Test Blu-ray 4K Ultra HD : Adieu poulet

0
480

Adieu poulet

France : 1975
Titre original : –
Réalisation : Pierre Granier-Deferre
Scénario : Francis Veber d’après le roman de Raf Vallet
Acteurs : Lino Ventura, Patrick Dewaere, Victor Lanoux
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h31
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 10 décembre 1975
Date de sortie coffret Blu-ray DVD/BR/BR4K : 5 juin 2024

A Rouen, en pleine campagne électorale, le commissaire Verjeat et son adjoint Lefèvre mènent l’enquête sur la mort d’un colleur d’affiches. Elle les conduit à Pierre Lardatte, homme politique influent : s’attaquer à lui pourrait signifier la fin de leur carrière.

[4/5]

Près de 50 ans ses sont écoulés depuis la sortie en salles de Adieu poulet, un film qui, alors, avait réuni près de 2 millions de spectateurs dans les salles obscures de l’hexagone. 50 ans : à quelque chose près l’âge qu’est censé avoir le commissaire Verjeat, un flic rigoureux, un flic intègre qui ne plaisante jamais avec l’éthique, un flic dont l’adjoint, l’inspecteur Lefèvre, plus jeune de 25 ans, est, lui, une sorte de chien fou qui ne croit plus trop à la notion de bien et de mal et a souvent un comportement proche de celui des voyous que la police est chargée de combattre. En plus d’être un film passionnant, Adieu poulet permet de vérifier dans quelles mesures la police française et, surtout, la société française ont changé durant ces 50 ans. Certes, on est au cinéma mais Adieu poulet a quand même pour lui d’avoir été reconnu comme étant très crédible par les policiers de l’époque et d’être l’œuvre d’un réalisateur, Pierre Granier-Deferre, qui, dans tous ses films, s’est attaché à parler de la société de son temps et a toujours fait preuve d’un grand-savoir faire en la matière. Doit on être étonné que la société française de 1975, alors sous la présidence de Valery Giscard d’Estaing, avec un industriel qui s’est lancé dans la politique, avec l’importance réelle ou supposée de la corruption, apparaisse si peu différente de la société d’aujourd’hui sous la présidence d’Emmanuel Macron ? Doit on être étonné de voir apparaître à plusieurs reprises, déjà à l’époque, les problèmes posés par la cigarette, que ce soit pour ceux qui fument ou ceux qui ne fument pas ? Et être encore plus étonné que, en 1975, un film puisse déjà parler de l’importance des arbres pour le bien-être de la planète et de celles et ceux qui la peuplent ? Quant à la police, celle qu’on voit à l’œuvre est une brigade criminelle qui enquête sur la mort d’un colleur d’affiches à l’occasion d’une campagne électorale locale suivie de la mort d’un policier, et seuls les policiers eux-mêmes peuvent percevoir dans le détail si une telle enquête, aujourd’hui, serait menée de la même façon et rencontrerait les mêmes problèmes. Tout juste peut-on supposer qu’il y a toujours des flics intègres, des chiens fous et des chefs qui, pour certains, peuvent se montrer d’une grande lâcheté. Et puis, il parait que dans la police d’aujourd’hui, on utilise encore régulièrement les expressions « Adieu Poulet » et « Verjeat, il est à Montpellier, Verjeat ». Quant aux rapports parfois difficiles entre la police et la justice, ils sont très bien montrés dans Adieu poulet et on peut être certain qu’il y a toujours des juges Delmesse, ce dont on peut se féliciter même si, dans le film, il n’a pas vraiment le beau rôle.

Adieu Poulet était déjà le titre du roman publié par Raf Vallet (pseudonyme adopté par le journaliste Jean Laborde) en 1974, lui-même inspiré par l’affaire de la « fusillade de Puteaux » de 1971. C’est Francis Veber qui a été choisi pour écrire le scénario à partir de ce roman, un choix qui peut surprendre, Francis Veber étant plus connu comme scénariste (et réalisateur) de comédies que comme scénariste de films policiers. Même si on peut parfois être désarçonné par certaines scènes carrément loufoques dans ce contexte de film policier, le travail effectué par Francis Veber s’avère tout à fait réussi et on devine qu’il a dû se sentir très à l’aise d’avoir à écrire sur un de ces duos qu’il affectionne, celui formé par le commissaire Verjeat et l’inspecteur Lefèvre. On notera aussi que, presque fidèle à lui-même, il a donné le nom de Pignol à l’un des personnages du film, un nom très proche de celui de Pignon qu’il a si souvent utilisé. Sauf que, contrairement à ses Pignon, personnages à la fois naïfs et gentils, le commissaire Pignol est tout sauf naïf et gentil. A côté des grands noms que sont Lino Ventura (Le commissaire Verjeat) et de Patrick Dewaere (l’inspecteur Lefèvre), on a plaisir à retrouver une pléiade de comédiens et de comédiennes qui ont fait pendant longtemps les beaux jours du cinéma français : Victor Lanoux, Claude Rich, Julien Guiomar, Pierre Tornade, Françoise Brion, Claude Brosset, Jacques Serres, …

Il ne vous est surtout pas interdit d’aller jeter un œil sur ce que Mickaël Lanoye avait écrit sur ce film lors de la parution du coffret DVD/BR en mai 2018. A découvrir en cliquant ici !

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4,5/5]

C’est le 2 avril 2009 qu’est sorti dans le commerce, chez TF1 Studio, le premier DVD de Adieu Poulet. Le 29 mai 2018, apparaissait, toujours chez TF1 Studio, un coffret Blu-ray + DVD, le film ayant fait l’objet, pour l’occasion,  d’une belle restauration en 4K. Probablement pour satisfaire à moindre coût toutes celles et tous ceux qui n’étaient pas équipé(e)s pour le Blu-ray, TF1 Vidéo sortait le 29 juin 2019 un nouveau DVD. Toutes ces parutions étaient devenues pratiquement  introuvables sur le marché du neuf et, si on arrivait à les trouver sur le marché de l’occasion, il fallait débourser 2 à 3 fois le prix du neuf. Cette fois ci, ce sont les bretons de Rimini Éditions qui ont pris l’excellente décision de… satisfaire tous les cinéphiles quel que soit l’équipement dont ils disposent, avec la sortie du film dans un coffret abritant un Blu-ray 4K Ultra HD et un Blu-ray et, simultanément, une nouvelle sortie en DVD. Il y a 6 ans, Mickaël avait écrit à propos de la première sortie du film en Blu-ray : « définition exemplaire, piqué précis, couleurs éclatantes, contrastes soignés et patine argentique pleinement respectée ». Entendez par là qu’il était très difficile d’aller beaucoup plus loin dans l’excellence. N’ayant à ma disposition que le Blu-ray 4K Ultra HD, il m’est impossible de faire la comparaison entre cette galette et un « simple » Blu-ray. En tout cas, une certitude, on est très, très proche de la perfection !

En plus de la bande annonce du film, le Blu-ray 4K Ultra HD propose 4 suppléments qui sont tous d’un grand intérêt : tout d’abord, la présentation du film par Clélia Ventura, fille de Lino, déjà présente sur le DVD de 2009. D’une durée de 8 minutes, elle nous raconte la rencontre explosive entre un parfait métronome, Lino, toujours ponctuel, et un parfait virtuose de la « cécité temporelle », Patrick. Une relation qui s’est très vite améliorée, en particulier parce que Patrick faisait rire Lino, au point que Clélia, voyant chez eux la même tendresse dans le regard, considère qu’ils auraient pu être père et fils. Pour Clélia, en tout cas, son père était très fier d’avoir fait Adieu Poulet. Un autre supplément était déjà présent sur le Blu-ray de 2018 : un entretien de 21 minutes avec Francis Veber dans lequel le scénariste parle surtout du manque de reconnaissance pour les scénaristes, du manque de reconnaissance pour les comédies et de son regret d’avoir dû modifier le scénario originel face à l’exigence de Lino Ventura de ne pas jouer le rôle d’un homme « qui se fait acheter par une pute ». A noter que ces deux suppléments n’apparaissent pas sur le nouveau DVD. Par contre, le Blu-ray 4K Ultra HD abrite 2 nouveaux suppléments qui eux, sont présents sur le nouveau DVD. Tout d’abord une passionnante interview de 30 minutes,  réalisée en févier 2024, du journaliste Luc Arriba. Ce dernier parle longuement de la « patte » Grenier-Deferre, un réalisateur connaissant par cœur le travail du plateau, un représentant de ce qu’on a appelé la « qualité française » qui s’était fait une spécialité de films parlant de la société de son époque en abordant les côtés politiques et sociaux qui préoccupaient ses contemporains, avec beaucoup de films policiers, les policiers présentant l’avantage d’être les seuls personnages qui peuvent s’introduire chez les gens sans demander la permission. Luc Arriba nous parle aussi de Lino Ventura, de Patrick Dewaere, de Francis Veber ainsi que d’Alexandre Mnouchkine et de Georges Danciger, les deux producteurs du film. Le quatrième supplément est une interview archive de 11 minutes diffusée par la RTBF en 1976 et réunissant Lino Ventura et Pierre Granier-Deferre.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici