Vu sur OCS : Paris au mois d’août

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© La Société des Films Sirius / Compagnie Française de Distribution Cinématographique / Pathé Tous droits réservés

On poursuit notre course contre la montre si plaisante des films qui disparaîtront prochainement du service de vidéo par souscription avec Paris au mois d’août de . Cette petite perle du cinéma français des années ’60, 1966 pour être précis, ne sera par ailleurs indisponible que quelques jours seulement, puisque d’autres diffusions sont prévues dès le mois d’avril. Et pour les plus impatients d’entre vous, tentez de vous procurer le beau Blu-ray édité par Pathé l’année dernière, que notre confrère Mickaël avait chroniqué à ce moment-là ici et qui utilise le même master soigneusement restauré que celui de ses diffusions soi-disant immatérialisées.

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Par les temps qui courent, on aurait presque l’impression de séjourner dans la capitale française en plein vide estival : il n’y a quasiment personne dans les rues, encore moins de véhicules que de piétons au regard et à la démarche fuyants. Sauf que le contexte n’est évidemment pas du tout le même, sans même parler de la météo, en voie de se dégrader actuellement et de revenir à un niveau pré-printanier qui devrait donner une incitation supplémentaire à se confiner chez soi. L’espace urbain a de même considérablement changé en un demi-siècle, au détail près que cette comédie romantique douce-amère s’efforce de respecter la topographie parisienne. Si on avait le droit de sortir de son quartier, on pourrait donc suivre le cheminement vaguement touristique des personnages. Par défaut, ce sera au cinéma de remplir une de ses fonctions premières : celle de nous faire voyager mentalement, par un mélange adroit d’images imaginaires et de repères aussi concrets que la tombe de Napoléon aux Invalides ou les alentours du Panthéon du côté du Quartier Latin.

La prémisse de Paris au mois d’août est assez basique. Pire encore, elle nous fait penser à un film que tout le monde a l’air d’adorer et qui nous a laissés parfaitement indifférents, en dépit des nombreuses chances successives qu’on lui a accordées. Car si l’on fait abstraction du cadre très théâtral de 7 ans de réflexion de Billy Wilder, il n’y a pas grand-chose à signaler qui différencierait les deux films. Dans l’un comme dans l’autre, il est question d’un mari sage au point d’être fade, resté seul dans une métropole au cours de la saison caniculaire, pendant que sa femme et ses enfants sont partis se prélasser à la campagne. A peine le reste de la famille déposé à la gare, il tombe sous le charme d’une belle blonde, qui mettra à rude épreuve sa fidélité conjugale. Ce sont alors surtout les aléas culturels qui mettent à part les films de Wilder et de Granier-Deferre, la pudibonderie puritaine du premier ayant heureusement laissé la place dans le deuxième à un traitement plus nuancé, voire à une liberté des mœurs relative en anticipation des bouleversements moraux de mai ’68.

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Compensant en charme ce qui lui manque en physique d’un séducteur né, incarne à la perfection le basculement de son personnage depuis une routine, dont il cherche à valoriser le côté positif en toute circonstance, vers un coup de foudre insensé. C’est le portrait saisissant d’un homme impuissant qui se déroule devant nos yeux, pas nécessairement en termes sexuels, mais à cause de son incapacité de mettre en veille son côté « gamin en quête d’assistance », afin d’assumer avec maturité ses choix. Cela commence avec les indications que son épouse lui a laissées dans la cuisine – une véritable chasse au trésor qui ne se fait pourtant guère d’illusions sur le talent culinaire de ce père de famille de se faire une simple omelette – et ça se termine sur une course mélodramatique à travers les gares et les aéroports, afin d’empêcher celle qu’il considère comme la femme de sa vie de le quitter et de rentrer chez elle.

Le récit a beau adopter sans équivoque le point de vue du personnage masculin, fermement intégré dans son cadre de vie bien viril entre partie de cartes le soir et partie de pêche le dimanche matin, il sait néanmoins faire preuve d’une certaine complexité à l’égard de l’objet de ses fantasmes romantiques. instille juste assez de coquetterie et de naïveté affectée dans son rôle pour rendre crédible le coup de foudre de Henri Plantin, le brave gars interprété par Aznavour, ainsi que, tout à fait accessoirement, pour gagner le cœur de son réalisateur qu’elle allait épouser l’année après la sortie du film en France. Dans cette relation éphémère, c’est au fond elle l’adulte, puisque c’est elle qui réussit tant soit peu à canaliser les poussées d’hormones juvéniles de son amant improbable. Elle y cède jusqu’à un certain point, tout en gardant une très jolie aura insaisissable, jamais entièrement dupe des improbabilités flagrantes de cette histoire d’amour à l’eau de rose savamment dosée.

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