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Critique : La Dernière patiente

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La Dernière patiente

France, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Rémi Bassaler
Scénario : Rémi Bassaler et Marion Defer
Acteurs : Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre et Achille Reggiani
Distributeur : Tandem Films
Genre : Drame
Durée : 1h19
Date de sortie : 2 septembre 2026

3/5

En France et un peu partout en Europe, l’hôpital va mal. Le monde médical est à bout de souffle, faute de moyens et de vocations. Ces dernières se font rares, face à cette pénurie généralisée, alors que les demandes de soin se démultiplient sans cesse. Récemment, le cinéma a su rendre compte avec panache de cet état de crise sans répit. Chez nos voisins suisses et belges, ce fut respectivement le cas d’En première ligne de Petra Volpe et de L’Intérêt d’Adam de Laura Wandel, sortis en l’espace d’un mois dans les salles françaises à la rentrée 2025. Pour La Dernière patiente, la cible thématique est légèrement déplacée vers une approche plus intimiste. Ce qui ne signifie pas que le réalisateur Rémi Bassaler ne nous a pas concocté un premier film des plus subtilement intenses.

Tandis que c’est une fois de plus un membre féminin du corps médical qui y est au cœur de l’intrigue, après les tours de force de Leonie Benesch et Léa Drucker, le rôle qu’Anouk Grinberg maîtrise avec une souveraineté extrême se démarque de celui de ses consœurs. Pour commencer, elle est complètement seule dans son environnement professionnel, condamné à la disparition pure et simple. Sa façon de pratiquer la médecine, au plus près des gens, au sein d’une tour de la banlieue de Nancy, n’existe déjà plus dans une France desservie tant bien que mal par un réseau exténué d’urgences et de maisons de santé. Malgré cette vétusté manifeste, symbolisée sans trop forcer le trait par son départ à la retraite, le personnage principal s’entête à s’accrocher à une vie dont elle n’est désormais plus le centre.

Rien que pour ce portrait sans fard d’une femme pas encore prête à décrocher et pourtant parfaitement lucide par rapport aux nombreuses erreurs dans son parcours de vie, La Dernière patiente vaut certainement le détour !

© 2026 Jérémy Mazza / Les Idiots / E.D.I. Films / Micro Climat / Tandem Films Tous droits réservés

Synopsis : Le réveil est difficile pour Judith, médecin généraliste, le jour où elle mettra définitivement la clé sous la porte du cabinet médical qu’elle tenait depuis trente ans. En attendant les déménageurs, elle refuse assez sèchement de s’occuper d’Aïda, une jeune femme enceinte de huit mois qui dit avoir perdu du sang dans la nuit. Par hasard, elle retombe sur elle et finit par l’accompagner aux urgences, désespérément surchargées. Ce n’est que la première étape d’un long accompagnement à reculons que Judith entreprend aux côtés de la future mère en rupture de soin.

© 2026 Jérémy Mazza / Les Idiots / E.D.I. Films / Micro Climat / Tandem Films Tous droits réservés

Le hasard joue un rôle déterminant dans La Dernière patiente. À moins qu’il ne s’agisse d’un réflexe d’éthique professionnelle que Judith n’aurait déjà plus dû avoir, à l’approche d’une retraite amplement méritée. Ainsi, elle se résigne à traverser l’étage désert de sa tour, afin de répondre à l’appel sur l’interphone. Puis, elle prend la jeune femme paumée en stop, bien qu’elle sache que l’étau de l’expulsion de chez elle se resserre avec chaque heure qui passe. Jusqu’à s’improviser en détective privé, le temps de prendre en filature la voiture à la couleur rouge voyante du copain d’Aïda.

Ce sont là autant d’instants où le personnage aurait pu décider de ne pas s’en mêler, de laisser le monde extérieur courir à sa perte sans s’en préoccuper outre mesure. Au demeurant une attitude égoïste bien dans l’air du temps, mais diamétralement opposée à l’importance qu’aime à se donner cette femme, convaincue presque jusqu’au bout de sa propre utilité publique.

Car si Judith doit faire autant de détours, si son projet personnel de changement de vie doit attendre, c’est parce que dans sa perception du monde, telle que la mise en scène de Rémi Bassaler nous la communique finement, tous les autres ressorts d’encadrement médical et social font défaut. Elle a beau jouer de ses innombrables contacts dans le microcosme des cabinets médicaux, ses démarches ne sont pas davantage couronnées de succès que celles de sa jeune acolyte, visiblement désabusée par un système qui l’a d’emblée désignée comme une laissée-pour-compte, déracinée à plusieurs niveaux.

Or, plutôt que de faire de cet état précaire de la couverture médicale en France le terroir sur lequel pousserait un pamphlet filmique militant, la narration s’en sert pour apporter de la crédibilité sociale à son intrigue. Quitte à utiliser une manifestation de médecins en grève comme arrière-plan du premier signe de faiblesse de cette femme autrefois si forte. Un emploi auto-imposé que Judith semble pouvoir assumer avec de moins en moins de conviction.

© 2026 Jérémy Mazza / Les Idiots / E.D.I. Films / Micro Climat / Tandem Films Tous droits réservés

En dépit de sa durée plus que raisonnable d’à peine une heure et quart, le premier long-métrage de Rémi Bassaler poursuit en parallèle de sa mise en abîme médicale un autre objectif dramatique. Il y procède par ailleurs avec la même intensité sourde, nullement tendancieuse, que celle qui caractérise le passage au crible d’un univers de métiers du soin tristement incapable d’en administrer. On veut parler ici d’une certaine toxicité masculine. Elle n’est certes pas omniprésente, mais suffisamment affichée pour réduire considérablement l’éventail d’options qui s’offrent au duo de circonstance formé par Judith et Aïda. En effet, l’engagement progressivement croissant que la femme médecin prend en faveur de sa jeune patiente pendant une journée et une nuit peut aisément être interprété comme une sorte de passage du bâton féministe.

Tout en aménageant une belle ambiguïté à cette mère en devenir, Luàna Bajrami l’interprète avec juste ce qu’il faut de calcul et de naïveté pour rendre son personnage intéressant. Est-ce qu’elle n’est au fond qu’une vilaine profiteuse qui se sert des gens pour les rejeter dès qu’elle a eu ce qu’elle voulait, comme l’affirme son copain pas très net non plus ? Ou bien, son envie de bouger et de découvrir le monde n’est-il pas, après tout, conforme à son âge, au tout début de la vie d’adulte et donc pas encore assez mâture pour assurer pleinement les responsabilités d’une mère ? Toujours est-il qu’il lui faudra l’insistance, voire l’obstination de ce substitut maternel qui ne dit pas son nom que Judith devient pour elle, afin de tenter de recommencer sa vie à zéro.

Enfin, on ne peut que saluer deux autres choix de casting en particulier, puisque l’interprétation d’Anouk Grinberg est d’une subtilité sidérante et que celle de Luàna Bajrami subjugue de même par sa candeur.

D’un côté, on pourrait regretter l’omniprésence de Félix Lefebvre, puisqu’il tourne en moyenne dans trois films par an depuis sa révélation dans Été 85 de François Ozon en 2020. D’un autre, il a néanmoins la sagesse de varier la taille et le type de rôles qu’il accepte. À l’image de ce copain hautement roublard, sans doute aussi dépassé par les événements que sa copine, qui sait préserver une fébrilité imprévisible, quelque part entre la menace et l’attendrissement qu’il nous inspire. Quant à Rabah Nait Oufella, sa brève apparition en tant que chef de chantier symbolise en quelques secondes à peine toute l’efficacité déshumanisée qui a pu rendre possible la tragédie humaine dont nous sommes partie prenante pendant toute la durée de La Dernière patiente.

© 2026 Jérémy Mazza / Les Idiots / E.D.I. Films / Micro Climat / Tandem Films Tous droits réservés

Conclusion

Si jamais l’argument de l’interprétation à fleur de peau d’Anouk Grinberg, à la fois fragile et forte, anciennement obnubilée par son métier et à présent à la dérive pour envisager sereinement son avenir sans lui, n’était pas déjà largement suffisant, on pourrait également vous recommander La Dernière patiente pour son regard délicat sur un monde médical au bord du gouffre. Nul besoin de s’alarmer exagérément semble vouloir nous rassurer Rémi Bassaler avec son premier film. Tout en étant parfaitement conscient que l’individu se cassera toujours les dents face à des circonstances en dehors de son modeste pouvoir. Un tel message est-il susceptible de calmer nos vagues ardeurs militantes ? Pas forcément. Cependant, un film comme celui-ci a de quoi réconforter notre espoir en un cinéma français de demain, apte à présenter la détresse sociale indicible qui guette notre cher pays sous un jour ni complaisant, ni bassement polémique.

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