Test Blu-ray : La ferme de la terreur

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États-Unis : 1981
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , , Wes Craven
Acteurs : , ,
Editeur :
Durée : 1h42
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 14 avril 1982
Date de sortie BR/DVD : 12 novembre 2019

 

 

Après avoir perdu son mari dans des conditions très étranges, Martha Schmidt voit les phénomènes inexpliqués se multiplier autour d’elle. C’est à ce moment qu’elle découvre qu’une communauté religieuse, les Hittites, vit près de chez elle. Ils rejettent le monde moderne, voyant la technologie comme l’œuvre du diable…

 

 

Le film

[3,5/5]

Parmi les Masters of Horror portés au pinacle par toute une armée de cinéphiles depuis une quarantaine d’années, le plus contesté est sans le moindre doute Wes Craven. N’ayant jamais développé – de son propre aveu – la moindre attirance pour le cinéma d’horreur, le cinéaste était de fait régulièrement considéré comme un réalisateur opportuniste et démago. Pour autant, Craven a su marquer l’Histoire du cinéma fantastique en donnant naissance – dans la douleur – à Freddy Krueger, l’un des boogeymen les plus marquants et les plus rentables des années 80/90.

Quelques-uns des films de Wes Craven, imparfaits mais attachants, sont néanmoins parvenus, avec le temps, à trouver grâce aux yeux des fantasticophiles. Et si ses principaux titres de gloire prennent un peu plus de plomb dans l’aile à chaque nouvelle vision (au point que bien des observateurs contemporains préféreront les « remakes » de ses films à la saveur de l’original), d’autres en revanche se révèlent finalement plus sympathiques aujourd’hui qu’au moment de leur sortie dans les salles.

C’est par exemple le cas de La ferme de la terreur. En dépit de sa facture formelle assez repoussante, et malgré sa musique signée James Horner pompée sur celle de La malédiction (1976) et son final lorgnant sans vergogne sur Fog (1980), une poignée d’éléments nous poussent en effet à reconsidérer le petit film de Papi Craven à la hausse. La première surprise du film est d’évoquer une communauté religieuse très fermée, les « Hittites », qui évoquent naturellement les Amish dans leur refus de la technologie et leur respect strict des traditions ancestrales. Wes Craven et ses co-scénaristes choisissaient donc d’aborder un phénomène alors encore peu évoqué au cinéma : Witness n’arriverait en effet qu’en 1985. Comme dans ses films suivants, le cinéaste faisait donc le choix de faire naître l’horreur au sein d’une communauté très soudée, rejetant les valeurs, les lois et les obligations de la société contemporaine. Ainsi, à la découverte du premier cadavre, et alors que la police s’apprête à emmener le corps afin de procéder à une autopsie, ils s’y opposent en bloc et le chargent à l’arrière de leur carriole, sans finalement que le shérif ne parvienne à faire valoir son autorité.

Le deuxième élément marquant de La ferme de la terreur se situe justement dans la place qu’il occupe au sein de la filmographie de Wes Craven, et dans le fait qu’il rompt clairement avec le survival craspec des débuts pour aborder de front des thèmes – et même des motifs formels – qui réapparaîtront tout au long de la carrière du cinéaste. Ainsi, il est IMPOSSIBLE de louper ce plan de baignoire annonçant avec quelques années d’avance celui des Griffes de la nuit. Difficile aussi de ne pas trouver des similitudes entre la figure paternelle répressive, sévère et violente, incarnée ici par , et d’autres pères issus de la filmographie de Craven. Culpabilité sexuelle, relations incestueuses, rêves et tableaux ouvrant les portes vers une réalité cachée… Autant de thématiques que l’on retrouverait également dans ses films suivants, et en particulier dans son chef d’œuvre Les griffes de la nuit (1984).

Et bien sûr, quarante ans après la sortie du film dans les salles, la présence au casting d’une Sharon Stone alors complètement inconnue ne manquera pas d’attirer l’attention des amateurs de l’actrice qui serait révélée dix ans plus tard par Paul Verhoeven, qui la mettrait en scène dans Total recall (1990) et Basic instinct (1992). Si vous avez moins de vingt ans, vous ne connaissez peut-être pas Sharon Stone, dont la carrière a battu son plein entre 1992 et 1995. Cependant, elle n’est pas totalement retombée dans l’oubli de nos jours, puisqu’elle est l’égérie publicitaire de l’opticien Alain Afflelou, et qu’elle tiendra prochainement un rôle récurrent dans Ratched, série développée pour Netflix par Evan Romansky et Ryan Murphy.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Grâces soient rendues à Elephant Films, éditeur touche à tout français qui nous permet de régulièrement redécouvrir dans l’hexagone et en Haute-Définition des classiques de l’horreur un peu oubliés. Côté Blu-ray, le master de La ferme de la terreur est très surprenant. D’excellente tenue, le film s’impose avec classe, affichant un grain cinéma respecté aux petits oignons, et des contrastes finement travaillés. La restauration a fait place nette des tâches, rayures et autres griffes disgracieuses, et propose une image relativement stable, avec néanmoins quelques fourmillements discrets sur certaines séquences. Côté son, l’éditeur nous propose la VO et la VF d’origine en DTS-HD Master Audio 2.0 mono, sans bruits parasites (on remarquera un léger souffle sur la version française, de même que quelques craquements épars). Les dialogues sont parfaitement clairs, on appréciera la VF d’époque un brin surannée et les sous-titres sont corrects malgré quelques fautes occasionnelles. La version française cependant n’évite pas une poignée de contresens ou approximations.

Dans la section suppléments, on trouvera la traditionnelle série de bandes-annonces des films horrifiques édités par Elephant Films, accompagnée d’une présentation du film signée Julien Comelli et Erwan Le Gac (13 minutes). Si l’on en croit le générique, Le Gac écrit et réalise les sujets, qui sont présentés par Comelli. Peu inspirés sur ce coup-là, les deux compères distillent quelques informations – parfois erronées et/ou approximatives – sur l’intrigue et le contexte de tournage de La ferme de la terreur. On y affirme par exemple sans se démonter que les héroïnes passent des vacances auprès de leur amie, que le démon du film est doté d’un « gros phallus » (ce qui n’est absolument pas le cas). Plus étonnant encore : on y entend que John Hough, réalisateur d’Incubus (1981), était un cinéaste « gentillet » dont la carrière se résume à ses collaborations avec Disney. Alors même qu’il a réalisé Les sévices de Dracula en 1971 ou La maison des damnés en 1973… On terminera le tour des suppléments avec une sympathique galerie de photos.

 

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