Critique : Gone Girl

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Etats-Unis, 2014
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : , d’après son roman Les Apparences
Acteurs : Ben Affleck, Rosamund Pike,
Distribution : Twentieth Century Fox
Durée : 2h29
Genre : Thriller
Date de sortie : 8 octobre 2014

Note : 4,5/5

Avec cette adaptation, par son auteur Gillian Flynn, d’un roman noir, David Fincher saisit le déclin d’un rêve américain qui explose à la face de ses protagonistes confrontés à une opinion publique impitoyable. Son dixième long-métrage est autant un thriller que le décryptage d’un mariage désastreux et une critique acerbe d’une opinion publique bien trop curieuse.

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Synopsis : La vie semblait parfaite pour Nick Dunne et sa femme jusqu’à ce matin du 5 juillet où Amy disparaît. Son mari devient alors le centre d’intérêt de toute une nation mais que s’est-il passé dans leur union loin d’être parfaite ? Le journal intime d’Amy va-t-il permettre de comprendre la vérité ?

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Une opinion publique impitoyable

Lorsque la presse à sensation s’empare du drame vécu par Nick, un homme trop ordinaire au chômage, il perd sa liberté et devient le coupable idéal d’une société qui aime trouver des boucs-émissaires expiatoires. Chacun de ses gestes est scruté et analysé avec préjugés comme preuve de sa culpabilité. La charge contre la place des médias et des réseaux sociaux qui font et défont héros ou méchants n’est pas d’une profonde originalité a priori mais se révèle plutôt subtile grâce à l’ironie qui souligne le cynisme des uns et des autres. Les quinze minutes de gloire promises par Andy Warhol sont détruites avec application et la critique atteint autant les médias plus ou moins légitimes, les voisins qui se délectent à révéler vos secrets intimes que les parents de la disparue, sérieusement esquintés. Les caméras sont partout et pourtant la vérité n’en sort pas grandie.

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L’enquête pour résoudre la disparition mystérieuse d’Amy est évidemment loin d’être négligeable et le suspense est haletant tout en évitant les clichés du genre joliment tordus. La construction en trois parties ne cessent de surprendre, jusqu’à la révélation rapide de son principal secret à la moitié du métrage, près de 2h30 qui passent sans en avoir l’air. La force de Fincher est de nous accompagner plutôt que de d’instrumentaliser un suspense de pacotille. Il préfère jouer avec nos nerfs dans ce jeu de dupes entre ceux qui sentent la vérité, ceux qui la cachent, ceux qui la manipulent avec un mépris assourdissant de l’humanité et les vrais innocents qui font de leur mieux dans un monde corrompu jusqu’à l’os. L’art du double langage et la force des Apparences (titre français du roman) est décrypté dans ses moindres rouages.

Missy Pyle et Tyler Perry
Missy Pyle et Tyler Perry

Ben Affleck fadasse, Rosamund Pike badass

La mécanique policière est implacable et pourtant le cœur du film reste le double portrait d’un couple mal assorti. Avant d’être un thriller brillant, Gone Girl est le récit de l’échec d’un couple à l’image de celui formé par Kate Winslet et Leonardo di Caprio dans Les Noces Rebelles avec le désappointement viscéral d’une épouse qui croyait avoir trouvé son héros et l’inaptitude d’un mari à la rendre heureuse malgré les belles promesses. En tant que couple, ils pensaient éviter les clichés d’un mauvais mariage mais l’échec est cinglant, les trahisons scrutées sans pitié dans un duel où personne ne peut être vainqueur, l’échec étant, horreur absolue, public et sujet à débat.

