Test Blu-ray : La Mort a souri à l’assassin

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La Mort a souri à l’assassin

Italie : 1973
Titre original : La morte ha sorriso all’assassino
Réalisation : Joe D’Amato
Scénario : Joe D’Amato, Claudio Bernabei, Romano Scandariato
Acteurs : Ewa Aulin, Klaus Kinski, Luciano Rossi
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h28
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 21 novembre 1979
Date de sortie Blu-ray : 1 août 2022

1909, en Europe – Greta Von Holstein, qui entretient une liaison incestueuse avec Franz, son frère bossu, perd la mémoire à la suite d’un accident de calèche survenu devant la demeure des Von Ravensbrück. Appelé au chevet de la malade, le Dr Sturges semble surtout s’intéresser à l’étrange médaillon inca qu’elle porte autour du cou et qui pourrait l’aider dans ses recherches sur la résurrection. Restée auprès de Walter et Eva Von Ravensbrück qui se sont entichés d’elle, la belle Greta semble en proie à une ombre. La maisonnée est bientôt la cible d’une vague de crimes particulièrement violents…

Le film

[4/5]

Sur le site de référence IMDb, la filmographie de Joe D’Amato, alias Aristide Massaccesi, compte rien de moins que 199 films en tant que réalisateur, réalisés sous différents pseudonymes entre 1972 et 1999. On notera par ailleurs que malgré sa mort au tout début de l’année 1999, Joe D’Amato semble bien bander encore : lors de notre évocation de son film Emmanuelle et Françoise en 2019, IMDb ne répertoriait en effet que 197 films réalisés par le cinéaste. Deux films supplémentaires lui ont donc été attribués au cours de ces trois dernières années. A ce rythme, il ne devrait probablement pas tarder à dépasser les 200 films…

Souvent crédité également aux postes de directeur de la photographie et de caméraman, parfois même au montage et au scénario, Joe D’Amato était un artiste complet, et un technicien pour le moins habile. On en veut pour preuve son travail effectué sur La Mort a souri à l’assassin (1972), l’un de ses tout premiers films : il parvient à transcender son script et surtout les limites de son budget par l’utilisation du montage, d’une caméra extrêmement mobile ainsi que par le soin apporté à la photographie.

D’ailleurs, si l’on en croit la « légende » autour du film, l’exploit réalisé par D’Amato sur La Mort a souri à l’assassin serait encore plus remarquable : en effet, si l’on prête foi aux propos du scénariste Claudio Bernabei, le film aurait été tourné en une semaine ! Si cette affirmation est véridique, cela constitue un sacré tour de force, mais en toute honnêteté, et étant donné la facture formelle de l’ensemble du film, cela paraît, avec le recul, extrêmement improbable. A moins bien sûr que la structure narrative du récit, extrêmement moderne et complexe, n’ait pas fait partie du script d’origine et se soit finalement imposée au montage pour palier à certains « trous » dans l’intrigue.

Tout est possible, surtout étant donné la singularité esthétique de La Mort a souri à l’assassin, et cinquante ans après sa réalisation, on peut supposer que l’on ne parviendra jamais à démêler le vrai du faux concernant la production du long-métrage. Reste le film donc, qui se suffit de toute façon largement à lui-même. La Mort a souri à l’assassin commence façon La Belle au bois dormant, par un profil allongé de l’actrice Ewa Aulin, magnifiquement photographiée par Joe D’Amato. La référence du cinéaste au conte classique de Charles Perrault n’est pas innocente, mais évitons les [Spoilers] et n’en révélons pas trop sur l’intrigue : elle, c’est donc Greta Von Holstein, et elle gît morte, abondamment pleurée par son frère bossu, Franz (Luciano Rossi), qui rêve de se venger de ceux qu’il considère comme responsables de sa disparition.

Passée cette première séquence, La Mort a souri à l’assassin emmènera le spectateur avec lui au fil d’une série de flashbacks revenant sur la relation entre le frère et la sœur, le tout étant saupoudré d’inceste et de jalousie maladive, du côté du personnage incarné par Luciano Rossi tout d’abord, puis au sein d’un couple composé du châtelain Walter Von Ravensbrück (Sergio Doria) et de sa femme Eva (Angela Bo). Volontairement éclatés « façon puzzle », les éléments narratifs s’emballeront complètement durant la première demie-heure du film, l’idée semblant d’être de plonger le spectateur dans la confusion la plus totale. Très économe en termes de dialogues, Joe D’Amato enchaînera de plus les ellipses temporelles sous la forme de montages, essentiellement visuels et extrêmement musicaux.

Mais en plus d’être rythmés par la musique entêtante de Berto Pisano, ces montages s’avèrent également tout à fait brillants dans la façon dont ils parviennent à créer une atmosphère glauque, qui parvient par petites touches à faire évoluer non pas l’intrigue mais le « background » autour de Greta et Franz, les pièces du puzzle se mettant peu à peu en place, surtout suite à l’apparition du personnage du Dr. Sturges incarné par Klaus Kinski. Structuré de façon très singulière, La Mort a souri à l’assassin semble néanmoins se plaire à égarer son public, et même une fois les premiers éléments imbriqués entre eux, Joe D’Amato et ses coscénaristes Claudio Bernabei et Romano Scandariato choisiront tout de même de laisser beaucoup d’autres rebondissements à la libre interprétation du spectateur, comme par exemple en ce qui concerne la relation entre Franz et Gertrude, la bonne des Von Ravensbrück, incarnée par Carla Mancini, qui n’est jamais véritablement expliquée, même si les visions d’un scalpel dirigé vers son cou pourra éventuellement nous donner un indice.

D’un point de vue formel, La Mort a souri à l’assassin comporte une poignée de rapides séquences « gore » qui pourront aujourd’hui pour la plupart prêter à sourire : on pense bien sûr à l’accident de calèche, ou à la scène dite du « coup de fusil », annonciatrice à sa manière des fusils écologiques Pandan-Lagl créés par André Franquin en 1977 pour sa série Idées noires. Mais grâce à la science de la prise de vue et du rythme de Joe D’Amato, certaines demeureront encore très efficaces, telles que la séquence du chat, qui illustrait d’ailleurs quelques affiches du film à l’époque de sa sortie, et qui sert également d’illustration principale pour la jaquette du Blu-ray édité aujourd’hui par Le Chat qui fume.

Cependant, en dépit de ces éclairs de violence, La Mort a souri à l’assassin reste un film relativement sobre, ne se vautrant jamais durablement dans les excès. L’ambiance générale du film demeure assez élégante, et finalement proche de celles développée au cœur des grands classiques du cinéma d’horreur gothique, genre dans lequel le film s’inscrit d’ailleurs de façon assez flamboyante, et ce malgré un titre poétique à rallonge typique du Giallo, qui évoque d’autres titres tels que La Mort a pondu un œuf (Giulio Questi, 1968) ou à La Mort caresse à minuit (Luciano Ercoli, 1972).

Le Blu-ray

[5/5]

Cela ne surprendra plus personne si vous êtes un habitué de la section Blu-ray / DVD de notre site, mais Le Chat qui fume nous propose à nouveau, avec cette édition Blu-ray de La Mort a souri à l’assassin un pur objet « Collector », au tirage limité à 1000 exemplaires, qui ravira les amateurs de beaux objets aux finitions parfaites. Le film est présenté dans un beau Digipack trois volets, avec fourreau évidemment, et le visuel a comme d’habitude été confié aux bons soins du talentueux Frédéric Domont.

Tirée d’une remasterisation 2K, l’image du film s’avère globalement belle et vraiment solide. Même si bien sûr le master n’est pas encore totalement exempt de petits défauts, l’image est lumineuse, et la copie est propre et limpide. La palette de couleurs est chaude, et la préservation du grain cinéma a visiblement fait l’objet d’un soin tout particulier. Côté son, et même si le site Encyclo-Ciné nous apprend que La Mort a souri à l’assassin est bel et bien sorti en France fin 1979, l’éditeur n’a pas pu remettre la main sur une version française, qui n’existe peut-être tout simplement pas. Le Chat qui fume a donc tout misé sur le doublage italien d’origine, qui nous est proposé dans une piste DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine). La restitution des dialogues et de la musique sont clairs et bien équilibrés : du beau travail !

Dans la section suppléments, on commencera tout d’abord avec un entretien avec l’actrice Ewa Aulin (10 minutes). On précisera d’ailleurs qu’à l’époque, la jeune actrice était assez célèbre, grâce au succès de Candy en 1968, gros succès des Swinging 60’s aujourd’hui un peu oublié. Ewa Aulin nous expliquera donc que si elle ne garde aucun souvenir de sa première rencontre avec Joe D’Amato, elle le considérait néanmoins comme un cinéaste « visionnaire », toujours enclin aux expérimentations formelles, et qu’il était un grand technicien. Elle se remémorera donc le tournage de La Mort a souri à l’assassin : les maquillages, les costumes, le décor du cimetière, des belles idées du scénario… Intéressant ! On continuera ensuite avec un entretien avec Gianlorenzo Battaglia (19 minutes). Assistant opérateur sur de nombreux films de Joe D’Amato, il reviendra sur leur rencontre, et évoquera un peu son parcours, qui l’avait également amené à travailler avec Mario Bava. Sans nécessairement comparer les deux cinéastes, il confiera que Joe D’Amato était très précis, et qu’il lui avait appris à travailler vite. Concernant La Mort a souri à l’assassin, il évoquera rapidement le casting (Ewa Aulin, Klaus Kinski, Luciano Rossi), et reviendra sur le côté très soigné du film, qui tend à lui faire penser que ce dernier n’a pas été tourné en une semaine comme l’affirme la légende. Il reviendra ensuite sur la carrière de Joe D’Amato, avec qui il a travaillé jusqu’au début des années 90, et regrettera le fait que ses dernières années en tant que réalisateur aient été consacrées au tournage de films de boules. On terminera ensuite avec la traditionnelle bande-annonce. Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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