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Critique : Le Grand saut

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Critique : Le Grand saut

Titre original : The Hudsucker Proxy
Réalisateur : Joel Coen
Scénario : Joel Coen, Ethan Coen, Sam Raimi
Casting principal : Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h51
Pays : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne (1994)
Distributeur : Pan Européenne Edition
Date de sortie : 12 mai 1994

Note de la rédaction★★★★★★★★★★4 / 5

Grand échec public dans la carrière des frères Ethan et Joel Coen, ce film imaginé pendant 10 ans et qu’ils purent réaliser que grâce à l’appui du producteur Joel Silver, Le Grand saut mérite vraiment d’être redécouvert. Par le grand public et par les cinéphiles.

Les membres du conseil d’administration d’un empire industriel décident de nommer un idiot à leur tête afin que les actions chutent et qu’ils puissent les racheter à bas prix. Ce leur sera moins facile qu’il y paraissait…

Critique : Le Grand saut

Une comédie très « années 40»

Venant tout droit de sa province natale, Norville Barnes, benêt au regard un peu naïf et à l’allure gauche, trouve un emploi de coursier au sein de la prestigieuse entreprise Hudsucker.

Manifestement décalé par rapport au monde qui l’entoure, il se retrouve, par un concours de circonstances propulsé, à la tête de la compagnie. En effet, à la mort du fondateur, le conseil d’administration tente d’éviter que la société leur échappe en faisant tomber le cours de l’action avant de les racheter à bas prix. Ils tablent sur l’incompétence du nouveau venu pour affoler la bourse.

Entreprise aidée largement par la presse, avide de gros titres, qui dépêche une de ses brillantes journalistes pour infiltrer la société. Arguant être originaire de la même bourgade provinciale, Amy Archer devient sa secrétaire et se complaît à faire les gros titres de ses articles sur le prétendu benêt.

Mais bien évidemment, même si personne ne prend au sérieux Norville , celui-ci, profitant de sa nouvelle situation, réussit à lancer son idée « vous savez … pour les gosses », le fameux « Hula hoop » qui se révèle une juteuse affaire et fait bondir les actions et les titres des journaux. Et bien évidemment encore, découvre un Norville attachant, naïf mais sincère, manipulé mais honnête.

C’est bien à la comédie américaine typique des années 40 que les frères Coen rendent un hommage à la fois amusé et décomplexé. A la découverte du Grand saut, on pense tout simplement à Capra.

Critique : Le Grand saut

Et une décapante critique des systèmes

Et comme chez Capra, le regard sur la société n’est jamais loin.

Avec de savoureux et jubilatoires numéros d’acteurs aux rôles forcément stéréotypés, des décors années 50 presque caricaturaux, des situations de comédie (les consignes données à Norville lors de sa prise de poste de coursier, la remise de la « lettre bleue », la destruction involontaire du contrat de l’année…..), une romance au goût de déjà vu (ah la fameuse scène du couple sur la terrasse la nuit devant les lumières de New-York…), les frères Coen réussissent un joli tour de force. Ils maîtrisent l’ensemble avec suffisamment de distance pour n’être ni copie conforme, ni dans le pastiche, ni dans le pamphlet. Mais, à travers les réjouissantes péripéties de son héros, les Coen se livrent néanmoins à une vrai critique politique fort pertinente sur les mécaniques plus ou moins obscurs qui animent le monde effréné de l’entreprise capitaliste.

En suivant Norville on voit se dérouler l’affairisme, la manipulation de la presse, celle des actionnaires. Un monde qui aliène l’individu au seul bénéfice du profit.

La réalisation débridée impulse un rythme qui ne laisse pas le héros souffler avant les scènes finales où le temps est miraculeusement suspendu, les décors qui « écrasent » littéralement l’homme (les sous-sols de l’entreprise Hudsucker, la salle de l’horloge, le bureau de Mussburger….) sont autant de manifestations de l’emprise du monde des affaires sur l’homme.

Résumé

 Incontestablement imaginatif, porté par un trio d’acteurs superbes (Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh et l’impeccable Paul Newman), Le Grand saut est une œuvre inspirée, un film ludique, un peu cynique mais pas trop …

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