Ben Affleck et Carrie Coon
Ben Affleck et Carrie Coon

Ben Affleck assume la faiblesse de cet homme effacé, incarnation de ce qu’un homme viril doit être, viril et séducteur, contraint au succès (qui n’arrive pas) et qui est comme Samson privé de sa chevelure lorsqu’il est confronté au pire. Sa force uniquement de façade explose lorsque sa vie est analysée au microscope. L’acteur est bien placé pour comprendre le poids des regards extérieurs sur sa vie privée et la qualité de son jeu s’en ressent. Il trouve son meilleur rôle malgré quelques solides performances dans de Kevin Smith, de Ben Younger, Hollywoodland d’Allen Coulter ou de John Wells. ici, il balaye les doutes récurrents sur ses capacités d’acteur grâce à David Fincher qui confirme qu’en plus d’être un cinéaste attaché à renouveler la grammaire visuelle, il est aussi capable de faire ressortir le meilleur des acteurs qu’il engage. Ce qu’on appelle la direction d’acteurs, en termes pompeux.

Ben Affleck et Rosamund Pike
Ben Affleck et Rosamund Pike

 

Jusque là cantonnée à des seconds rôles où elle éclipsait parfois ses partenaires ( de Lone Scherfig en particulier), Rosamund Pike est épatante dans le rôle d’une femme forte au tempérament exacerbé qui devient la nouvelle fiancée de l’Amérique après sa disparition. Son enfance a été utilisée dans une série de livres populaires (Amazing Amy) concoctés par ses parents d’après sa vie réelle mais transformée en portrait exemplaire éloigné de la réalité. Elle croit pouvoir se rebeller contre cet emploi de créature trop parfaite rêvée par ses parents, mais est conditionnée malgré elle pour être une créature parfaite. De fait elle est incapable d’assumer un échec, celui de son mariage mais aussi celui de sa vie professionnelle et publique. Rosamund Pike crée un portrait de femme fatale comme on n’en avait pas vu depuis Sharon Stone dans ou Linda Fiorentino dans Last Seduction et a certainement créé une figure romanesque qui marquera longtemps les esprits. Ceux qui y viraient un manifeste féministe ou misogyne en seront pour leurs frais, Amazing Amy est avant tout l’incarnation d’un mal d’autant plus inquiétant qu’il est réaliste. D’où elle vient et le chemin qu’elle a parcouru avant sa disparition sont glaçants, ses moments de doute ou de peur rappellent sa trajectoire terrible. Elle agit comme une déesse tombée de son piédestal qui veut y remonter à tout prix.

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Elle domine aisément une distribution pourtant excellente. L’humoriste (pas drôle) Tyler Perry est un avocat de génie, professionnel et fasciné par la tournure des événements, ce qui le rend particulièrement savoureux. Il apporte une détente qui ne remet pourtant pas en cause l’inquiétude générale qui demeurera jusqu’au dernier plan. Neil Patrick Harris incarne un autre personnage aux multiples facettes, celui de l’ex inquiétant qui gravite autour d’amy, vingt ans après leur séparation, comme un double maléfique de Barney, son personnage dans la série . Deux personnages féminins sont les centres moraux du récit. Carrie Coon est l’empathique sœur jumelle du parfait coupable et l’enquêtrice déterminée à assurer la loi et l’ordre mais limitée par les stratégies de sa hiérarchie. Comme dans , le constant est sinistre sur la justice.

 

Patrick Fugit et Kim Dickens
Patrick Fugit et Kim Dickens

La musique de et Atticus Ross accentue l’atmosphère créée par la mise en scène et trouve la juste distance, ni trop effacée ni trop envahissante, au service d’un suspense atypique, sophistiqué et humain. Un film choral dans le sens le plus noble du terme, le spectateur étant convié à la fête, avec un final terrifiant dans son immoralité.

Ben Affleck, Patrick Fugit, David Clennon, Lisa Barnes, David Clennon et Kim Dickens
Ben Affleck, Patrick Fugit, David Clennon, Lisa Barnes, David Clennon et Kim Dickens

 

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Résumé

Le scénario de Gillian Flynn d’après son propre roman tord le cou au rêve américain et s’il prend le temps de laisser exister ses personnages, ne nous y trompons pas, l’univers tourne autour de l’épatante Amy, créature inquiétante qui sort du placard de l’indifférence dans laquelle elle surnageait. Avec ce tour de force, David Fincher vient tout simplement de livrer l’un des films noirs les plus marquants de notre époque avec un art accompli de la mise en scène, soutenue par une misanthropie que ne renierait pas Robert Altman.

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