Test Blu-ray : Mortelle randonnée

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France : 1983
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 2h02
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 9 mars 1983
Date de sortie Blu-ray : 25 octobre 2016

 

 

L’Oeil, surnommé ainsi pour ses talents de fin limier, travaille pour l’agence de détectives de Madame Schmitt-Boulanger. Divorcé, il est hanté par le souvenir de sa fille Marie qu’il n’a plus revue depuis sa petite enfance, et cherche désespérément à savoir où elle se trouve sur la seule image qu’il possède d’elle, une photo de classe lorsqu’elle avait huit ans…

 

 

Le film

[5/5]

S’il est probablement le film que aimait le moins au sein de sa filmographie, constitue un « lien » indispensable entre deux pans de son œuvre, un trait d’union réunissant au cœur d’un polar surréaliste d’une richesse incroyable une partie des acteurs qui peuplaient ses premiers films (Patrick Bouchitey, Michel Such), se mêlant à la « bande » créée autour de Garde à vue (, , ). C’est également le film qui a fait prendre conscience à Miller de la direction qu’il désirait réellement faire prendre à sa carrière – après les expérimentations formelles pratiquées sur ce film, on ne trouvera plus dans sa filmographie de traces de ce genre de photographie léchée et de plans composés avec un soin maniaque par le chef opérateur Pierre Lhomme pour flatter les pupilles du spectateur.

est l’adaptation très libre du roman éponyme (Eye of the beholder en VO), paru dans la collection Série Noire en 1981 et signé – un écrivain génial dont l’œuvre se résume seulement à une poignée de romans complètement déjantés et indispensables. Les amoureux de l’œuvre littéraire de Behm crieront sans doute au scandale au regard des modifications effectuées par Michel et sur le film ; cependant, il faut également reconnaitre qu’en l’état, le film de est un sacré morceau de péloche.

Visuellement splendide, thématiquement vertigineux, est bien plus qu’une simple série noire : c’est littéralement un conte de la folie ordinaire, une histoire de propagation de la démence, où comment les fêlures de deux personnages distinct peuvent se compléter, voire même se contaminer l’un l’autre. La souffrance des deux personnages principaux les transforme rapidement en de simples stéréotypes, ce que renforce encore l’usage d’une voix off à la troisième personne, s’ajoutant à la multiplicité insensée des lieux défilant à vitesse grand V dans l’intrigue du film. Serrault et Adjani sont de simples coquilles vides n’existant que par un comportement borderline, et le film se mue progressivement en une plongée névrotique et mortifère dans la psyché de deux personnages en quête d’un être disparu, dont ils savent pertinemment qu’il ne reviendra jamais (la fille pour l’un, le père pour l’autre).

Poétique, onirique, étrange, ambivalent, volontairement abstrus, se vit presque comme un rêve éveillé, et s’impose comme une référence unique, le genre de film culte en puissance dont la présence ne surgit que très rarement, surtout au cœur du cinéma français (on pense parfois à Buffet froid sorti la décennie précédente). Un film absolument grandiose.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

Disponible chez au sein de sa très riche collection « Héritage », s’offre donc aujourd’hui un très attendu lifting Haute Définition sur galette Blu-ray, et l’éditeur en profite pour nous livrer une édition absolument définitive du chef d’œuvre de en nous proposant de découvrir pour la première fois à la fois le montage « director’s cut » du film (version longue, d’une durée de 2h02) et le « remontage » désiré par la production et ayant reçu l’aval de (version courte, 1h37), comme nous l’explique le brillantissime making of rétrospectif disponible dans la section suppléments et revenant sur la gestation pour le moins mouvementée du film.

Aussi bien côté image que côté son, le master proposé par l’éditeur sur les deux montages du film est excellent, un cran au-dessus du travail déjà très bon effectué sur Garde à vue (lire notre test). Le film est proposé au format 1.66:1 respecté et en 1080p ; la granulation d’origine a été préservée, mais le piqué est d’une belle précision. Couleurs et contrastes affichent une forme insolente, même si l’on repère forcément un grain légèrement plus important sur les séquences nocturnes ou en basse lumière. Le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 et mono d’origine, clair et sans souffle, préservant le dynamisme de la musique jazzy faisant régulièrement son apparition pendant le film.

Côté suppléments, nous propose, on l’a déjà cité un peu plus haut, un documentaire rétrospectif littéralement passionnant revenant sur le tournage mouvementé du film à grands renforts d’entretiens avec (archives), , Pierre Lhomme, Nathan et Annie Miller ainsi que Charles Gassot, producteur du film, qui fait preuve d’une franchise rare. On ajoutera à ce supplément incontournable la bande-annonce originale du film, ainsi qu’un entretien avec Philippe Le Guay, réalisateur et scénariste français, qui évoque sa fascination pour le film.

 

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