Test Blu-ray : Les ruelles du malheur

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États-Unis : 1949
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , .
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h50
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie cinéma : 19 avril 1950
Date de sortie DVD/BR : 6 mars 2018

 

 

Accusé du meurtre d’un policier, Nick Romano, jeune délinquant qui est né et a vécu dans le quartier interlope de « Skid Row », est défendu par l’avocat Andrew Morton, né lui aussi dans ce quartier. L’histoire de Nick est une longue suite de vols et de délits : une enfance malheureuse (son père est mort en prison), de mauvaises fréquentations ont fait de lui un voyou. Morton le suit, même s’il n’est pas toujours là pour le défendre. Un temps, Nick « se range ». Il se marie avec Emma, exerce plusieurs emplois. Emma lui annonce qu’elle est enceinte. Mais ce bonheur est de courte durée : trop faible pour lutter, Nick retombe dans l’ornière. Il commet à nouveau des vols. « Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre! » est sa devise…

 

 

Le film

[3,5/5]

Sur le papier, et avec soixante-dix ans de recul temporel, on ne pouvait que s’enthousiasmer devant le générique artistique des Ruelles du malheur, qui marquait, en 1949, la rencontre entre deux « monstres sacrés » du Cinéma Hollywoodien : Nicholas Ray et Humphrey Bogart. Le réalisateur de Johnny Guitar et de La fureur de vivre rencontrait donc l’interprète mythique du Faucon maltais et de Casablanca : de quoi enflammer l’imagination de tous les cinéphiles ! A la découverte du fruit de leur collaboration cependant, on ne pourra que se rendre à l’évidence : l’attente générée par le film, se créant presque « malgré lui » dans l’esprit du cinéphile, se place automatiquement à un niveau irrémédiablement trop élevé, au point que l’on en finisse par se remémorer cette fameuse expression mettant en scène de façon imagée, une montagne et une souris.

C’est donc le recul, et le regard actuel que l’on porte sur les filmographies de deux géants du Septième Art, qui rend, presque automatiquement, Les ruelles du malheur un poil décevant. Pourtant, il nous faut remettre les choses dans leur contexte : ce film ne représente que la troisième expérience de Nicholas Ray au poste de metteur en scène, et il était quasi inévitable que son travail se heurte à l’égo d’Humphrey Bogart, grande star en 1949, qui assurait d’ailleurs non seulement le poste d’acteur sur le film, mais également de producteur. En résulte donc un film dont le défaut principal est d’être très (trop) « écrit », assez démonstratif et manquant clairement de naturel – ce qui est d’autant plus flagrant que la narration est construite en flash-backs. Les ruelles du malheur n’évite donc pas une certaine « lourdeur » liée à son scénario, emphatique mais maladroit et par trop manichéen pour parvenir à convaincre totalement.

Néanmoins, Les ruelles du malheur demeure tout de même un excellent « petit » thriller juridique, porté par l’efficacité (par moments quasiment virtuose) de la réalisation de Nicholas Ray. Certes, le film demeure un peu mineur au regard des filmographies de Ray et de Bogart, mais en l’état, on est en présence d’un film d’une efficacité remarquable, s’ouvrant sur une vingtaine de minutes littéralement époustouflantes, puis alternant avec un certain talent les passages d’émotion et de suspense. De plus, le film de Nicholas Ray nous propose très régulièrement des idées de mise en scène assez impressionnantes, servies qui plus est par une photo superbe signée Burnett Guffey. Et on ne pourra s’empêcher de souligner que, naviguant dans un genre (le film de prétoire) où le spectateur tend régulièrement à bailler aux corneilles devant les échanges entre avocats, les passages de « procès » à proprement parler sont ici littéralement passionnants, voire même tout à fait palpitants, et le final laissera forcément un goût amer dans la bouche du spectateur.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Grâce à Sidonis Calysta, et à sa « Collection Film Noir » dont les rangs ne cessent d’augmenter en films de qualité ces derniers mois, que l’on doit la redécouverte en Blu-ray des Ruelles du malheur. Si le master utilisé pour cette galette Haute Définition n’est certes pas tout jeune (et montre parfois les limites d’une restauration logiquement imparfaite), le résultat demeure absolument remarquable. Le noir et blanc est propre et contrasté, le grain argentique a été préservé et on notera le niveau de détail est largement au-dessus de la moyenne : cette édition Blu-ray rend un bel hommage à la sublime photo du film, et permettra aux cinéphiles ne l’ayant jamais vu de découvrir le film dans d’excellentes conditions. Côté son, VF et VO sont proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0, mono d’origine bien sûr, et le rendu acoustique est propre et tout à fait satisfaisant. On appréciera que l’éditeur ait pris la peine de retrouver la VF d’origine du film, même si cette dernière apparait clairement comme plutôt désuète.

Dans la section suppléments, on trouvera les traditionnelles présentations du film, assurées, en solo et chacun dans son coin, par le duo de choc  François Guérif et Patrick Brion. Les deux compères soulignent les défauts d’écriture du film, mais selon un axe légèrement différent : comme à son habitude, Guérif les souligne en comparant le scénario au roman d’origine, plus fluide et moins manichéen, tandis que Brion les met en avant en insistant sur la présence d’Humphrey Bogart au poste de producteur.

 

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