Test Blu-ray : Le Grand saut

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Le Grand saut

États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne : 1994
Titre original : The Hudsucker Proxy
Réalisation : Joel Coen
Scénario : Joel Coen, Ethan Coen, Sam Raimi
Acteurs : Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman
Éditeur : Elephant Films
Durée : 1h51
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : 12 mai 1994
Date de sortie DVD/BR : 13 juin 2023

Waring Hudsucker est le PDG de Hudsucker Industries, une entreprise florissante. Ce qui ne l’empêche pas de se suicider. Son conseil d’administration, mené par l’impitoyable Sidney Mussberger, met au point un plan pour récupérer le contrôle et empocher une somme importante : engager un parfait imbécile pour diriger la compagnie et la mener à la faillite. Mais une journaliste ambitieuse infiltre la société pour mettre à jour le complot…

Le Film

[4,5/5]

Tout juste auréolés du succès cannois de Barton Fink, les frères Coen se lancent, avec l’aide de leur compagnon d’armes Sam Raimi, dans la mise en chantier d’un projet qui leur tenait à cœur depuis plusieurs années : Le Grand saut. Avec l’aide de Joel Silver à la production, le trio bénéficie enfin du budget nécessaire à la mise en place visuelle de ce gros morceau de péloche, qui se solda par un bide monumental sur le territoire américain, mais qui parvint quand même, en 1994, à réunir un peu moins de 300.000 curieux dans les salles françaises.

Le Grand saut se situe donc à la croisée des chemins entre la « Screwball Comedy » qui occupa les écrans américains de la fin des années 30 au début des années 50 (et dont les grands noms furent Frank Capra, Howard Hawks, Preston Sturges, Ernst Lubitsch ou Leo McCarey) et la modernité de la satire du monde de l’entreprise telle que vue par Terry Gilliam (Brazil). Le film des frères Coen est certes le fruit de diverses influences, allant de L’Extravagant Mr Deeds à L’Homme de la rue (Frank Capra) en passant par La Dame du Vendredi (Howard Hawks) ou Le Gros lot (Preston Sturges), qui insufflent au film sa dimension sociale semi-naïve.

Pour autant, ces influences nourrissent le récit sans jamais l’étouffer, et avec presque trente ans de recul, on ne pourra que s’incliner devant la maestria technique et narrative déployée par les frères Coen et Sam Raimi sur Le Grand saut, qui s’impose aujourd’hui sans peine comme une œuvre absolument indispensable. Une fantaisie à redécouvrir au plus vite, et dont notre rédacteur Eric Becart vantait déjà les qualités il y a une dizaine d’années :

« Venant tout droit de sa province natale, Norville Barnes, benêt au regard un peu naïf et à l’allure gauche, trouve un emploi de coursier au sein de la prestigieuse entreprise Hudsucker.

Une comédie très « années 40»

Manifestement décalé par rapport au monde qui l’entoure, il se retrouve, par un concours de circonstances propulsé, à la tête de la compagnie. (…) Mais bien évidemment, même si personne ne prend au sérieux Norville, celui-ci, profitant de sa nouvelle situation, réussit à lancer son idée « vous savez … pour les gosses », le fameux « Hula hoop » qui se révèle une juteuse affaire et fait bondir les actions et les titres des journaux. Et bien évidemment encore, découvre un Norville attachant, naïf mais sincère, manipulé mais honnête.

C’est bien à la comédie américaine typique des années 40 que les frères Coen rendent un hommage à la fois amusé et décomplexé. A la découverte du Grand saut, on pense tout simplement à Capra. Et comme chez Capra, le regard sur la société n’est jamais loin…

Et une décapante critique des systèmes

Avec de savoureux et jubilatoires numéros d’acteurs aux rôles forcément stéréotypés, des décors années 50 presque caricaturaux, des situations de comédie (les consignes données à Norville lors de sa prise de poste de coursier, la remise de la « lettre bleue », la destruction involontaire du contrat de l’année…), une romance au goût de déjà vu (ah la fameuse scène du couple sur la terrasse la nuit devant les lumières de New-York…), les frères Coen réussissent un joli tour de force. Ils maîtrisent l’ensemble avec suffisamment de distance pour n’être ni copie conforme, ni dans le pastiche, ni dans le pamphlet. Mais, à travers les réjouissantes péripéties de son héros, les Coen se livrent néanmoins à une vrai critique politique fort pertinente sur les mécaniques plus ou moins obscurs qui animent le monde effréné de l’entreprise capitaliste.

En suivant Norville on voit se dérouler l’affairisme, la manipulation de la presse, celle des actionnaires. Un monde qui aliène l’individu au seul bénéfice du profit.

La réalisation débridée impulse un rythme qui ne laisse pas le héros souffler avant les scènes finales où le temps est miraculeusement suspendu, les décors qui « écrasent » littéralement l’homme (les sous-sols de l’entreprise Hudsucker, la salle de l’horloge, le bureau de Mussburger…) sont autant de manifestations de l’emprise du monde des affaires sur l’homme. »

Le Blu-ray

[4/5]

D’une façon assez étonnante, Le Grand saut était non seulement encore à ce jour inédit au format Blu-ray en France. Félicitations donc à Elephant Films, qui nous propose aujourd’hui une superbe édition Haute-Définition qui s’avérera, sans surprise, extrêmement supérieure à l’antique édition DVD que vous aviez à coup sûr dans votre DVDthèque. C’est ainsi une totale redécouverte que nous propose Elephant avec cette édition Blu-ray du Grand saut : l’image est proposée au format, et nous propose un gain sensible de précision côté image ; la photo du film est lumineuse, et le piqué est très satisfaisant, le tout est proposé dans un master stable, avec de belles couleurs vives et surtout un grain argentique parfaitement préservé. Côté son, la version originale bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 ample et parfaitement spatialisé ; la restitution des dialogues est de la plus parfaite clarté, et la musique de Carter Burwell bénéficie d’une belle mise en avant. On trouvera aussi une version stéréo du film en DTS-HD Master Audio 2.0. La version française nous est également proposée en DTS-HD Master Audio 2.0, et nous propose un confort acoustique optimal. On notera par ailleurs la présence de deux VF du film : le doublage original de 1994 ainsi qu’un nouveau doublage.

Du côté des suppléments, le gros morceau de cette édition est une présentation du film par Frédéric Mercier (26 minutes). Cette dernière a l’avantage de s’avérer extrêmement complète : le journaliste y reviendra sur le contexte de production du film, ainsi que sur l’écriture, les acteurs et bien sûr la nature postmoderne du film, qui se nourrit de l’influence des films de Frank Capra, Howard Hawks et surtout Preston Sturges. Sur la galette, on aura également droit à une petite sélection de bandes-annonces éditeur, et dans le boitier, on trouvera un livret de 24 pages signé David Mikanowski qui reviendra entre autres sur la relation de travail s’étant établie entre les frères Coen et leur producteur Joel Silver, sur Tim Robbins et Paul Newman, ou encore sur les décors du film.

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