Berlinale 2020 : Swimming Out Till The Sea Turns Blue

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Swimming Out Till The Sea Turns Blue

Chine, 2019

Titre original : Yi zhi you dao hai shui bian lan

Réalisateur :

Scénario : Jia Zhang Ke & Wan Jiahuan

Distributeur : –

Genre : Documentaire

Durée : 1h52

Date de sortie : –

2/5

Désormais pour la cinquième fois de suite, notre joie de pouvoir être présent au , avec tout ce que cela implique en termes de choix abondant de films venus des quatre coins du monde, de moments conviviaux passés en compagnie de nos chers confrères français et plus généralement de l’euphorie qui s’empare chaque année au mois de février du quartier de la Potsdamer Platz, est soumise aux aléas de la qualité subjective de la bonne dizaine de films que nous avons le privilège d’y découvrir.

Pour l’édition 2020, le hasard du calendrier des projections de presse a voulu que nous commencions notre sélection personnelle avec le documentaire chinois au titre oh si poétique Swimming Out Till The Sea Turns Blue. Hélas, notre admiration pour le réalisateur Jia Zhang Ke, en manque d’une mise à jour depuis quelques années déjà, puisque nous avions raté ses derniers films de fiction, en a pris un terrible coup de massue. Car en dehors de rares histoires à peu près engageantes, sa durée de près de deux longues heures est rythmée par une petite vingtaine de chapitres, plus décousus d’un point de vue thématique les uns que les autres. La porte d’accès à cet enchaînement presque ininterrompu d’intervenants, qui racontent un peu tout et n’importe quoi, face caméra et dans un flux de paroles assez monotone, nous est en effet restée hermétiquement fermée pour des raisons culturelles ou bien esthétiques. On a ainsi beau reconnaître un certain talent visuel au réalisateur – carrément indiscutable dans ses premiers films qui nous avaient si profondément impressionnés, comme par exemple The World en 2005 – , ces belles images ne sont point mis au service, dans ce documentaire-ci, d’un propos tant soit peu intéressant.

© X Stream Pictures / MK2 Films Tous droits réservés

Synopsis : Trois éminents écrivains de la région de Shanxi, Jia Pingwa, Yu Hua et Liang Hong, reviennent sur leurs expériences et leur travail au fil des générations dans une Chine urbanisée, durablement transformée par la Révolution Culturelle, les réformes économiques et la modernisation profonde de la vie quotidienne.

© X Stream Pictures / MK2 Films Tous droits réservés

Un livre auquel il manque le début et la fin

Il est extrêmement rare que nous devons nous battre contre le sommeil pendant une séance de cinéma, les films auquel nous choisissons de consacrer notre temps disposant généralement de suffisamment de points d’intérêt pour nous garder éveillés. Pourtant, dans le cas de Swimming Out Till The Sea Turns Blue, qui aurait dû bénéficier en toute logique de notre attention sans partage en début de festival, il nous a été impossible d’esquisser quelques très brefs moments d’assoupissement. La faute à une perspective narrative largement indéchiffrable, passant d’un intervenant à l’autre sans que ne s’en dégage un quelconque fil rouge. Depuis un groupe de personnes âgées faisant la file d’attente dans une sorte de soupe populaire au moment de la première séquence encore plutôt prometteuse, le documentaire avance ainsi sans direction claire vers des hommes et des femmes, qui nous racontent des tranches de vie. Celles-ci sont parfois enracinées étroitement dans l’Histoire sociale et politique de la région, parfois elles relèvent simplement d’un sort personnel évoqué dans un flot de paroles trop soutenu pour que le spectateur occidental puisse le suivre par le biais de sous-titres qui défilent à toute vitesse. Notre degré de compréhension et d’appréciation ne s’est pas non plus amélioré au détour du découpage en près de vingt petits morceaux, ni de la figure de style en guise de doublon de quelques extraits de poésie locale, d’abord récités par des personnes du coin, puis affichés à l’écrit sur un écran noir.

© X Stream Pictures / MK2 Films Tous droits réservés

Une bien maigre récolte

Les seuls points à peu près positifs à retenir du travail de Jia Zhang Ke se situent parmi des confidences plus candides, dérobées à intervalles irréguliers à des intervenants sollicités initialement pour leur statut de personnalité du monde littéraire. Dans notre état d’esprit flouté par l’inattention endémique, il nous reste le vague souvenir de parcours personnels chahutés, à la fois dans la quête d’une reconnaissance artistique et au sein de cercles familiaux durement éprouvés. Cette expression d’une détresse sourde démontre bien les limites de la philosophie prétendument inclusive du régime communiste, autant hier qu’aujourd’hui. Or, le discours du documentaire est formulé d’une manière beaucoup trop vague pour en tirer quelque commentaire que ce soit sur la vie politique en Chine. Malheureusement, il ne fonctionne pas davantage en tant que grande fresque historique qui retracerait les étapes d’une histoire parallèle, celle du peuple dans ce qu’il a de plus abordable. Ce qui nous renvoie inévitablement à notre grief principal à l’égard de Swimming Out Till The Sea Turns Blue : qu’aucun indice, aucune image filmique, aussi furtive soit-elle, ne nous y ait donné envie de nous accrocher réellement face à ce film à l’abord ardu de tous points de vue.

© X Stream Pictures / MK2 Films Tous droits réservés

Conclusion

A cause de ce documentaire de l’ancien maître chinois Jia Zhang Ke, notre séjour festivalier à Berlin n’a pas du tout, mais vraiment pas du tout commencé sur les chapeaux de roue ! Espérons que cette séance éprouvante restera la grande exception pendant la semaine à venir. Dommage seulement que parmi toutes les choses qu’il y aurait à dire sur la grande et la petite histoire de la Chine, sans oublier sa vision d’un avenir pas nécessairement radieux, le réalisateur ait choisi une approche aussi brouillonne, voire incompréhensible !

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