Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray 4K Ultra HD : Black Christmas

Test Blu-ray 4K Ultra HD : Black Christmas

0
65

Black Christmas

Canada : 1974
Titre original : –
Réalisation : Bob Clark
Scénario : Roy Moore
Acteurs : Olivia Hussey, Keir Dullea, Margot Kidder
Éditeur : ESC Films
Durée : 1h38
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 29 octobre 1975
Date de sortie DVD/BR/4K : 24 juin 2026

Des jeunes femmes faisant partie d’une confrérie universitaire passent les vacances de Noël ensemble. Le groupe reçoit d’étranges appels téléphoniques, les jeunes femmes, qui semblent au départ s’en amuser, ne se doutent pas une seconde que les appels sont passés de l’intérieur de la maison…

Le film

[3,5/5]

Il existe des films qui arrivent au mauvais moment dans une cinéphilie. Non pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils débarquent après tous leurs enfants. Découvrir Black Christmas aujourd’hui, c’est un peu comme faire connaissance avec l’arrière-grand-père d’une famille après avoir passé vingt ans à côtoyer ses descendants : on reconnaît immédiatement les traits, les mimiques et les tics de langage, mais la surprise s’est envolée depuis longtemps. En France, le film de Bob Clark a longtemps été victime de cette découverte tardive. Invisible pendant des décennies ou presque, il n’a véritablement retrouvé la lumière qu’au milieu des années 2000, alors que les spectateurs avaient déjà été nourris aux Halloween, Vendredi 13, Les Griffes de la nuit, Scream, aux innombrables néo-slashers de l’après-Scream… et même au remake de 2006. Difficile, dans ces conditions, de mesurer l’onde de choc qu’avait pu représenter Black Christmas en 1974.

Car le film n’a évidemment pas inventé le slasher à lui tout seul. Les gialli italiens étaient déjà passés par là, et l’influence de La Baie sanglante de Mario Bava et/ou de Torso de Sergio Martino semble aujourd’hui difficile à nier. Les meurtres graphiques, les assassins mystérieux ou les jeux de faux-semblants existaient déjà. En revanche, Bob Clark assemble ces éléments avec une cohérence nouvelle, presque matricielle. Les appels téléphoniques obscènes, la caméra subjective adoptant ponctuellement le regard du tueur, la maison transformée en piège, le meurtrier sans véritable explication psychologique, le final volontairement frustrant… autant d’idées qui irrigueront durablement le cinéma d’horreur américain, jusqu’à influencer ouvertement John Carpenter pour Halloween. Le paradoxe est cruel : à force d’avoir été copié pendant un demi-siècle, Black Christmas donne parfois aujourd’hui l’impression d’imiter les films qu’il a lui-même contribué à faire naître.

La carrière de Bob Clark participe d’ailleurs à cette drôle d’impression. Difficile d’imaginer que le réalisateur de ce huis clos anxiogène enchaînerait quelques années plus tard avec Porky’s (1982), puis signerait le cultissime Christmas Story (1983). À l’image de son auteur, Black Christmas refuse les cases toutes faites. Ce n’est pas encore un slasher au sens où on l’entendra dans les années 80 ; c’est un thriller horrifique qui regarde autant du côté d’Hitchcock que du giallo italien, tout en développant une identité profondément nord-américaine. Plus qu’une succession de meurtres, le film construit une atmosphère. Bob Clark s’intéresse moins aux effusions de sang qu’à l’attente qui les précède. Les longs couloirs, les escaliers grinçants, les portes entrouvertes ou les combles plongés dans l’obscurité composent un espace inquiétant où la menace semble flotter en permanence. La véritable vedette du film n’est peut-être ni Billy ni Jess, mais cette immense maison universitaire, filmée comme un organisme vivant, dont chaque recoin paraît dissimuler une mauvaise idée prête à sortir de sa tanière.

Le film bénéficie également d’une écriture étonnamment moderne pour son époque. Bien avant que le slasher ne transforme ses héroïnes en simples victimes courant en hurlant dans les bois, Black Christmas place au centre de son récit des personnages féminins étonnamment nuancés. Les étudiantes de la résidence existent en dehors de la menace qui plane sur elles. Elles boivent, plaisantent, s’engueulent, couchent, prennent des décisions discutables et parlent librement de sexualité. Surtout, le personnage de Jess se retrouve confronté à la question de l’avortement, un sujet encore explosif en 1974, traité ici avec un naturel qui surprend encore aujourd’hui. Sans jamais transformer son discours en manifeste, le film laisse affleurer une réflexion sur la place des femmes, leur autonomie et les violences qu’elles subissent, donnant au récit une épaisseur que beaucoup de slashers ultérieurs abandonneront au profit du simple décompte des cadavres.

