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Test Blu-ray 4K Ultra HD : City on Fire

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City on Fire

Hong Kong : 1987
Titre original : Long hu feng yun
Réalisation : Ringo Lam
Scénario : Tommy Sham
Acteurs : Chow Yun-fat, Sun Yueh, Danny Lee
Éditeur : HK Vidéo
Durée : 1h45
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 7 janvier 2026
Date de sortie DVD/BR/4K : 24 avril 2026

À la suite d’un assassinat en plein quartier populaire de Hong Kong, l’inspecteur Lau charge un de ses meilleurs flics d’infiltrer un gang de dangereux malfaiteurs. Ko Chow devient ainsi une « taupe », suspecté par les braqueurs et poursuivi par la police qui ignore tout de sa véritable identité. Après un hold-up particulièrement sanglant, Chow se lie d’amitié avec son chef de bande, l’implacable mais loyal Lee Fu…

Le film

[4/5]

Sous l’impulsion du Syndicat du Crime en 1986, Hong Kong se lance à corps perdu dans le polar en mode « Heroic Bloodshed », dans une optique de surenchère donnant l’impression que chaque nouveau film essaie de battre le record de chaos organisé réalisé par le film précédent. C’est dans ce contexte qu’apparaît City on Fire en 1987, et le film de Ringo Lam s’impose d’emblée comme une plongée dans un monde où la loyauté se tord comme un fil de cuivre chauffé à blanc, et où chaque visage semble cacher une tempête prête à éclater. On est clairement en présence d’un film qui laisse derrière lui une odeur de poudre et de regrets, mais cette brutalité de façade n’est jamais gratuite, dans le sens où City on Fire interroge la frontière poreuse entre le devoir et la survie, entre l’identité et le rôle qu’on impose à ceux qui vivent dans l’ombre.

La trajectoire de l’agent infiltré Ko Chow (Chow Yun-fat) donne à City on Fire une dimension presque tragique. Le film observe ce personnage comme un funambule coincé entre deux buildings en feu, oscillant entre son engagement envers la police et l’humanité qu’il découvre chez les criminels qu’il côtoie. À la façon d’un Joe Cheung la même année avec Flaming Brothers, Ringo Lam transforme cette dualité en moteur dramatique, révélant comment la violence institutionnelle peut broyer ceux qu’elle prétend protéger. Alors bien sûr, le récit évoque forcément des films tels que The Killer ou Le Syndicat du Crime, mais sous l’impulsion de Ringo Lam, City on Fire garde une rugosité unique, une manière de filmer les dilemmes moraux comme des éclats de verre plantés dans la peau.

On a loué à de nombreuses reprises le talent sec et brutal du regretté Ringo Lam, mais la mise en scène de City on Fire frappe encore aujourd’hui par son réalisme nerveux. Le cinéaste y filme les rues de Hong Kong comme un organisme vivant, vibrant, imprévisible, où chaque ruelle semble prête à avaler les personnages. Les mouvements de caméra, souvent rapides mais jamais gratuits, donnent à son film une énergie presque documentaire, et les fusillades, filmées avec une précision chirurgicale, deviennent des chorégraphies brutales où le moindre geste peut faire basculer le destin. À titre, la dernière partie du film, véritable déflagration émotionnelle, condense tout ce que Ringo Lam cherche à exprimer : la solitude des hommes pris dans des systèmes qui les dépassent, la fragilité des alliances, et la manière dont la violence finit toujours par réclamer son dû. Le final en mode « Mexican Standoff », séquence culte reprise (ou pillée, selon certains) dans Reservoir Dogs, trouve dans City on Fire une intensité brute, presque suffocante. Le montage, sec et précis, transforme chaque échange de tirs en confession silencieuse, chaque regard en verdict.

De plus, l’action de City on Fire s’enracine dans un contexte social marqué par l’incertitude politique de la fin des années 80 : le film capture une ville en transition, tiraillée entre modernité et anxiété, où les institutions semblent aussi fragiles que les vitrines brisées lors du braquage final. Le film interroge dès lors la notion de confiance dans un monde où chacun joue un rôle, où les masques tombent trop tard, et où la violence devient un langage commun. Cette réflexion, loin d’être pesante, se glisse dans les interstices du récit, comme un murmure fataliste qui accompagne chaque décision de Ko Chow. Chow Yun-fat, immense, compose un flic déchiré, drôle, tendre, violent, parfois tout cela en même temps. Danny Lee, en chef de bande inflexible, apporte une tension supplémentaire, tandis que les seconds rôles enrichissent l’univers du film avec une justesse rare. Un sommet du polar hongkongais !

Le Coffret Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray

[5/5]

Le Blu-ray 4K Ultra HD de City on Fire édité par HK Vidéo vient de sortir dans un superbe digipack trois volets avec fourreau, l’ensemble composant une édition collector limitée qui donne immédiatement l’impression d’ouvrir un artefact précieux du cinéma hongkongais. Le packaging, élégant et solide, accueille le disque 4K Ultra HD (Dolby Vision + HDR10), le Blu-ray du film, ainsi qu’un livret de 20 pages signé Sébastien Lecocq, auteur de “Ringo Lam l’incendiaire”. Ce livret, dense et passionné, replace City on Fire dans la carrière du cinéaste et dans le contexte politique de Hong Kong, offrant un complément idéal à la redécouverte du film.

L’image du Blu-ray 4K Ultra HD de City on Fire bénéficie d’un très beau travail de restauration. L’étalonnage Dolby Vision apporte une profondeur bienvenue aux scènes nocturnes, essentielles dans l’esthétique du film, tandis que le HDR10 renforce les contrastes sans trahir le grain d’origine. Les couleurs retrouvent une densité qui sublime les rues de Hong Kong, et les détails des visages, des décors et des fusillades gagnent en précision. Côté son, le film de Ringo Lam nous est proposé dans des pistes audio VF et VO en DTS-HD Master Audio 5.1 et DTS-HD Master Audio 2.0, toutes de très bonne tenue. La version originale offre une spatialisation légèrement plus ample, notamment dans les scènes d’action, mais la version française reste parfaitement respectueuse du mixage original. Du très beau travail technique.

Les suppléments du Blu-ray 4K Ultra HD de City on Fire constituent un véritable festin cinéphile, riche, varié et passionnant. On commencera naturellement avec le module HK Revisited – Episode 4 (52 minutes), qui réunit Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon pour une discussion dense sur l’importance de Ringo Lam dans le cinéma hongkongais. Ils y reviendront sur leur découverte du film, un poil tardive par rapport à ceux de Tsui Hark ou de John Woo, et sur le fait qu’il s’est finalement fait connaître grâce à Reservoir Dogs, un peu plus de cinq ans après sa sortie dans les salles hongkongaises. Ils remettront également les points sur les i concernant les accusations de plagiat par Tarantino, les similitudes entre les deux films se limitant au dernier quart d’heure de City on Fire. Ils aborderont ensuite l’importance du film dans la carrière de Chow Yun-fat, et notamment dans la construction de son image, les autres films de la série « On fire », et le fait que le film soit un peu une « Time Capsule » de l’année 1987 – au point que les quatre intervenants se demandent si le film n’aurait pas pris un petit coup de vieux. Le ton est passionné, mais toujours éclairant : City on Fire y est replacé dans une tradition de polar urbain où la violence devenait un véritable langage esthétique.

On continuera ensuite avec une série d’entretiens. L’entretien avec Ringo Lam (11 minutes) offre un aperçu rare de sa méthode, de son rapport à la mise en scène et de sa volonté de filmer Hong Kong comme un organisme vivant. L’entretien avec Andrew Lau (22 minutes), futur réalisateur d’Infernal Affairs, revient sur la photographie nerveuse de City on Fire et sur la manière dont Ringo Lam a influencé toute une génération. L’entretien avec Roy Cheung (26 minutes), acteur emblématique du cinéma HK, regorge d’anecdotes sur le tournage, les risques pris en extérieur et l’ambiance électrique du plateau. On continuera ensuite avec un entretien avec Tommy Sham (18 minutes). Le scénariste du film reviendra sur son parcours, son travail avec la Shaw Brothers, ainsi que sur la différence entre la manière dont les scénaristes sont traités à Hong Kong et aux États-Unis. Sa réflexion sur la valeur accordée à l’écriture dans les deux industries est l’un des moments les plus éclairants de cette galette 4K.

Le reste des suppléments est constitué d’essais et analyse vidéo, aussi cohérents que tout à fait passionnants. On commencera par une analyse comparée entre City on Fire et Reservoir Dogs (14 minutes) par le britannique Kim Newman. Le critique replacera les deux films dans l’histoire du cinéma de braquage, évoquera les influences croisées, et nuancera l’idée d’un simple “copier-coller” parfois avancée par des critiques un peu excessifs. On continuera ensuite avec un essai vidéo passionnant sur la carrière de Chow Yun-fat (33 minutes), signé Ric Meyers. Ce dernier reviendra sur la manière dont City on Fire reflète les tensions géopolitiques de Hong Kong avant 1997, et élargira son propos à l’histoire du cinéma asiatique, évoquant aussi bien Zatoichi que les films de kung-fu. Enfin, un nouveau module de Hong Kong Confidential (12 minutes) permettra à Grady Hendrix de revenir sur les débuts de Ringo Lam : son passage par la comédie, son recrutement par Tsui Hark, et les risques pris lors du tournage en extérieur. Le disque se clôt sur une galerie d’images et deux bandes-annonces (restaurée et originale), parfaites pour mesurer le travail accompli en ce qui concerne la restauration du film. Le Blu-ray 4K Ultra HD de City on Fire s’impose ainsi comme une édition de référence, généreuse, élégante et indispensable pour quiconque s’intéresse au polar hongkongais.

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