L’Homme qui rétrécit
France, Belgique : 2025
Titre original : –
Réalisation : Jan Kounen
Scénario : Christophe Deslandes, Jan Kounen
Acteurs : Jean Dujardin, Miranda Raison, Marie-Josée Croze
Éditeur : Universal Pictures
Durée : 1h39
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 22 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR : 4 mars 2026
Paul, un homme ordinaire, partage sa vie entre son entreprise de construction navale, sa femme Élise, et leur fille Mia. Lors d’une sortie en mer, Paul se retrouve confronté à un étrange phénomène météorologique… Dès lors, Paul rétrécit inexorablement, sans que la science ne puisse lui expliquer pourquoi ni lui être d’aucun secours. Quand, par accident, il se retrouve prisonnier dans sa propre cave, et alors qu’il ne mesure plus que quelques centimètres, il va devoir se battre pour survivre…
Le film
[3,5/5]
Aucun spectateur n’entre dans L’Homme qui rétrécit sans un petit sourire en coin, celui qu’on réserve aux projets qui semblent à la fois impossibles et irrésistibles. Remaker un classique de la SF paranoïaque des années 50, confier le rôle principal à Jean Dujardin, et surtout mettre Jan Kounen derrière la caméra… il fallait oser. Et Jan Kounen, fidèle à sa réputation de franc-tireur psychédélique du cinéma français, ne se contente pas d’oser : il transforme le matériau d’origine en un terrain de jeu métaphysique, sensoriel, presque chamanique, comme si le film original n’était qu’un squelette sur lequel il pouvait greffer ses obsessions visuelles et spirituelles.
L’Homme qui rétrécit version 2025 s’inscrit dans la continuité d’une carrière qui n’a jamais cessé de surprendre. Jan Kounen, c’est ce réalisateur qui a traversé le cinéma français comme un météore sous peyotl : Dobermann et son anarchie stylisée, Blueberry et ses visions hallucinées, 99 francs et son autopsie acide du monde de la publicité, Coco Chanel & Igor Stravinsky et son élégance sensuelle, Mon Cousin et son détour inattendu par la comédie populaire. Aucun autre cinéaste français n’a autant navigué entre les genres, les formats, les états de conscience. L’Homme qui rétrécit prolonge cette trajectoire en lui ajoutant une dimension presque intime : Jan Kounen y filme la réduction physique comme une expansion intérieure, un effritement du corps qui ouvre paradoxalement des portes mentales.
Le récit, adapté du roman de Richard Matheson, suit l’histoire de Scott – ici rebaptisé Paul – qui s’avère victime d’un phénomène inexpliqué qui le fait diminuer jour après jour. L’Homme qui rétrécit utilise ce point de départ comme un miroir déformant de nos angoisses contemporaines : perte de contrôle, dissolution de l’identité, fragilité du corps face à un monde trop vaste. Jan Kounen transforme chaque étape du rétrécissement en expérience sensorielle, jouant sur les rapports d’échelle, les textures, les sons, comme si le spectateur était invité à glisser dans un univers où la moindre poussière devient montagne et où une goutte d’eau ressemble à un tsunami miniature.
Mais cette approche formelle n’est jamais gratuite. L’Homme qui rétrécit interroge la place de l’individu dans un monde saturé d’images, de technologies, de stimuli. Le rétrécissement devient une métaphore de l’effacement social, de la disparition progressive de ceux qui ne correspondent plus aux normes, aux attentes, aux algorithmes. En comparaison avec les éclats formels de son cinéma « de jeunesse », Jan Kounen filme cette disparition avec une douceur inattendue, presque mélancolique, comme si chaque centimètre perdu rapprochait le personnage d’une vérité plus profonde. Une scène en particulier, où le héros contemple un simple fil de tissu devenu canyon, résume parfaitement cette idée : la petitesse n’est pas une punition, mais une révélation.
Jean Dujardin trouve dans L’Homme qui rétrécit un rôle qui dialogue directement avec son rapport au passé. L’acteur, souvent associé à des personnages excessifs, voire outranciers – l’espion cabotin d’OSS 117, le comédien flamboyant de The Artist, le séducteur intemporel – accepte ici de se voir littéralement rapetisser, réduire, fragiliser. Cette inversion est fascinante : Dujardin joue contre son image, contre son aura, contre son propre mythe. Le film devient alors une sorte de confession déguisée, où l’acteur accepte de perdre de la stature pour gagner en humanité. Son jeu, tout en retenue, en crispations, en regards perdus, donne au film une profondeur émotionnelle inattendue. Sa performance lui permet de trouver ici un rôle majeur, un contre-emploi qui enrichit clairement sa filmographie. Les seconds rôles, souvent filmés comme des géants bienveillants ou menaçants selon les scènes, apportent une présence physique qui accentue l’échelle du récit.