Tout cela étant dit, il serait tout aussi excessif de considérer Black Christmas comme un chef-d’œuvre intouchable. Son importance historique ne le rend pas automatiquement passionnant pendant quatre-vingt-dix-huit minutes. Bob Clark privilégie tellement l’installation de son ambiance que le récit finit parfois par donner l’impression de piétiner. Certaines scènes s’étirent plus que nécessaire, le montage adopte un rythme étonnamment flottant et plusieurs personnages secondaires peinent réellement à exister autrement que comme de futures victimes. Ce choix contemplatif pourra séduire les amateurs de tension diffuse, mais il risque aussi de laisser une partie des spectateurs contemporains sur le bord de la route, habitués à un cinéma d’horreur plus nerveux et plus démonstratif. Le casting féminin compense heureusement une partie de ces longueurs. Olivia Hussey apporte beaucoup de sensibilité à Jess, tandis que Margot Kidder, délicieusement insolente, vole pratiquement chacune de ses apparitions grâce à un sens de la répartie qui ferait encore rougir bien des productions actuelles. Son assassinat, aussi brutal qu’efficace, demeure d’ailleurs l’un des grands morceaux de bravoure du film, au point d’avoir été repris presque plan pour plan dans le remake de 2006.

Justement, les deux remakes de Black Christmas, sortis en 2006 et en 2019, offrent aujourd’hui un intéressant jeu de miroirs. Celui de Glen Morgan, en 2006, choisissait de prendre le contre-pied du film original en expliquant presque tout : enfance du tueur, motivations, généalogie du mal… Là où Bob Clark cultivait le mystère, cette relecture préfère la surexposition, avec des résultats inégaux mais non dénués de qualités, notamment grâce à une mise en scène soignée et quelques séquences particulièrement gratinées. Celui de Sophia Takal, sorti en 2019, empruntait quant à lui une direction radicalement différente, utilisant le titre du classique de Bob Clark comme point de départ d’une réflexion sur les violences sexistes et les rapports de domination. Les trois films racontent finalement moins la même histoire qu’ils ne photographient chacun les angoisses de leur époque : l’inconnu au cœur du foyer en 1974, la fascination pour les origines du mal dans les années 2000, puis les préoccupations sociétales et féministes de la fin des années 2010.

Avec le recul, le principal adversaire de Black Christmas n’est peut-être plus le temps, mais sa propre légende. À force d’être présenté comme le père fondateur du slasher moderne, le film promet une révolution permanente alors qu’il propose surtout un formidable travail de mise en place. Une pierre angulaire impressionne rarement autant que la cathédrale qu’elle soutient. Reste une œuvre passionnante à observer pour tout ce qu’elle a semé dans le cinéma d’horreur des cinquante dernières années, même si son pouvoir de fascination s’est inévitablement émoussé pour les spectateurs arrivés après la bataille. Ce n’est sans doute pas le plus grand slasher de tous les temps. Mais c’est assurément l’un de ceux sans lesquels beaucoup d’autres n’auraient jamais existé.

Le Coffret Blu-ray 4K Ultra HD

[4,5/5]

ESC Films poursuit son remarquable travail de réhabilitation du cinéma de genre avec cette Édition Collector Limitée Blu-ray 4K Ultra HD de Black Christmas, qui fait immédiatement honneur au statut patrimonial du film de Bob Clark. Présenté dans un élégant coffret réunissant le Blu-ray 4K Ultra HD, le Blu-ray, le DVD ainsi qu’un livret de 24 pages signé Marc Toullec, l’ensemble affiche un soin éditorial qui caractérise désormais les plus belles sorties de l’éditeur. L’objet inspire immédiatement confiance : il ne s’agit pas seulement de remettre un classique du cinéma d’horreur sur le marché, mais bien de lui offrir un véritable écrin destiné aux amateurs de patrimoine fantastique.

Côté image, le film bénéficie ici d’un nouveau master Dolby Vision, également compatible HDR10, qui respecte pleinement la photographie hivernale et volontairement ténébreuse imaginée par Reginald H. Morris. L’apport du Blu-ray 4K Ultra HD ne consiste pas à transformer artificiellement Black Christmas en démonstration technologique, mais à redonner toute sa richesse à une image dont les subtilités avaient souvent été gommées par les anciennes éditions. Les noirs gagnent en profondeur sans jamais engloutir les détails, les éclairages de Noël retrouvent une chaleur bienvenue et les nombreuses scènes nocturnes profitent d’une meilleure lisibilité. Le piqué se montre naturellement plus précis, tandis que le grain argentique est respecté avec beaucoup de naturel, conservant au film toute sa texture d’origine. Bien entendu, certaines limites inhérentes au matériau de 1974 subsistent ponctuellement, mais elles participent davantage de l’identité du long-métrage que d’un quelconque défaut technique. ESC Films livre ici une présentation élégante, respectueuse et particulièrement convaincante. Côté audio, l’éditeur propose une approche tout aussi satisfaisante. La version française est présentée en DTS-HD Master Audio 2.0, tandis que la version originale est disponible en DTS-HD Master Audio 2.0 ainsi qu’en DTS-HD Master Audio 5.1. Les pistes mono restituent parfaitement l’équilibre sonore d’origine, avec des dialogues toujours parfaitement intelligibles et une belle présence de l’inquiétante partition de Carl Zittrer. Le remixage DTS-HD Master Audio 5.1 de la version originale apporte quant à lui une ouverture discrète mais bienvenue, notamment dans la spatialisation des ambiances de la maison, des appels téléphoniques ou de certains effets sonores. Sans chercher la démonstration, il accompagne le film avec beaucoup de respect. La version française demeure pour sa part tout à fait agréable à l’écoute et permettra aux spectateurs attachés au doublage de profiter du film dans d’excellentes conditions.

Côté bonus, une fois encore, ESC Films démontre que le mot « Collector » n’est pas un simple argument marketing. La quantité de suppléments impressionne, mais c’est surtout leur complémentarité qui retient l’attention. L’ensemble compose un véritable parcours documentaire consacré à Black Christmas, à sa fabrication, à sa réception et à son influence sur le cinéma d’horreur contemporain. À lui seul, le commentaire audio de Bob Clark constitue déjà une excellente raison de redécouvrir le film. Loin des interventions promotionnelles parfois anecdotiques que l’on trouve sur certains classiques du genre, le cinéaste livre ici une analyse passionnante de sa mise en scène, revenant avec précision sur les mouvements de caméra, les choix d’éclairage, la construction du suspense, le traitement sonore du mystérieux Billy ou encore les nombreuses difficultés rencontrées durant le tournage. Très technique sans jamais devenir aride, ce commentaire accompagne idéalement le visionnage et permet de mesurer tout le soin apporté à une mise en scène souvent plus sophistiquée qu’il n’y paraît. ESC enrichit également cette édition d’une présentation du film par Judith Beauvallet (22 minutes). La journaliste nous y propose une analyse particulièrement claire des qualités du film, de son statut de précurseur et de son influence durable sur le slasher américain. Son parallèle avec les deux remakes, ainsi que sa manière de replacer Black Christmas dans l’évolution du cinéma d’horreur, complètent idéalement le regard plus historique développé par les autres documentaires.

Les trois principaux modules documentaires constituent ensuite le véritable cœur de cette édition. « Les 12 jours de Black Christmas » (20 minutes) revient sur la naissance du projet, son financement, le contexte du cinéma canadien des années 70 et les choix artistiques de Bob Clark. Les nombreux témoignages des comédiens et techniciens permettent de mieux comprendre la genèse d’une œuvre qui semblait alors loin de se douter qu’elle deviendrait l’une des pierres angulaires du slasher moderne. Encore plus dense, « Black Christmas revisité » (36 minutes) s’intéresse davantage au tournage lui-même. Les souvenirs de Bob Clark, John Saxon, Keir Dullea, Art Hindle ou Lynne Griffin se répondent avec beaucoup de fluidité, tandis que la visite des lieux de tournage apporte un supplément de nostalgie particulièrement agréable. Le documentaire évite intelligemment le simple catalogue d’anecdotes pour montrer concrètement comment le film a été fabriqué, depuis les contraintes budgétaires jusqu’aux solutions de mise en scène imaginées par Bob Clark. Probablement le supplément le plus passionnant de cette édition, « Sur vos écrans ! Black Christmas » (48 minutes) dépasse largement le simple making of. Véritable documentaire historique, il revient sur la réception critique du film, son exploitation parfois compliquée, son influence sur plusieurs générations de cinéastes et la manière dont son statut n’a cessé d’évoluer au fil des décennies. Les interventions de critiques, producteurs, journalistes et membres de l’équipe permettent de comprendre pourquoi Black Christmas, longtemps resté relativement confidentiel, est aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres fondatrices du slasher moderne. Ce passionnant retour en perspective constitue sans doute le plus bel apport de cette édition.

Mais ce n’est pas terminé. On continuera ensuite avec une séance de questions-réponses organisée lors d’un Midnight Screening (20 minutes). Bob Clark, John Saxon et le compositeur Carl Zittrer y répondent avec simplicité aux interrogations du public, livrant plusieurs souvenirs amusants et quelques précisions bienvenues sur les intentions du film. Les entretiens avec Olivia Hussey (17 minutes) et Art Hindle (23 minutes) possèdent eux aussi une réelle valeur documentaire. L’actrice revient avec beaucoup de tendresse sur son personnage de Jess et sur l’ambiance du tournage, tandis qu’Art Hindle évoque aussi bien sa collaboration avec Bob Clark que l’évolution de la réputation du film au fil des décennies. Là encore, ces témoignages prennent aujourd’hui une dimension patrimoniale qui dépasse largement leur simple intérêt promotionnel. Les scènes supplémentaires (3 minutes) et la séquence de titre alternative (3 minutes) satisferont les amateurs de curiosités, en permettant d’observer quelques variantes abandonnées au montage, tandis que le spot TV d’époque et les bandes-annonces viendront compléter cette imposante section. Au final, rares sont les éditions capables d’offrir un panorama aussi complet autour d’un film de genre des années 70. Entre analyse historique, archives, interventions contemporaines, commentaire audio passionnant et documentation particulièrement abondante, ESC Films signe une édition de référence qui témoigne d’un véritable respect pour l’œuvre de Bob Clark. Une sortie exemplaire, qui ne se contente pas de restaurer Black Christmas : elle lui redonne toute sa place dans l’histoire du cinéma fantastique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici