Test Blu-ray : Un château en enfer

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États-Unis : 1969
Titre original :
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , Patrick O’Neal,
Éditeur :
Durée : 1h47
Genre : Guerre
Date de sortie cinéma : 24 octobre 1969
Date de sortie DVD/BR : 12 mai 2020

En décembre 1944, pendant la bataille des Ardennes, une contre-offensive des Allemands force un groupe de huit G.I.s, conduit par le major Falconer, à se réfugier au château de Malderais où vivent le comte Henri Texier et Thérèse, entourés d’inestimables œuvres d’art. Lorsque les Allemands décident d’attaquer, malgré un cruel dilemme, résister et protéger le château ou l’abandonner, les militaires décident de résister…

Le film

[5/5]

Un château en enfer met en scène le siège d’un château imaginaire placé en Belgique, sur la route de Bastogne, pendant la seconde guerre mondiale. Ce château, c’est celui de Malderais, tenu par un aristocrate décadent () poussant sa femme dans le lit des occupants, indépendamment du fait qu’ils soient allemands ou des forces alliées, dans l’espoir de donner naissance à un héritier. Un groupe de huit soldats américains, conduit par le major Falconer (Burt Lancaster), borgne et taciturne, décide donc de s’y installer et d’en faire une place forte, malgré les nombreuses et inestimables œuvres d’art présentes partout dans le château.

Il ne fera de mystère pour personne qu’Un château en enfer est un petit frère illégitime des Douze salopards (Robert Aldrich, 1967). Se déroulant à la même époque, le film de Sydney Pollack emprunte de plus à celui d’Aldrich son humour et sa liberté de ton. On retrouvera cela dans la description, à la fois grave et pleine de dérision, de son groupe d’appelés américains, tous très différents les uns des autres. Traités sur un pied d’égalité, tous les personnages ont ainsi leur moment, leur occasion de briller, et de se faire une place dans le cœur du spectateur. Qu’il s’agisse de Rossi, le boulanger cynique (Peter Faulk), de Beckman, le féru d’art (Patrick O’Neal), de Clearboy, amoureux de sa coccinelle (), de Benjamin, l’aspirant écrivain () ou encore d’Amberjack le religieux (), tous finissent par « exister » à l’écran, ce qui fera du film de Pollack un pur film « de soldats » avant d’être un film « de guerre ».

C’est d’autant plus flagrant et manifeste que Sydney Pollack délaisse le réalisme cru et terre-à-terre du film d’Aldrich pour emmener le spectateur dans une autre direction, celle de l’élévation et de la poésie, qui se fera par le biais de l’abandon à l’Art (pictural, littéraire), de la volupté enchanteresse des filles au bordel (sur une musique étrange et entêtante de Michel Legrand) ou encore, dans le cas du sergent Rossi, de la découverte de sa place à tenir dans l’univers. Dans tous les cas, on touche ici à une véritable « révélation » spirituelle, quasi-mystique, qui placera nos soldats devant un cruel dilemme : soit résister et protéger le château, soit l’abandonner mais permettre de mettre à sac tout ce en quoi ils ont foi…

Véritable chef d’œuvre dans son genre, Un château en enfer se termine par une longue séquence d’assaut, qui s’avérera tout aussi puissamment symbolique et poétique que la première partie du film. Visuellement sublime, le dernier assaut, et les paroles échangées par les soldats au sein des parterres de roses – à la beauté sublimée par Sydney Pollack et son directeur photo Henri Decaë – portent le film à un niveau d’émotion rarement atteints. Plus de soixante ans après sa sortie initiale, Un château en enfer n’a de plus pas pris une ride. Du grand Art.