Mais c’est surtout la mise en scène de Jan Kounen qui impressionne : inventive, précise, audacieuse, elle transforme L’Homme qui rétrécit en une expérience sensorielle et émotionnelle rare dans le cinéma français contemporain. Fidèle à son goût pour les expériences sensorielles, le cinéaste multiplie les idées visuelles. Le film regorge de plans où la caméra glisse entre les fibres d’un tapis, se faufile sous une porte, s’accroche à une goutte d’eau comme à une planète en rotation. En plus du classique de Jack Arnold, son film évoque parfois Chérie j’ai rétréci les gosses, parfois Ant-Man, mais toujours avec cette patte Kounénienne : un mélange de précision technique et de folie douce, de rigueur scientifique et de poésie psychédélique. La séquence où le héros affronte une araignée géante – en fait une araignée de taille normale, mais devenue géante pour lui – mêle ainsi le spectaculaire à une réflexion sur la peur, la survie et la perception.
Le film aborde également la question du couple, de la masculinité, de la place de l’homme dans un monde qui change. L’Homme qui rétrécit montre comment le rétrécissement bouleverse les dynamiques familiales, comment il révèle les fragilités d’un homme qui croyait tout contrôler. Jan Kounen filme ces moments avec une pudeur rare, évitant le pathos pour privilégier l’observation. La dernière partie du film est, à ce titre, sans doute la plus audacieuse. Le cinéaste ose un final contemplatif, presque mystique, où le personnage accepte sa disparition progressive comme une forme de libération. Le film rejoint alors les thématiques de Blueberry : la dissolution de l’ego, la fusion avec le monde, la compréhension que l’infiniment petit rejoint l’infiniment grand. Cette conclusion, loin du spectaculaire attendu, donne au film une dimension presque philosophique. L’Homme qui rétrécit n’est ainsi pas un simple remake : c’est une réinvention, une appropriation, une méditation sur la place de l’homme dans un monde trop vaste.
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de L’Homme qui rétrécit édité par Universal Pictures nous arrive dans un boîtier Amaray classique accompagné d’un fourreau qui affiche immédiatement la couleur : un visuel où Jean Dujardin semble flotter entre deux mondes, coincé entre la normalité et l’infiniment petit. Sobre et efficace, l’objet accueille une galette Haute-Définition qui ne triche pas : l’image est propre, précise, et surtout parfaitement adaptée aux ambitions visuelles du réalisateur. Les rapports d’échelle, essentiels au film, gagnent ici en lisibilité : chaque fibre de tissu, chaque grain de poussière, chaque reflet sur une goutte d’eau devient un élément de décor à part entière. Les couleurs, souvent douces mais ponctuées d’éclats plus psychédéliques typiques de Jan Kounen, sont restituées avec une belle stabilité. Les contrastes tiennent bon, même dans les scènes où le personnage se retrouve plongé dans des environnements sombres ou écrasants. Universal propose un master propre, sans artefacts visibles, qui permet de savourer pleinement les idées visuelles du film. Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 fait le travail avec une générosité appréciable. Les ambiances, essentielles pour donner vie à un monde devenu gigantesque, sont parfaitement spatialisées : bruissements amplifiés, résonances étranges, vibrations sourdes, tout participe à cette sensation d’immersion. Les dialogues restent clairs, même lorsque la bande-son se fait plus envahissante. Les effets sonores, souvent subtils mais déterminants pour la perception du rétrécissement, profitent d’une belle précision. Le mixage ne cherche jamais à écraser le spectateur : il accompagne, il enveloppe, il amplifie l’expérience sans la dénaturer. Une réussite.
Côté suppléments, le Blu-ray de L’Homme qui rétrécit nous propose deux versions du film : la version cinéma et la Director’s Cut, qui se distingue par la suppression de la voix off. Ce choix, loin d’être anecdotique, modifie subtilement l’expérience : la version sans narration laisse davantage de place au silence, à l’observation, à l’étrangeté du monde. Une manière de renforcer la dimension contemplative du film, et un vrai plaisir pour ceux qui aiment les œuvres qui respirent. La présentation du film par Jan Kounen (1 minute) permettra d’ailleurs au réalisateur d’y explique brièvement les différences entre les deux versions, son intention initiale, et la manière dont le montage a évolué. C’est court, mais ça pose le cadre. Enfin, on terminera avec un passionnant making of (39 minutes), qui constitue le cœur des bonus de cette édition. Il s’agit d’un module dense, riche, qui explore les coulisses du film sans tomber dans l’auto-promo creuse. On y découvre les défis liés aux rapports d’échelle, les costumes et décors conçus pour jouer avec la perception, les effets visuels hybrides mêlant numérique et pratique, les bruitages amplifiés pour donner une dimension organique au monde, et même les contraintes du tournage quasi-solitaire de Jean Dujardin face aux fonds verts. Le montage simultané, les interactions entre personnages filmés à des tailles différentes, la construction sonore : tout est abordé avec une clarté bienvenue. Très intéressant !






















