Berlinale 2018 : Paranoïa


Etats-Unis, 2018
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Jonathan Bernstein & James Greer
Acteurs : , Joshua Leonard, , Juno Temple
Distribution : 20th Century Fox France
Durée : 1h38
Genre : Thriller
Date de sortie : 11 juillet 2018

Note : 2,5/5

Le cinéma commercial de ce siècle est dominé par les épopées de super-héros, les films d’horreur et autres thrillers, ainsi que dans une moindre mesure, puisque plus tributaires des spécificités locales, de comédies. En gros, pour faire fructifier au mieux l’argent investi dans la production cinématographique, il convient de se tourner vers ces genres désormais tellement balisés, que la probabilité de l’échec cuisant s’amenuise d’année en année. Le revers de la médaille est l’uniformisation galopante des formes d’expression filmique, qui se traduit par une terrible sensation de répétition à laquelle seuls des traitements plus originaux promettent un éventuel remède. Dans le cas des thrillers, le spectateur a été si méthodiquement rompu à toutes les bifurcations scénaristiques imaginables, depuis la grande époque de la subtilité hitchcockienne jusqu’aux révélations fracassantes chez M. Night Shyamalan, que plus rien n’est susceptible de l’étonner réellement. Steven Soderbergh, le réalisateur polyvalent par excellence, ne contribue hélas rien de bien inventif au genre à travers Unsane, présenté hors compétition au . La figure de la femme outrancièrement harcelée y est traitée de façon conventionnelle, sans qu’un quelconque revirement final ne mette différemment en perspective cette histoire dépourvue d’un attrait particulier.

Synopsis : Sawyer Valentini vient de recommencer sa vie dans une nouvelle ville, où elle tente de se reconstruire après une sinistre histoire de harcèlement. Toujours hantée par le visage de son agresseur, elle décide de consulter dans une clinique psychiatrique. Mais au lieu d’y trouver du réconfort et les outils nécessaires pour surmonter son traumatisme, elle y est internée de force, soi-disant parce qu’elle représenterait un danger pour elle-même et la société. Son séjour de vingt-quatre heures est prolongé à une semaine, suite à quelques incidents qui ont exacerbé le stress de la patiente. La situation devient carrément insupportable lorsque Sawyer croit reconnaître en l’un des aides-soignants David Strine, l’homme à l’origine de son malaise existentiel.

File-moi ton i-phone

L’exploit technique est de taille, Unsane ayant été tourné du début jusqu’à la fin avec un téléphone portable dernière génération. Toutefois, l’aspect visuel du film s’en ressent à peine, puisque les perspectives claustrophobes ou paranoïaques qui rendent le récit si oppressant ne nous paraissent guère dépendre directement de cet appareil d’enregistrement dans l’air du temps. Une fois de plus aux commandes derrière la caméra par le subterfuge de son pseudonyme de chef opérateur Peter Andrews, le réalisateur emploie plutôt l’image dans une finalité dramatique, grâce justement à ces compositions de plan qui instaurent la solitude et l’insécurité du personnage principal, avant même que les détails de la perturbation sérieuse de sa sphère privée ne soient révélés. D’un point de vue strictement formel, le film peut donc tenir sa promesse de nous plonger dans la psychose déroutante d’une femme dont le rôle de victime subit quelques variations pas sans intérêt. Et puis, le gadget du téléphone portable apparaît également dans le champ, en tant que bouée de sauvetage illusoire dans ce microcosme étouffant, quasiment d’office incapable d’établir un lien psychologiquement sain avec le monde extérieur.

Vol au-dessus d’un nid de vipères

Malheureusement, cette particularité des prises de vue ne suffit pas pour rendre durablement plus engageante une histoire, qui aurait désespérément eu besoin d’un mode de lecture plus sophistiqué. En effet, Unsane souffre de ne faire au fond rien d’autre que de raconter sans verve exceptionnelle une histoire que des dizaines de films ont déjà explorée avant lui. Tandis que la partie initiale autour de cette jeune femme qui devient la victime consentante d’un système américain de santé impitoyable, régi principalement par des considérations financières, joue encore habilement avec nos nerfs et la perception communément répandue selon laquelle le corps médical œuvre au bien-être du patient, la suite est sensiblement plus plate et prévisible. A la limite – et c’est tout de même le comble ! –, la première bande-annonce du film agence plus astucieusement le doute et la panique que le produit final, un laborieux enchaînement de scènes d’abus qui demeurent simplement écœurantes, au lieu d’alimenter une forme subversive de paranoïa, très vite évacuée au profit d’une sombre histoire d’admiration obsédante. Conforme à cette logique de l’effroi à l’état primaire, les personnages ne dépassent point le stade de stéréotypes convenus, malgré les prestations pas sans mérite de Claire Foy en vecteur d’identification beaucoup trop tôt libéré du soupçon de folie qui pèse sur elle et de Jay Pharoah en fidèle compagnon de misère, ainsi qu’une apparition assez anecdotique de en mère aussi inquiète qu’impuissante.

Conclusion

Notre programme personnel de la Berlinale 2018 se termine donc avec une nouvelle déception, puisque ce thriller n’a pas su nous arracher à notre torpeur de festivalier en fin de séjour. Le contexte contemporain du genre, en quête constante de la pointe qui tue sous forme d’explication farfelue qui mettra tout ce que l’on a vu jusque là sens dessus dessous, n’est en fait pas à l’avantage de ce film aux ambitions narratives très modestes. Vu le rythme de travail soutenu de Steven Soderbergh, l’espoir reste cependant permis de voir très prochainement un film plus abouti de sa part.

Articles semblables

Partage

Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles