y mène le plus souvent à un écart aussi exagéré dans l’autre sens. Le protagoniste au début si craintif se mue alors jusqu’à la fin du film en héros sans reproche, à l’image de la gardienne de l’itinéraire vers la pierre précieuse, anciennement un dragon imposant qui a troqué la chaleur intense des flammes mythiques contre le service de plats de restauration rapide soit trop chauds, soit trop froids. Or, l’absence d’un courage réellement iconoclaste en termes dramatiques – auquel il serait de toute façon illusoire de s’attendre de la part d’une production d’envergure hollywoodienne – se solde dans le cas présent par une version, au mieux améliorée de manière cosmétique, de la situation de départ outrancièrement aseptisée. Après, à vous de juger si vous préférez y voir la conjugaison suprême d’un métatexte ou bien l’incapacité intrinsèque du cinéma américain, voire du cinéma tout court, de rompre sans peur avec ses conventions à l’apparence de plus en plus archaïque …

© 2019 Pixar / The Walt Disney Company France Tous droits réservés

Mettre un peu de magie dans sa vie

Sinon, En avant maîtrise jusqu’au dernier effet de manipulation bon enfant la recette de l’aventure pour toute la famille. L’intrigue du film ne se démarque en effet guère par son originalité. La structure dramatique respecte sans broncher la tradition de la chasse au trésor, ponctuée de rencontres incongrues et autres impasses pernicieuses, fréquentées depuis la sécurité du fauteuil de cinéma par des générations de spectateurs au moins depuis la saga Indiana Jones. Le dispositif du compte à rebours y sert de moteur discret au fil d’un voyage, dont le père à la morphologie incomplète n’est que le prétexte trompeur. Car ce que l’on voudrait bien appeler le « moment Pixar », cet instant où – sans trop exagérer non plus – l’essence de la nature humaine se résume magistralement en un seul sentiment véritable, met en avant une idée plus large de la filiation. L’opposition quelque peu caricaturale entre les deux frères, aussi différents l’un de l’autre que le sont les acteurs qui leur prêtent leur voix dans la version originale, Tom Holland aussi peu sûr de lui que dans son costume de Spider-man et Chris Pratt, le bon gars à l’humour lourd, trouve alors une forme d’équilibre salutaire. La valeur certaine de ce message universel, énoncé légèrement avant le grand affrontement final, réussit alors à le garder intact, en dépit d’un dénouement qui retombe à nouveau du côté des canaux plus consensuels, creusés avec application par Pixar depuis des décennies.

© 2019 Pixar / The Walt Disney Company France Tous droits réservés

Conclusion

C’est plutôt à Cannes qu’on avait l’habitude de voir les mastodontes de l’animation américaine faire leur entrée en grande pompe sur le marché international. L’inclusion de En avant dans la sélection officielle du Festival de Berlin a donc de quoi étonner. Même s’il s’agit d’un film Pixar très solide, qui ne devrait a priori pas mobiliser de nouveaux adeptes de la maison qui met les lampes sur les i, mais pas non plus brusquer ceux qui sont acquis corps et âme à leur style d’animation, désormais rodé jusqu’au moindre détail de la perfection technique. Puisque, personnellement, nous ne considérons appartenir à aucun de ces deux camps, nous ne pouvons pas nier avoir passé un moment agréable en compagnie de l’archétype de l’adolescent mal dans sa peau, peu importe la taille de ses oreilles, la couleur de sa peau et la puissance de son bâton magique.

1 COMMENTAIRE

  1. C’est un super dessin animé. Je l’ai regardé il y a deux jours sur un site.
    Et toujours impressionné. Les héros de l’adaptation cinématographique vous font croire aux miracles et vous apprennent à apprécier ce que nous avons. En général, je conseille à tous et à cette caricature, et au site où j’ai cherché 🙂

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici