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Critique Express : Il était une fois le printemps

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Critique Express : Il était une fois le printemps

Titre original : Il était une fois le printemps
Réalisateur et scénariste : Cheyenne Carron
Casting principal : Alexandre Triaca, Leslie Tompson, Evangeline Chancerelle
Genre : Drame
Durée : 1h23
Pays : France (2026)
Distributeur : Hésiode
Date de sortie : 14 octobre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★4 / 5

Synopsis : Paul élève seul sa fille Agathe dans un village soudé autour de sa paroisse. Lorsqu’un prêtre annonce l’arrivée de migrants africains, la communauté se divise. Paul et Agathe soutiennent cette initiative, convaincus de sa richesse humaine, tandis que Marta, leur aide familiale, d’origine étrangère, s’y oppose, craignant une menace.

Critique Express : Il était une fois le printemps

Quand arrive sur nos écrans un film de Cheyenne Carron ayant pour titre Il était une fois le printemps, on ne peut s’empêcher de se demander si une faute d’orthographe ne s’est pas glissée dans ce titre ! L’orthographe exacte ne serait elle pas « Il était une FOI le printemps » ? En effet, quiconque a fréquenté un tant soit peu le cinéma de cette réalisatrice trop méconnue connait sa foi chrétienne, tendance humaniste, et sa foi, énorme, pour le cinéma. Il faut, effectivement, que cette foi dans le cinéma soit énorme pour qu’elle continue coute que coute à réaliser des films dans les conditions qui sont les siennes : des films réalisés avec peu de moyens, totalement ignorés par le CNC, des films où elle fait à peu près tout elle-même, scénario, production, réalisation, photographie, distribution, etc.. Eh bien, malgré ces conditions difficiles, Il était une fois le printemps est le 18ème long métrage réalisé par Cheyenne Carron en 21 ans. Attention ! Il ne s’agit en aucun cas de films faits à la va-vite, vite faits, mal faits. Au contraire, il s’agit toujours de films bénéficiant d’une belle image, d’une mise en scène et d’une direction d’acteurs sans faille allant de pair avec une interprétation très solide. De plus, la réalisatrice ne fait pas dans la facilité dans le choix des intrigues abordées, ne craignant pas d’affronter des sujets particulièrement clivants. Dans Il était une fois le printemps, ce dont nous entretient Cheyenne Carron n’est autre que l’accueil des migrants, plus particulièrement l’accueil des migrants vu d’un point de vue chrétien. Point de vue chrétien humaniste ou chrétien identitaire, me direz vous ?

Critique Express : Il était une fois le printemps

En fait, ce sujet particulièrement clivant, Cheyenne Carron le traite un peu de la même façon que Christian Mungiu s’attaquant dans Fjord, Palme d’or 2026, au sujet de la protection des enfants. Une façon qui a pour effet d’introduire le doute aussi bien chez celles et ceux qui ont des boutons d’urticaire à la simple pensée d’accueillir des migrants sur le sol français que chez celles et ceux qui,  par humanisme, verraient d’un bon œil un accueil de migrants qui soit chaleureux et plus facile pour eux. Pour introduire ce doute, Cheyenne Carron a fait appel à une paroisse, à un prêtre et à une famille. Tout ce petit monde habite dans une localité proche de Paris. Cette famille, c’est celle formée par Paul, un architecte dont la femme est décédée depuis plusieurs années, Agathe, sa fille d’une vingtaine d’années, et Marta, une jeune femme d’origine sénégalaise, arrivée en France 22 ans auparavant et qui, ayant été recueillie par Paul et son épouse, a élevé et en partie éduqué Agathe après le décès de sa mère. Paul est un homme dont la simple vision de la maison qu’il habite fait comprendre que ses revenus sont importants, mais qui, impliqué dans un cercle d’amitié des chrétiens du monde, a de toute évidence une importante inclination pour la générosité et le partage. Il se montre donc très favorable à la demande du père Bernard, faite au cours d’un office et parlant de l’accueil comme étant un devoir, d’aider une paroisse voisine dans son projet d’accueillir des migrants dans des familles. Paul va donc accueillir Mahdi Ouedraogo, un (manifestement pas si jeune) burkinabè. Par contre cette proposition du père Bernard qui ressemble fort à une injonction va être rejetée avec force par un certain nombre de paroissiens, la plus réfractaire n’étant autre que Marta, très opposée à l’arrivée de Madhi dans son univers. Venant d’une femme qui a été migrante et qui a été chaleureusement accueillie dans une famille française, cela ne manque pas d’être étonnant. De la même façon qu’elle a permis au père Bernard de s’exprimer en faveur de l’accueil des migrants, Cheyenne Carron permet à Martha d’énoncer ses réticences concernant cet accueil lors d’une conférence donnée aux paroissiens, à l’initiative de Paul, sur ses rapports avec le Sénégal et avec la France, ainsi que dans une conversation d’une très grande force qu’elle a avec Paul, lequel ne reste pas sans réponse. L’une de ces réticences, « je ne me sens un devoir d’obligation qu’envers ceux qui me sont proches », montre une conception non universaliste des liens sociaux et peut presque être considérée comme étant un copié-collé de la fameuse citation de Jean-Marie Le Pen : « Je préfère ma fille à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes, mes compatriotes aux Européens ». D’autres, par contre, sont susceptibles de créer le doute chez celles et ceux qui voient l’arrivée de migrants d’un œil favorable : en quittant le pays qui les a vu naitre, les migrants nuisent à son développement ; leur arrivée profite aux passeurs et aux patrons ; vouloir les aider, n’est-ce pas se donner facilement bonne conscience ? ; n’est-ce pas aussi vouloir façonner à son image des gens dont la culture d’origine est différente ? ; n’y a-t-il pas  un danger à accueillir chez soi des gens dont on ne sait rien ? Très intelligemment, Cheyenne Carron va introduire dans son scénario un évènement qui va ébranler les certitudes de Paul et de Marta, au point qu’on va en arriver à se demander si Paul n’est pas sur le point de reprendre à son compte le « Je déteste Dieu pour ce qu’il m’a fait » que lui avait lancé lors d’une rencontre Mme Blanchard, une femme âgée dont le fils avait été tué par un chauffard, Marta, quant à elle, se repentant d’avoir accusé Mahdi à tort. Une belle image, avons nous écrit, une image en scope qui va de pair avec l’élargissement des points de vue sur un sujet clivant. On aimerait bien que la qualité du son soit au même niveau de qualité dans tous les films bénéficiant d’un budget conséquent que dans ce film au budget très resserré. A l’exception d’Evangeline Chancerelle, qui joue avec beaucoup de fraicheur le rôle d’Agathe, et de Tcheny Dramani, très solide dans celui de Mahdi, les interprètes des rôles principaux, tous excellents, Alexandre Triaca qui incarne Paul, Leslie Tompson qui joue Marta, Laurent Borel (le père Bernard) et Geneviève Emmanuelli (madame Blanchard) avaient déjà tourné sous la direction de Cheyenne Carron. Tel un leitmotiv, un extrait d’une sublime œuvre musicale, le Miserere de Gregorio Allegri, revient à plusieurs reprises tout au long du film. Pour les plus curieux, on signalera que la magnifique maison dans laquelle vivent Paul, Agathe et Marta a appartenu à Marina Vlady !

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