Berlinale 2019 : The Kindness of Strangers

Danemark, Canada, Suède, Allemagne, France, 2019

Titre original : The Kindness of Strangers

Réalisatrice :

Scénario : Lone Scherfig

Acteurs : , , , Caleb Landry Jones

Distribution : –

Durée : 1h55

Genre : Drame

Date de sortie : –

2,5/5

Avant le lancement de la projection presse du film d’ouverture du 69ème , la responsable de la salle où défileront pendant les onze jours à venir des dizaines et des dizaines d’heures d’images en mouvement était montée sur scène pour souhaiter aux journalistes venus du monde entier un bon festival, placé sous le signe de la joie et de la gentillesse. L’ambition du film qui a suivi cette courte annonce informelle est à peu près identique, en ce que The Kindness of Strangers promeut en premier lieu une forme d’altruisme désintéressé que l’on ne trouve plus que dans les contes de fées. Sans capituler complètement devant la soupe aux bons sentiments, fabriquée sous vide à Hollywood, Lone Scherfig y assemble malgré tout une mosaïque d’histoires disparates, dont l’aspect général s’apparente tour à tour à un drame social poignant ou à un mélodrame pleurnichard et tendancieux. Le creuset des cultures américaines sur la côte est des États-Unis y sert d’arrière-plan dépeint sans trop de complaisance à un va-et-vient parmi un groupe restreint de personnages, qui borde dans ses pires moments à une farce indigeste, mais qui sait également faire preuve d’une sincérité affective et d’un réalisme social des plus probants. En respectant l’alternance des films d’ouverture de la Berlinale ces dernières années, entre des films d’auteur américains parfaitement ficelés et des productions européennes qui risquent de faire honte en comparaison, celui-ci appartient hélas plutôt à la deuxième catégorie, en tant que ratage relatif, quoique pas inintéressant dans ses excès.

© Per Amesen Tous droits réservés

Synopsis : Un beau matin, Clara quitte discrètement le foyer familial à Buffalo avec ses deux fils Anthony et Jude, afin de les mettre à l’abri des abus violents de leur père policier. Leur destination : la ville de New York, où Clara espère recommencer sa vie, quitte à faire appel à son beau-père pour un peu d’argent. Fraîchement sorti de prison grâce à l’intervention de son avocat John Peter, l’ancien gérant de restaurant Marc se fait par hasard embaucher dans le bistrot russe, où le nonchalant Timofey accueille les clients avec son spleen plus britannique que d’origine slave. L’une des habituées de ce temple du caviar est l’infirmière Alice, qui gère pendant son temps libre le cercle d’entraide « Pardon ». Elle travaille de même à la distribution de la soupe populaire, où le maladroit Jeff propose son aide.

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New York, la pomme de la discorde

En tant que réalisatrice danoise, Lone Scherfig ne s’est pas vraiment imposée sur la scène internationale grâce à sa supposée austérité nordique. Bien au contraire, elle affectionne le genre de cinéma au propos lourd et insistant qui a aussi déjà ouvert pas mal de portes à sa compatriote contemporaine Susanne Bier. Dans The Kindness of Strangers, l’approche n’est pas vraiment différente, puisque la seule échappatoire comique y est une fois de plus fournie par le personnage interprété avec son élégance désabusée habituelle par , entouré de nombreuses sources de détresse. Chacun y va en effet de son combat intime à mener, guère original, mais articulé selon un degré de finesse fortement variable. Sans surprise, cet agrégat de griefs contre le destin, prononcé plus en grommelant que sur le ton de la revendication décomplexée, s’agence assez mal, les transitions au trait forcé constituant l’un des points faibles du film. A intervalles réguliers, les personnages se croisent ainsi comme par hasard, leurs rencontres donnant lieu parfois à des échanges intenses, parfois à la sensation vague d’une occasion ratée, à l’image du dixième long-métrage de la réalisatrice dans son ensemble. Car c’est la notion de gâchis qui s’impose au fur et à mesure que le scénario s’entête à enchaîner les coïncidences les plus improbables, au plus tard à partir de la séquence dans le restaurant chinois.

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Longue soirée, petit ami

Le grand écart entre la délicatesse et l’engagement, saupoudré d’une dose conséquente d’émerveillement qui ne veut pas sonner vrai dans un contexte urbain nullement oublieux de la crasse et des laissés-pour-compte, réussit alors au mieux de façon intermittente à Lone Scherfig. Tandis que la férocité du combat de la mère, jouée avec une candeur touchante par Zoe Kazan, porte presque à elle seule la première partie du film, ce pilier redoutable s’affaisse progressivement sous le poids du versant légal de sa croisade contre la maltraitance. Contre l’assaut de poncifs édifiants lancé à ce moment-là, la voix de la raison reste quasiment impuissante, bien qu’elle soit portée, plutôt timidement, par un Tahar Rahim dont la carrière séduit toujours plus par ses choix audacieux que par la qualité du produit final. Dans ses contradictions intérieures, son personnage ne paraît guère plus abouti que celui de Andrea Riseborough, une femme qui se sacrifie sans relâche, à plus forte raison quand elle se trouve comme par miracle au bon endroit au bon moment, sans que cette serviabilité pathologique ne lui procure une satisfaction profonde. Pareilles maladresses émaillent hélas l’intrigue, sans l’ombre d’un doute bien intentionnée. Est-ce suffisant, par contre, pour se montrer à la hauteur d’un quotidien new-yorkais infiniment plus nuancé que la quête de béatitude aveugle, par laquelle la narration cherche à nous amadouer à de multiples reprises ?

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Conclusion

Les festivités sont désormais lancées à Berlin en ce début du mois de février 2019 et nous y avons franchi de manière plus ou moins indemne le premier obstacle tant redouté du film d’ouverture ! En effet, The Kindness of Strangers porte en lui tous les défauts d’un film qui veut bien faire, coûte que coûte, mais qui en oublie toute mesure et tout équilibre entre la fiction et la réalité. Lone Scherfig s’acquitte certes à peu près convenablement de la tâche d’orchestrer un récit choral riche en coïncidences suspectes. Mais un peu moins d’eau de rose finale, voire moins d’empressement dans la description caricaturale d’un nombre élevé de personnages, n’aurait pu faire que du bien à ce film, à la fâcheuse tendance de surcharger la barque.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles