Test Blu-ray : Him

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Him

États-Unis : 2025
Titre original : –
Réalisation : Justin Tipping
Scénario : Skip Bronkie, Zack Akers, Justin Tipping
Acteurs : Tyriq Withers, Marlon Wayans, Julia Fox
Éditeur : Universal Pictures
Durée : 1h36
Genre : Sport, Thriller, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 4 février 2026

La veille du Combine, le repêchage annuel du football professionnel, Cameron Cade, un quart-arrière en pleine ascension, est violemment attaqué par un admirateur déséquilibré et subit un traumatisme crânien qui pourrait mettre fin à sa carrière. Alors que tout semble perdu, Cam reçoit une aide inattendue de la part de son idole : Isaiah White, un légendaire quart-arrière, lui propose de l’entraîner dans son complexe isolé qu’il partage avec sa femme, la célèbre influenceuse Elsie White…

Le film

[4/5]

Produit par le talentueux Jordan Peele (à qui l’on doit Get Out, Us ou Nope, trois monuments récents du genre « Elevated Horror »), Him débarque aujourd’hui au format Blu-ray sous la bannière de Universal Pictures. Le film met en vedette Tyriq Withers (Souviens-toi l’été dernier) dans le rôle d’un jeune homme rêvant de devenir footballeur professionnel, aux côtés de Marlon Wayans (Scary Movie, Donjons et Dragons). Si le film est passé plutôt inaperçu chez nous, c’est qu’en raison de son faible score au box-office américain, la sortie dans les salles françaises, initialement prévue le 12 novembre 2025, avait été purement et simplement annulée par Universal. On espère qu’en dépit de son sujet peu porteur de notre côté de l’Atlantique (le football américain), Him réussira à trouver son public dans l’hexagone, d’autant que le Blu-ray du film s’offre une qualité technique impressionnante.

L’une des plus grandes réussites de Him réside dans son atmosphère, qui dépasse de très loin le simple cadre du football américain, pour verser dans quelque-chose de beaucoup plus étrange et pénétrant. Le film de Justin Tipping développe en effet un parfum bizarre, qui flotte dans l’air tout au long du métrage, comme si le film cherchait à capturer l’Amérique contemporaine dans un bocal de formol fluorescent. Him s’inscrit dans une époque où le football américain est devenu un spectacle total, un mélange de gladiature moderne, de marketing agressif et de rêves de célébrité instantanée. Son sujet et son agressivité narrative sont tout à fait dans l’air du temps, surfant de façon assez claire sur un paysage culturel saturé de débats sur la masculinité toxique, les commotions cérébrales, les réseaux sociaux et la pression exercée sur les jeunes athlètes.

Him s’empare de ces thématiques et les transforme en un cauchemar hypnotique, un conte horrifique où les muscles, les cris et les stades deviennent des temples sacrificiels. Le jeune Cameron Cade (Tyriq Withers) nous y est présenté comme un funambule avançant dans la vie sur un fil barbelé, oscillant entre ambition sportive et traumatisme latent. Le film montre comment le football, sport-roi dans les États-Unis de Donald Trump, façonne les corps et les esprits, jusqu’à les tordre comme des branches sous la neige. Justin Tipping utilise la caméra comme un scalpel, découpant les visages, les gestes, les respirations, pour révéler ce qui se cache derrière la façade héroïque : la peur, la douleur, la solitude. Les plans serrés sur les blessures, les tremblements, les regards perdus, donnent à Him une dimension presque corporelle, comme si le film voulait faire ressentir au spectateur chaque impact, chaque choc, chaque fissure dans le crâne du héros.

De fait, l’esthétique générale de Him oscille entre réalisme brut et hallucination stylisée. Les séquences dans le désert, autour du domaine /centre d’entraînement / sanctuaire d’Isaiah White (Marlon Wayans), transforment le film en parabole biblique, un récit de tentation, de domination et de renaissance. Le décor, tout en béton froid et en lignes géométriques, évoque un laboratoire expérimental où l’humain serait disséqué pour mieux être reconstruit. Him joue constamment sur cette ambiguïté : ce qui est vu est-il réel, ou n’est-ce qu’un délire né d’un traumatisme crânien ? Le film entretient cette incertitude avec une précision presque sadique, comme un illusionniste qui refuserait de révéler son truc.

La performance de Marlon Wayans mérite d’ailleurs une mention spéciale. L’acteur, souvent associé à la comédie, trouve ici un rôle qui lui permet de déployer une palette aussi inquiétante que réellement impressionnante. Son Isaiah White traverse le film comme une tempête imprévisible, capable de passer de la douceur à la menace en un battement de cil. Il apporte au film une tension permanente, une sensation d’instabilité qui renforce l’atmosphère d’angoisse. Son personnage, à la fois mentor, bourreau et figure quasi démoniaque, devient le cœur battant de Him, un cœur qui pulse au rythme d’un tambour de guerre.

La mise en scène exploite cette dynamique avec une intelligence rare. Les mouvements de caméra, souvent fluides mais parfois brusques, traduisent l’état mental de Cameron. Les couleurs, tantôt saturées, tantôt délavées, reflètent la frontière poreuse entre réalité et hallucination. Him utilise même le son comme une arme : les respirations amplifiées, les bruits sourds, les chœurs étranges, tout contribue à créer une atmosphère oppressante, qui interroge la naissance, la transformation, la perte d’identité. Mais les thématiques de Him ne s’arrêtent pas là : le film évoque aussi pêle-mêle la pression familiale, l’exploitation des jeunes talents, la marchandisation des corps, et bien entendu la quête de reconnaissance dans une société obsédée par la réussite.

A sa façon, Him montre comment les institutions (clubs, médias, fans) transforment les athlètes en produits, en symboles, en sacrifices modernes. Comme dans Whiplash ou Black Swan, la performance devient une prison, et l’excellence se paie au prix fort. Le lien avec le film de Darren Aronofsky est d’ailleurs tout particulièrement évident, dans le sens où Him comporte aussi une dimension surnaturelle, une aura de malédiction qui plane sur chaque scène. Tout cela concourt à faire du film une œuvre audacieuse, dérangeante, parfois chaotique, mais toujours captivant. Justin Tipping ose y mélanger les genres, bousculer les attentes, et offrir une vision du football américain qui n’a rien à voir avec les récits héroïques habituels. Au contraire, Him fait office de cauchemar sportif, et derrière ses séquences volontiers hallucinées, il nous propose finalement un drôle de conte moral, un miroir tendu à une société qui glorifie la violence tout en prétendant la condamner. Et si Him laisse le spectateur un peu sonné, c’est peut-être parce qu’il touche à quelque chose de profondément vrai : la fragilité des corps, la brutalité des rêves, et la frontière ténue entre ambition et destruction.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Him, édité par Universal Pictures, arrive dans un packaging sobre mais élégant, avec une illustration de jaquette qui capture parfaitement l’atmosphère trouble du film. Le visuel du ballon de foot ensanglanté sur fond noir est tout à fait pertinent, dans le sens où il met en avant le contraste entre la lumière des stades et l’ombre des traumatismes : un choix esthétique qui reflète bien toute l’ambivalence du film. Techniquement, l’image du Blu-ray nous offre une précision remarquable : les textures de peau, les détails des équipements sportifs, les variations de lumière dans les scènes désertiques, tout apparaît avec une netteté presque clinique. Les séquences sombres, nombreuses, bénéficient de noirs profonds, même si un léger écrasement peut parfois se faire sentir. Les couleurs, volontairement désaturées, conservent leur cohérence, et le grain ajouté lors de l’étalonnage donne à Him une texture organique qui renforce son atmosphère oppressante. Côté son, le Blu-ray nous propose une VO en Dolby Atmos et une VF en Dolby Digital+ 7.1, toutes deux très solides. La version originale déploie une spatialisation impressionnante, notamment lors des scènes de stade ou des moments de tension où les bruits sourds et les respirations amplifiées envahissent l’espace sonore. La version française, de son côté, offre une clarté remarquable, avec des dialogues nets et une dynamique bien équilibrée. Les deux pistes permettent de profiter pleinement de la bande-son, qui oscille entre chœurs inquiétants, percussions lourdes et silences oppressants. Him gagne beaucoup à être écouté FORT, tant le son participe à son identité et à son atmosphère.

Comme d’habitude avec Universal, les suppléments du Blu-ray de Him nous proposent un ensemble de featurettes varié et instructif. On commencera avec une fin alternative (2 minutes), qui offrait une conclusion plus sombre et accentuait la dimension surnaturelle du film. On continuera avec une sélection de scènes coupées (13 minutes), qui permettent de découvrir des moments supplémentaires centrés sur la psychologie de Cameron, ainsi que quelques variations de ton intéressantes ; la scène la plus intéressante du lot est sans aucun doute la version longue de la scène du « tir à la mascotte ». On aura ensuite droit à un module sur la préparation physique et mentale des acteurs (9 minutes), qui montre comment Tyriq Withers et Marlon Wayans ont travaillé pour incarner des athlètes crédibles (douze kilos de moins pour Marlon Wayans, et un entraînement intensif pour prendre du muscle). On enchaînera avec un sujet qui fera office de making of (10 minutes), qui explore les choix de mise en scène, les décors, les effets visuels et la manière dont l’équipe du film a cherché à créer une atmosphère immersive. On aura ensuite droit à un focus sur deux scènes-clés du film, à sa voir la scène de l’entraînement sanglant à base de ballons dans la gueule (4 minutes) et l’époustouflante scène finale (5 minutes), nous révéleront la précision du travail sur le son, la lumière et le montage. On reviendra également sur la musique du film (5 minutes), en compagnie du compositeur Bobby Krlic, dont la partition contribue largement à l’identité sonore de Him. Enfin, un commentaire audio du réalisateur Justin Tipping (VOST) complétera l’ensemble avec une analyse riche et passionnée. Du beau travail éditorial.

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