Par ailleurs, Un château en enfer fait partie de cette petite poignée de films dont la réputation fut entachée par un fait divers tristement connu. Flashback. 13 novembre 1974, dans une demeure située au 112 Ocean Avenue, Amityville, sur l’île de Long Island, à l’est de New York. Aux environs de 3h15 du matin, alors qu’il vient tout juste de regarder Un château en enfer à la télévision, Ronald Junior, fils aîné de la famille DeFeo, assassine au fusil ses parents et frères et sœurs pendant leur sommeil. Le drame fera bien sûr le tour du monde, devenant une des affaires criminelles les plus célèbres de l’histoire des États-Unis. Le lien avec le film de Sydney Pollack est ténu, anecdotique. Cependant, il se peut encore que la « grande violence » du final du film soit évoquée dans les articles et ouvrages faisant référence à l’affaire d’Amityville, comme si Un château en enfer pouvait avoir un quelconque rapport avec le passage à l’acte du tueur. C’est une absurdité. On suggère également que les coups de feu n’ont pas été entendus par les voisins car Ronald DeFeo Jr. regardait le film à un volume très élevé, et que les voisins ont pu croire que les détonations venaient du film. Mais ne nous leurrons pas. Le fait qu’il ait regardé Un château en enfer le soir des crimes est une coïncidence, de la même façon que l’album blanc des Beatles n’était pas le catalyseur de la folie de Charles Manson. Celle-ci est ancrée beaucoup plus profondément dans la psyché des tueurs, et le cinéma n’a rien à voir là-dedans. L’affaire d’Amityville a donc fait au film une publicité morbide dont Sydney Pollack se serait sans doute bien passé. Pour autant, le fait de le voir régulièrement cité dans des ouvrages ayant pour sujet les annales du crime US n’a absolument rien à voir avec le cinéma, mais plutôt avec notre fascination pour le mal et les recoins les plus sombres de l’âme humaine.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Un château en enfer devait sortir sous les couleurs de Rimini Éditions le 17 mars dernier, c’est à dire le jour même du début du confinement en France. Si le film avait bel et bien été livré à la plupart des enseignes, il était, officiellement du moins, resté dans les cartons sans pouvoir être proposé au consommateur. Les éditions Blu-ray et DVD du film sont donc maintenant disponibles, et ce depuis le 12 mai.

Sorti Format 2.35 respecté, master impeccable à la patine un peu old school : Rimini Éditions a indéniablement soigné son transfert Blu-ray d’Un château en enfer. L’image est en effet assez superbe, précise, stable et lumineuse ; tout juste pourra-t-on déplorer un léger « dégrainage » de l’image ainsi que quelques points blancs occasionnels. Côté son, les deux mixages (VF / VOSTF) sont disponibles en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine. Les deux versions nous proposent de solides prestations acoustiques, équilibrées et techniquement impeccables. Le rendu des dialogues passe légèrement mieux en VO, sans compter que l’on sera plus proche de l’interprétation des acteurs, tous excellents.

Dans la section suppléments, l’éditeur nous propose une intéressante analyse du film assurée par Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde, et Yves Chevalier, producteur (39 minutes). Le duo prendra grand soin de replacer le film dans son contexte de tournage, et surtout au sein de la carrière de cinéaste de Pollack – ils s’accordent en effet sur le fait qu’Un château en enfer est le premier « grand » film du réalisateur. Ils proposeront ensuite une analyse thématique principalement basée sur les notions d’Art et de politique. Les acteurs, la photo, les dialogues et la musique seront également abordés, de façon vivante et plus approfondie qu’il n’y parait. Samuel Blumenfled monopolise la parole durant quasiment l’intégralité du sujet, Yves Chevalier n’intervenant que de façon ponctuelle, et principalement lorsqu’il est en désaccord avec le journaliste du Monde. Le sujet, intitulé « Une peinture signée Pollack » – amusant jeu de mot – est réalisé par un autre Chevalier, Stéphane, pour l’agence La plume, en collaboration avec Rimini. C’est à nouveau Stéphane Chevalier et La plume que l’on trouvera à la réalisation de l’analyse du film signée Christian Viviani, professeur de cinéma (20 minutes), intitulée « Art ou action ». Viviani y reviendra assez généreusement sur la carrière de Sydney Pollack, sur ses relations avec Burt Lancaster, ainsi que sur le film en lui-même. On notera bien sûr quelques redondances avec le sujet précédent, mais dans l’ensemble, cela reste également très intéressant.

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