DVD — 06 octobre 2019
Test Blu-ray : Huit millions de façons de mourir

 
États-Unis : 1986
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h55
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 12 novembre 1986
Date de sortie DVD/BR : 18 avril 2019

 

Hanté par la vision du trafiquant qu’il tue sous les yeux de ses enfants, Matt Scudder quitte la brigade des Stups. Abandonné à son sort par sa femme, il sombre dans l’alcool. Six mois plus tard, il reprend pied en acceptant d’assurer la protection de Sunny, une jeune prostituée dont il ne peut pourtant pas empêcher le rapt et l’exécution par des inconnus. Scudder se jure de la venger et, en Angel Maldonado, trouve le coupable, un puissant baron de la drogue doublé d’un psychopathe qui, en trophée, porte sur lui le bijou de sa victime…

 


 

Le film

[3,5/5]

Figure incontournable du « Nouvel Hollywood », réalisateur de films importants tout au long des années 70 (La dernière corvée, Le retour…), Hal Ashby est pourtant, d’une façon assez incompréhensible, assez largement retombé dans l’oubli de nos jours. Ainsi, son œuvre s’avère aujourd’hui assez mal connue du grand public, contrairement à certains de ses contemporains tels que Monte Hellman, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Brian De Palma… Il s’agit peut-être là d’une malédiction touchant les cinéastes se prénommant Hal, puisque cet oubli prématuré a également touché la carrière de Hal Hartley, cinéaste indépendant majeur des années 90.

Heureusement, la filmographie de Hal Ashby est plutôt bien représentée en DVD et Blu-ray en France, ce qui pourra permettre aux cinéphiles de se replonger dans la riche carrière de ce cinéaste singulier. Longtemps invisible dans l’hexagone, Huit millions de façons de mourir a donc fait son apparition courant 2019 sur les étalages de vos revendeurs Blu-ray / DVD : il s’agit là de l’occasion idéale de se (re)plonger dans la moiteur poisseuse de ce polar vénéneux et oublié…

 

 

Il est impossible de fermer les yeux sur l’influence qu’a pu avoir Police fédérale Los Angeles, le chef d’œuvre de William Friedkin, sur cette incursion de Hal Ashby dans le petit monde du polar hardcore. C’est d’autant plus évident que le titre du roman d’origine, signé , faisait explicitement référence aux huit millions d’habitants de New York. Or, Oliver Stone, David Lee Henry et Robert Towne, co-auteurs du scénario, ont décidé de transposer l’action du récit de New York à Los Angeles. Cela dit, si la cité des anges était un élément indissociable de l’intrigue du film de Friedkin l’année précédente (au point de presque en devenir un personnage à part entière), ce n’est plus forcément le cas dans Huit millions de façons de mourir, dans le sens où l’intrigue est entièrement recentrée sur le personnage de Matt Scudder, flic déchu et alcoolique, incarné à l’écran par un Jeff Bridges comme d’habitude absolument excellent.

Solitaire et quelque peu misanthrope, Scudder se coupe de son environnement et du monde extérieur quand il se plonge dans l’alcool ; à l’écran, Hal Ashby choisit de traiter les « trous noirs » dans la vie du personnage par un habile recours à l’ellipse, qui tend à faire avancer le récit de plusieurs bonds temporels, qui finissent également par contaminer l’espace autour de lui. Ainsi, Scudder peut être ou avoir été n’importe où durant ses « absences », comme le prouve d’ailleurs sa première (?) rencontre avec Sunny. La ville de Los Angeles passe donc clairement au second plan, de même que l’enquête policière en elle-même – l’identité du coupable ne fera en effet rapidement plus aucun doute – et seul comptera finalement la lente résurrection du personnage, son retour parmi les « vivants » et sa rédemption. Les fêlures et la lente remontée de son anti-héros comptent bien plus aux yeux de Hal Ashby que la simple enquête policière.

Au final, Huit millions de façons de mourir joue donc forcément avec les attentes du spectateur. Alors que l’on pouvait imaginer un récit de vengeance hardcore opposant dans le sang Scudder et Angel Maldonado (Andy Garcia en mode Scarface), Hal Ashby au contraire choisit de prendre son temps, de repousser sans cesse l’affrontement, qui finira cependant par arriver dans un final assez impressionnant, prenant place dans un entrepôt désaffecté. Un final haut en couleurs pour un film aussi hétérogène que déstabilisant.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Huit millions de façons de mourir est disponible en Haute-Définition en France sous les couleurs de BQHL Éditions depuis le mois d’avril. Étant donné qu’on n’avait malheureusement pas eu l’opportunité de vous parler du film à l’époque, l’éditeur nous a gentiment fourni une galette de rattrapage afin de corriger cette erreur. Et côté Blu-ray, le film bénéficie d’un joli upgrade HD : on redécouvre littéralement le film de Hal Ashby, le master est très satisfaisant, nous proposant un piqué précis tout en conservant la granulation d’origine, le tout étant qui plus est d’une stabilité exemplaire. La profondeur de champ est remarquable, et les contrastes ont été particulièrement soignés : les noirs sont profonds sans être bouchés, les blancs ne sont pas « cramés » ; bref, l’éditeur a fait tout son possible pour nous permettre de (re)découvrir Huit millions de façons de mourir dans les meilleures conditions possibles. Du côté des enceintes, VO et VF d’époque sont disponibles en Dolby Digital 2.0. Les dialogues sont clairs, les ambiances et la musique parfaitement bien préservées, et le tout ne souffre pas de souffle disgracieux. On notera cependant une nette domination de la version originale sur sa petite sœur française, pour de simples raisons artistiques. Pas de bonus.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles