Test DVD : La mécanique de l’ombre

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La mécanique de l’ombre


France : 2016
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Thomas Kruithof, , ,
Acteurs : , , ,
Éditeur :
Durée : 1h27
Genre : Thriller, espionnage
Date de sortie cinéma : 11 janvier 2017
Date de sortie DVD : 17 mai 2017

 

 

Deux ans après un « burn-out », Duval est toujours au chômage. Contacté par un homme d’affaire énigmatique, il se voit proposer un travail simple et bien rémunéré : retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, Duval accepte sans s’interroger sur la finalité de l’organisation qui l’emploie. Précipité au cœur d’un complot politique, il doit affronter la mécanique brutale du monde souterrain des services secrets.

Le film

[3.5/5]

Duval est un homme de l’ombre, un employé qu’on ne remarque pas, un homme qui ne vote pas, qui n’a jamais voté, un exécutant perfectionniste qui s’efforce de satisfaire sa hiérarchie sans se poser de questions, quand bien même le surcroit de travail qu’on lui impose peut arriver à le conduire au burn-out, à la perte de son travail, peut-être bien recherchée par sa hiérarchie, à la perte du cadre dont il a besoin pour se sentir bien dans sa peau, à le mener à l’alcoolisme. Des hommes de l’ombre comme lui, il y en a beaucoup et peu d’entre nous, s’ils n’en font pas eux-même partie, peuvent prétendre ne jamais en avoir rencontrés. Il y a une autre catégorie d’hommes de l’ombre, des hommes qui exécutent leur métier en dissimulant leurs activités, qu’elles se fassent dans le cadre de magouilles politico-financières ou dans celui de l’espionnage. Ces hommes là, peut-être en avons nous rencontrés mais il est évident que peu d’entre nous peuvent se targuer d’en avoir rencontrés en ayant connaissance de leurs véritables activités !

A la recherche d’un emploi, cherchant, avec succès, à se débarrasser de son penchant pour l’alcool, Duval va se voir confronté à cette mécanique de l’ombre lorsque Clément, un homme au comportement glacial et qui contrôle à la perfection tout ce qu’il dit, tout ce qu’il fait, va lui proposer un travail qui a le mérite d’être très bien payé même si son contenu peut apparaître à la limite de l’absurde : retranscrire sur papier des écoutes téléphoniques via une machine à écrire. Manifestement, la personnalité de Duval, ou, plutôt, son absence de personnalité, correspond parfaitement à ce que recherche Clément et, dans un premier temps, Duval retranscrit fidèlement ce qu’il entend sans se poser de question sur le contenu. Sauf que l’arrivée de Gerfaut sur son lieu de travail va petit à petit gripper la machine. Qui est-il ce Gerfaut ? Dans une structure pyramidale dans laquelle, « à chaque étage, il y a un mec qui lèche le cul du gars qui est au dessus », est-il vraiment, comme il le prétend, l’adjoint de Clément et le chef de Duval ? En tout cas, sa personnalité est à l’opposé de celle de Clément : il parle sans retenue, sans vraiment se contrôler. On sent l’homme de terrain, l’homme d’action. Le comportement de Gerfaut va amener Duval à se poser des questions sur ce qu’il entend et qu’il retranscrit. N’y a-t-il pas des rapports avec la mort de Moftah Al-Shamikh, un homme d’affaire libyen, soupçonné de fraude fiscale aggravée et retrouvé mort chez lui ? Suicide ? Assassinat ? Avec l’histoire  de trois otages retenus en Mauritanie ? Avec Philippe Chalamont, un candidat à l’élection présidentielle qui approche ? Et voilà en plus la DGSI qui entre en jeu en la personne de Labarthe qui demande des comptes à Duval. Et si Duval, au départ homme de l’ombre et passif, en arrivait, pour sauver sa peau, à se transformer en personnage actif ?

 

 

Pour son premier long métrage, Thomas Kruithof a choisi de remonter le temps en réalisant un film d’espionnage dont l’action se déroule de nos jours mais qui s’apparente aux films d’espionnage psychologiques que proposaient des réalisateurs comme Costa-Gavras il y a une bonne quarantaine d’années : un film sans effets spéciaux, un film dans lequel prévaut l’utilisation de matériel qui, aujourd’hui peut paraître anachronique, mais qui présente le mérite, pour le monde du secret, d’éviter les fuites telles que celles qui ont donné naissance à l’affaire Snowden. Dans son scénario, Thoma Kruithof et ses acolytes ont amalgamé des éléments qui font penser à deux affaires dont on a eu vent dans un passé récent : l’enquête concernant Ziad Takieddine et le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et la gestion de la crise des otages du Liban en 1985-1988.

La réalisation de La mécanique de l’ombre s’avère très habile avec un début très « vie normale » et un glissement progressif vers un monde d’interrogation et de noirceur, dans lequel rentrent en jeu tous les éléments qui contribuent à dessiner l’atmosphère d’un film : les cadrages, l’environnement urbain, de plus en plus dépouillé, les décors, de plus en plus vides, la lumière, de moins en moins présente, les couleurs qui se raréfient de plus en plus, la musique, de plus en plus angoissante. Quant aux comédiens, on retrouve dans ce film un bel échantillon de la fine fleur masculine du cinéma français : François Cluzet, l’interprète de Duval, excellent en homme très ordinaire contraint de lutter contre un système auquel il ne comprend pas grand chose et qui le manipule ; Denis Podalydès, l’interprète de Clément, dont la froideur et la diction font merveille ; Simon Abkarian, l’interprète fiévreux et inquiétant de Gerfaut ; Sami Bouajila, impassible, d’une grande justesse dans le rôle de Labarthe. Quant au rôle féminin de Sara, une femme que Duval a rencontrée chez les alcooliques anonymes, il est peu présent à l’écran, mais sait y apporter la touche de mystère qui arrive à lui donner de la consistance et en faire autre chose qu’un rôle anecdotique. Pour parler clair, beaucoup de maîtrise pour ce premier long métrage réalisé par un autodidacte.

Tobias avait écrit la critique de ce film lors de sa sortie en salles. A lire ici !

 

 

Le DVD

[4.5/5]

On ne peut que louer le travail effectué par M6 Vidéo sur ce DVD. Tout d’abord, techniquement, il ne souffre d’aucun défaut notable. Certes, plus le film avance, plus l’image semble manquer de lumière, plus elle devient terne, mais, comme cela est expliqué dans le texte concernant le film,  c’est exactement ce que voulait le réalisateur. Ne pas oublier que l’action se déroule à Paris et dans sa banlieue, que le film est thriller et un film d’espionnage, il ne faut donc pas s’attendre à y retrouver la lumière et les couleurs de la Côte d’azur ou des îles des Caraïbes ! Le son, disponible en Dolby 2.0 et en Dolby 5.1, s’avère de bonne qualité et on comprend sans problème la quasi totalité des dialogues, ce qui, malheureusement, est de plus en plus rare dans le cinéma français (cf. le véritable scandale Rodin qui a éclaté à Cannes, puis dans les salles de l’hexagone !). Par ailleurs, le DVD propose le choix de l’audio description ainsi et celui de regarder le film en bénéficiant du sous-titrage pour sourds et malentendants.

Le DVD n’est pas en reste en ce qui concerne les suppléments, au nombre de deux. Tout d’abord un entretien de 34 minutes avec le réalisateur dans lequel ce dernier, très volubile et  très méridional dans sa gestuelle malgré son nom qui sonne néerlandais, explique tout ce qui concerne son film de A à Z. Ensuite, un excellent court-métrage de 15 minutes, réalisé en 2013, et qui, jusqu’à La mécanique de l’ombre, représentait les premiers et seuls pas  de Thomas Kruithof à l’écran. Ce court-métrage a pour titre . On y voit Mathilde, une jeune femme qui, dans un Centre de rétention administrative, se bat courageusement pour défendre les droits d’étrangers qui y sont enfermés. C’est qui est l’excellente interprète de Mathilde.

 

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