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Critique : Les Nouveaux Sauvages

afficheLes Nouveaux Sauvages

Argentine – Espagne, 2014
Titre original : Relatos salvajes
Réalisateur : Damián Szifron
Scénario : –
Acteurs : Ricardo Darín, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia
Distribution : Warner Bros
Durée : 2h02
: Comédie dramatique
Date de sortie : 14 janvier 2015

Note : 5/5

Sous le parrainage de Pedro Almodóvar, l’un de ses producteurs, l’Argentin Damián Szifron ose avec Les Nouveaux Sauvages une comédie mordante et savoureuse qui le propulse pour la première fois sur le devant de la scène française et internationale grâce notamment à sa sélection officielle au de Cannes 2014.

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Synopsis : L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent stress et dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux Sauvages franchissent l’étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison d’amour, le retour d’un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouvent l’indéniable plaisir du pétage de plombs.

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Une comédie décoiffante

Les Nouveaux Sauvages – le titre original est Relatos Salvajes – est une comédie décoiffante sur la perte de contrôle ou, pour le dire vulgairement selon l’expression consacrée, sur le pétage de plombs. Le pire était à craindre pour ce film qui aurait pu lui-même tomber dans le vulgaire et dans l’enchaînement incontrôlé de situations chocs comme on en voit dans les derniers Very Bad Trip. Or le film de Damián Szifron s’avère de grande qualité. Cette qualité repose essentiellement sur la maîtrise d’une composition audacieuse, la partition du film en six historiettes successives qui varient autour du même thème : celui, on l’aura compris, de l’envenimement de situations aux issues catastrophiques, faisant du pétage de plombs collectif le syndrome d’une société urbaine sous pression. Si Buenos Aires est le théâtre de la plupart de ces histoires, c’est en fait la société urbaine et capitaliste mondiale qui est visée, ce qui explique peut-être le succès planétaire de ces Nouveaux Sauvages jusqu’aux États-Unis où le film est bien parti pour être nommé à l’Oscar du film en langue étrangère.

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Traquenards, règlements de compte et pétages de plombs…

Mais comédie ne rime jamais ici avec légèreté, distraction ni désinvolture. Pour explorer la perte de contrôle, le réalisateur argentin risque l’assemblage de six histoires distinctes – chacune engrangeant son propre réseau de personnages et de situations – dont le comique surgit toujours de la violence la plus tragique. La toute première partie, précédant le générique, est un parfait prélude, une annonce, voire une petite mise en abyme de tout l’espace narratif du film : les personnages, réunis dans un même avion en vertu d’une étonnante « connexion cosmique » (que nous ne révélerons pas), sont embarqués dans un vol qui s’avère une gigantesque farce, si ce n’est un épouvantable traquenard. À l’image des passagers, les spectateurs des Nouveaux Sauvages sont embarqués dans un vaste complexe dramatique qui les met aux prises avec leur propre barbarie, par le biais de situations plus dérangeantes (et truculentes) les unes que les autres. Rares sont les films où les règlements de compte les plus infâmes et les meurtres les plus sanglants sont à ce point exquis.

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… dans une composition audacieuse en six actes

Le spectateur, familier peut-être des films à « effet papillon » d’Alejandro González Iñárritu comme 21 grammes et Babel, cherche dans le long-métrage de Szifron à relier entre eux les personnages aperçus, à croiser leurs destins pour remonter le fil d’un enchaînement de cause à effet. Or, dans cette composition narrative novatrice et déconcertante, rien ne relie les groupes de personnages si ce n’est l’expérience commune de la confrontation avec son propre destin et du spectacle de la dégénérescence irréversible de toute son existence. Et justement, cette forme rarement explorée d’une série d’histoires juxtaposées, où il est toujours question « de catharsis, de vengeance et de pétage de plombs » (selon les mots du réalisateur), assure la fraîcheur et surtout l’intensité visuelle, dramatique et donc émotionnelle de l’ensemble. D’autant que, il faut le souligner, les acteurs, Ricardo Darín, Oscar Martinez et Erica Rivas en particulier, excellent dans l’incarnation de personnages dont le tempérament explose sous la pression d’une situation de crise.

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Conclusion

Avec Les Nouveaux Sauvages, Damián Szifron signe une comédie dramatique atypique et réellement truculente, qui exacerbe le surgissement d’une nouvelle forme de sauvagerie parmi les citoyens normaux des sociétés capitalistes occidentales. Car si le film parvient à la fois à effrayer et à faire rire, à travers une forme cinématographique d’une grande créativité, c’est parce qu’incontestablement, il touche juste.

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Auteur

Léa Triomphe

Cet article a été rédigé par Léa Triomphe, Rédactrice de Critique Film.fr