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Test Blu-ray : Une bataille après l’autre

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Une bataille après l’autre

États-Unis : 2025
Titre original : One Battle After Another
Réalisation : Paul Thomas Anderson
Scénario : Paul Thomas Anderson
Acteurs : Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Chase Infiniti
Éditeur : Warner Bros. Entertainment France
Durée : 2h43
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 24 septembre 2025
Date de sortie DVD/BR : 4 février 2026

Ancien révolutionnaire désabusé et paranoïaque, Bob vit en marge de la société, avec sa fille Willa, indépendante et pleine de ressources. Quand son ennemi juré refait surface après 16 ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé…

Le film

[4,5/5]

L’époque semble avoir perdu le goût des grandes fresques politiques qui acceptent de marcher de travers. Les récits contemporains préfèrent souvent courir tout droit, comme s’ils craignaient qu’un détour fasse perdre quelques spectateurs au bord du chemin. Une bataille après l’autre prend exactement la direction opposée. Avec cette adaptation très libre de « Vineland », le roman labyrinthique de Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson retrouve ce plaisir presque enfantin de construire un film qui ressemble à une carte routière griffonnée sur une serviette en papier : les itinéraires s’entrecroisent, certains personnages disparaissent avant de revenir seize ans plus tard, d’autres semblent entrer dans l’histoire par une porte de service avant d’en devenir les véritables propriétaires. Derrière cette apparente dispersion se cache pourtant un projet d’une remarquable cohérence. Une bataille après l’autre raconte moins une cavale qu’une transmission, moins une révolution qu’un héritage émotionnel. Les idéaux politiques finissent toujours par vieillir, les slogans se décollent des murs, les drapeaux prennent la poussière, mais les enfants héritent malgré eux des fantômes que leurs parents ont laissés derrière eux. Voilà sans doute le véritable sujet du film.

Cette idée irrigue tout Une bataille après l’autre. Les anciens militants du groupe French 75 poursuivent des combats qui semblent parfois avoir oublié leur point de départ, tandis que leurs enfants grandissent au milieu des conséquences sans avoir connu les causes. Paul Thomas Anderson évite soigneusement de transformer son récit en manifeste. L’Amérique qu’il décrit n’est jamais réduite à un affrontement binaire entre progressistes éclairés et conservateurs caricaturaux. Chacun transporte sa part de contradictions comme un sac à dos rempli de pierres ramassées au fil des années. Sean Penn, inquiétant sous son uniforme de militaire devenu obsédé par ses propres frustrations, incarne cette Amérique qui tente d’enterrer ses désirs sous des couches successives d’autorité. À l’autre extrémité, les révolutionnaires ressemblent souvent à des adultes qui continuent de bricoler leurs rêves avec les outils de leur jeunesse. Le film observe tout ce petit monde avec une ironie tendre, presque amusée, refusant constamment de distribuer les bons et les mauvais points. Une qualité devenue suffisamment rare pour être soulignée à l’heure où tant de productions préfèrent transformer leurs personnages en panneaux de signalisation idéologiques.

Cette manière d’aborder le politique passe directement par la mise en scène. Une bataille après l’autre prend son temps, parfois beaucoup, mais cette durée généreuse ne relève jamais du simple confort narratif. Paul Thomas Anderson construit ses séquences comme de longues respirations capables d’accueillir simultanément le suspense, la comédie, l’émotion et l’absurde. Certaines scènes semblent d’ailleurs changer discrètement de genre en plein milieu d’un plan, avec une souplesse presque désarmante. Une conversation devient une menace, une poursuite se transforme en gag, un éclat de rire laisse soudain apparaître une vieille blessure. Cette fluidité est renforcée par une photographie somptueuse tournée en VistaVision, dont la définition presque tactile donne aux paysages californiens une présence étonnante. Les montagnes, les routes poussiéreuses ou les banlieues parfaitement rangées deviennent des personnages silencieux, observant les humains comme de vieux géologues regarderaient des fourmis s’agiter sur un caillou vieux de plusieurs millions d’années. L’image ne cherche jamais à impressionner pour elle-même ; elle accompagne constamment cette idée que le temps dépasse toujours les convictions les plus bruyantes.

L’humour occupe également une place essentielle dans Une bataille après l’autre, mais il s’agit d’un humour qui refuse obstinément de rester à sa place. Les répliques les plus drôles arrivent souvent au beau milieu d’une scène tendue, tandis que les situations les plus absurdes révèlent soudain une profonde mélancolie. Cette oscillation permanente rappelle parfois le cinéma des frères Coen, sans jamais donner l’impression d’en reproduire les mécanismes. Paul Thomas Anderson préfère créer son propre désordre organisé, où chaque détour semble improvisé alors qu’il participe discrètement à l’architecture générale. Une seule image suffit parfois à relancer toute une réflexion. Un personnage traverse un cadre comme s’il s’était trompé de film ; quelques minutes plus tard, ce même détail prend un sens nouveau et vient éclairer les thèmes de la mémoire, de la culpabilité ou de la filiation. Une bataille après l’autre possède cette qualité assez précieuse de faire confiance au spectateur. Le film ne souligne jamais ses intentions au stabilo fluorescent. Il les laisse simplement flotter quelque part entre deux regards, persuadé que chacun finira par les retrouver à son rythme.

Au cœur d’Une bataille après l’autre, Leonardo DiCaprio livre sans doute l’une de ses compositions les plus touchantes depuis longtemps. Son ancien révolutionnaire fatigué, devenu père dépassé par ses propres angoisses, compose un personnage perpétuellement en équilibre entre la dérision et la tristesse. Il n’a plus rien du héros flamboyant ; il ressemble davantage à un homme qui continue de courir alors que la ligne d’arrivée a disparu depuis des kilomètres. Chase Infiniti apporte une énergie remarquable à cette relation père-fille construite sur les silences autant que sur les conflits, tandis que Benicio del Toro trouve une douceur presque lunaire dans un rôle qui aurait facilement pu devenir purement fonctionnel. Quant à Sean Penn, il compose un antagoniste d’autant plus inquiétant qu’il semble persuadé d’agir avec une logique implacable. Lorsque le générique apparaît enfin, Une bataille après l’autre laisse une étrange sensation de mouvement immobile. Les personnages ont traversé des années, des paysages et des idéologies, mais ce qui demeure n’est finalement ni la victoire ni la défaite. Seulement cette certitude discrète que les batailles les plus longues sont souvent celles qui continuent de se jouer à l’intérieur des êtres, longtemps après que les derniers slogans se sont tus.

Le Blu-ray

[4/5]

L’édition Blu-ray d’Une bataille après l’autre, disponible depuis quelques mois sous les couleurs de Warner Bros. Entertainment France, restitue très correctement les ambitions visuelles de Paul Thomas Anderson, même si elle ne constitue pas une démonstration technique de tous les instants. Encodée dans un format respectant le cadre d’origine du film, l’image met admirablement en valeur la photographie tournée en VistaVision, dont la richesse continue de surprendre. Les plans larges gagnent naturellement en ampleur, tandis que les gros plans révèlent une foule de petits détails dans les visages, les décors ou les costumes. Les textures demeurent organiques, sans excès de lissage numérique, ce qui participe pleinement au charme de cette image volontairement très cinématographique. Les contrastes se montrent solides, les noirs affichent une profondeur convaincante et les couleurs trouvent un équilibre particulièrement agréable entre chaleur californienne et mélancolie automnale. Quelques séquences plus sombres paraissent légèrement moins démonstratives en matière de définition, mais rien qui ne vienne réellement ternir l’expérience. Le transfert accompagne avec beaucoup de respect la mise en scène de Paul Thomas Anderson, qui privilégie les mouvements de caméra fluides, les longues focales et les compositions de cadre minutieuses plutôt que les effets visuels tapageurs. Le disque rend parfaitement justice à cette élégance discrète, qui préfère murmurer ses qualités plutôt que de les agiter sous le nez du spectateur comme un drapeau au sommet d’une barricade.

Côté audio, Warner nous propose des pistes VF et VO mixées en Dolby Atmos, et comme on pouvait s’y attendre, ces deux mixages remplissent très correctement leur mission. La version originale bénéficie d’une belle ouverture de la scène sonore, avec une excellente intelligibilité des dialogues, une musique parfaitement intégrée et des ambiances qui enveloppent efficacement le spectateur sans chercher à transformer chaque déplacement en attraction de parc d’attractions. Les effets arrière demeurent présents lorsque le récit l’exige, notamment durant les séquences d’action ou les scènes les plus animées, mais le film reste avant tout centré sur les personnages et leurs échanges. La version française profite d’un traitement tout aussi soigné. Le doublage conserve une excellente lisibilité et la dynamique générale demeure très proche de celle de la version originale. Les deux pistes offrent donc une expérience équilibrée, chacune privilégiant la clarté des dialogues et la cohérence d’ensemble plutôt qu’une surenchère d’effets. Une approche parfaitement en phase avec Une bataille après l’autre, dont la bande sonore accompagne toujours le récit avec intelligence plutôt que de chercher à lui voler la vedette.

L’interactivité constitue malheureusement le véritable point faible de cette édition Blu-ray. Warner Bros ne nous propose en effet aucun supplément, pas même une bande-annonce. Un choix d’autant plus frustrant qu’Une bataille après l’autre est précisément le genre de film qui donne envie d’en savoir davantage une fois le générique terminé, et qu’il fait sans conteste partie de ces œuvres qui gagnent à être revisitées. Les choix d’adaptation opérés par Paul Thomas Anderson à partir de l’univers de Thomas Pynchon, le recours au VistaVision, la direction d’acteurs, la construction très particulière du récit ou encore le travail effectué autour de cette galerie de personnages auraient largement mérité quelques éclairages. Sans forcément attendre un documentaire fleuve ou une avalanche de modules promotionnels, un entretien avec le réalisateur ou une discussion autour de la genèse du projet auraient constitué un complément particulièrement pertinent. Cette absence laisse un petit goût d’inachevé. Cela n’enlève évidemment rien aux qualités intrinsèques du long-métrage ni à la très bonne tenue technique du Blu-ray, mais les collectionneurs resteront probablement sur leur faim devant une interactivité réduite au silence. Pour un film d’une telle richesse, ce mutisme éditorial ressemble presque à une dernière pirouette : il invite finalement à retourner directement vers le film lui-même, qui demeure, à défaut de bonus, le plus passionnant des commentaires.

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