DVD — 14 novembre 2019
Test Blu-ray : Fair game

 
Australie : 1986
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h26
Genre : Action, Thriller
Date de sortie DVD/BR : 3 octobre 2019

 

Jessica vit seule avec Ted dans un coin retiré du sud de l’Australie, où ils sont en charge d’une réserve naturelle. Dans ce cadre idyllique, son compagnon s’étant absenté pour une conférence, sa quiétude est compromise par l’arrivée d’un trio de chasseurs de kangourous. Lorsque les trois rustres croisent la route de la jeune femme, ils voient en elle un gibier de choix. S’engage alors un jeu du chat et de la souris entre les prédateurs et leur proie. Pour Jessica, le plus important va désormais se résumer à un mot : survivre !

 


 

Le film

[4/5]

Le cinéma d’exploitation australien – ou « Ozploitation » – est un sous-genre qui peine vraiment à percer et à être reconnu. Sorti en 2008, le documentaire Not quite Hollywood : The wild, untold story of Ozploitation ! a cependant permis de mettre un éclairage particulier sur le cinéma populaire australien, et même de sortir certains films de l’oubli. Ainsi, c’est sous l’impulsion de l’inusable – qui a remis sur le devant de la scène un nombre incalculable de films oubliés depuis 25 ans – que nous redécouvrons aujourd’hui le film de Mario Andreacchio : dans le documentaire de 2008, le réalisateur de Pulp Fiction et d’Il était une fois à Hollywood ne cachait en effet pas son enthousiasme pour Fair game : « Avec son gang de chasseurs fous et sa magnifique héroïne, protectrice des animaux et de l’environnement qu’ils passent l’essentiel du film à terroriser, Fair game est la quintessence de la Ozploitation, la recette du genre par excellence : prenez une pincée de I spit on your grave, quelques miettes de And soon the darkness et saupoudrez-le tout d’une pincée de , et vous obtiendrez Fair game. »

 

 

L’idée de la « recette » évoquée par Tarantino est intéressante, mais celle dont il nous parle nous parait néanmoins un poil approximative, dans le sens où elle caresse l’idée générale du film mais en donne finalement une image un peu erronée. En effet, ce qui nous parait essentiel mais n’apparaît pas dans la description qu’en fait « QT » est que Fair game est teinté d’un esprit ouvertement « bande dessinée », presque potache, et le film conserve, malgré les événements dramatique qui s’égrènent à l’écran, une tonalité que l’on ne qualifiera peut-être pas d’enjouée, mais du moins d’agressive, insolente, foutraque. Un esprit qu’on retrouvera d’ailleurs jusque dans le style visuel et les multiples effets formels du film, très dynamique, presque bordélique – on se surprend par exemple parfois à penser aux premiers films de Jean-Jacques Beineix ou de Luc Besson dans la façon dont Mario Andreacchio s’amuse avec sa caméra et ses axes de prise de vue, avec une image toujours extrêmement mobile, comme s’il n’arrivait pas à canaliser le foisonnement de ses idées et cherchait à proposer une image constamment en mouvement. Si certains spectateurs contemporains pourront trouver que ce trop-plein d’énergie donne au film un côté un peu « daté », on ne pourra pas retirer au cinéaste d’avoir su capter l’air du temps, comme d’autres ont tenté de le faire également de notre côté de l’hémisphère avec des films tels que Diva (1981), 36-15 code Père Noël (1989) ou encore Rendez-vous au tas de sable (1990). N’empêche donc que malgré certaines de ses péripéties un peu dures, Fair game ne prend jamais réellement les atours d’un « feel bad movie » ; on naviguerait plus volontiers dans la catégorie du « film de sale gosse ».

 

 

Il y a bien plusieurs recettes pour le bœuf bourguignon, alors pourquoi n’y en aurait-il pas pour Fair game ? On vous propose donc une recette alternative à celle de Quentin Tarantino. Donc pour commencer, vous prenez un peu de , c’est incontournable – toute l’appréciation du cinéma australien contemporain débute (et souvent se termine) avec le film fondateur de George Miller : les grosses cylindrées plus ou moins « modifiées » sont en effet bel et bien de la partie, se poursuivant dans le bush dans un esprit punk et déjanté. On leur colle d’ailleurs des conducteurs tout aussi tarés que dans Mad Max, poussant des hurlements, éructant des insanités, brandissant des armes et escaladant volontiers leurs véhicules lancés à pleine vitesse pour bondir sur les autres voitures autour d’eux. Sauf que – on est quand même là pour rigoler – vous décidez de pousser sciemment le bouchon un peu plus loin que George Miller, avec des voitures et des camions ouvertement cartoonesques, qu’on croirait tout droit sortis des Fous du volant ou de La course à la mort de l’an 2000.

Avec ces braconniers à mi-chemin entre le plouc de base ou redneck du bush s’en prenant à l’héroïne et la description peu reluisante qu’il propose de l’outback australien, le film évoque aussi furieusement Razorback tourné quelques années plus tôt : le film développe par ailleurs une esthétique voisine du film de Russell Mulcahy, en plus fauchée certes, mais cultivant également la crasse, la sueur et puant littéralement le vice. Et puisqu’on parle de vice, vautrons-nous dans le stupre sans retenue : Tarantino évoque I spit on your grave, et il est vrai que comme dans le film de Meir Zarchi – un des plus célèbres représentants du « rape and revenge » – le personnage incarné par Cassandra Delaney refuse également de se complaire dans le rôle de la victime, et tiendra tête de façon radicale à ses agresseurs, sans aide extérieure et développant une ingéniosité sadique afin de les éliminer. En voilà une gonzesse qu’elle est badass.

 

 

C’est d’ailleurs bien ce qui fait la saveur assez unique de Fair game si on le compare au reste de la production cinématographique australienne de l’époque (ou du moins de ce dont on en connaît), sous très forte domination masculine. D’où notre tentation – puisque personne ne s’emmerde pour mettre ce terme à toutes les sauces – de parler d’un film presque « féministe ». Parce que oui mes bons amis, traquer et tuer ses agresseurs quand on est une femme, c’est faire preuve d’un vibrant féminisme. C’est marrant tout de même, non ? Quand les héros de « revenge movies » ou de «  movies » assouvissent leur vengeance dans le sang, on dit que c’est réactionnaire, douteux, voire même fascisant. En revanche, quand c’est une femme qui fait la même chose, c’est féministe. Si vous êtes un adepte du syllogisme ou de la pensée transversale, vous en conclurez donc que le féminisme est réactionnaire, douteux, voire même fascisant. Quoi qu’il en soit, l’humiliation et la colère du personnage principal est au final générateur d’un déferlement d’action décomplexé, jouissif et volontiers cruel : féministe ou pas, au final, on s’en balek, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse…

 

 

Pour terminer, on ajoutera à cette recette – déjà parfaite pour s’assurer une bonne soirée – une sacrée pincée d’exploitation pure, dans le bon sens du terme et avec tout ce que cela peut sous-entendre en termes d’excès et de bonne humeur : avec ses décors désertiques chauffés par un cagnard sans fin, Fair game prend par moments presque des allures post-apocalyptiques, avec ses grosses bagnoles aux allures complètement folles et ses méchants de BD punko-mongoloïdes. Ainsi, le film nous évoquera le meilleur d’une époque où on osait tout pour le pire et pour le meilleur, avec des films tels que Les nouveaux barbares (Enzo G. Castellari, 1983), 2019 après la chute de New York (Sergio Martino, 1983) ou encore l’excellent Les guerriers du futur (Cirio H. Santiago, 1985). Cela dit, quelle que soit la recette qu’on choisisse, vous admettrez que les ingrédients mettent plutôt l’eau à la bouche, non ?

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

Le film ne pouvait débarquer que chez eux : Fair game intègre aujourd’hui la prestigieuse collection de Blu-ray débutée il y a quatre ans par Le chat qui fume avec la sortie du Venin de la peur (lire notre article). Il s’agit d’une édition limitée, numérotée à 1000 exemplaires, dont la maquette a été composée exclusivement pour Le chat par le talentueux Frédéric Domont, alias Bandini. On notera donc d’entrée de jeu la classe absolue de ce Combo Blu-ray + DVD, digipack trois volets aux couleurs vives reprenant deux visuels pour le moins emblématiques du film de Mario Andreacchio, et surmonté d’un fourreau cartonné. On a donc comme d’habitude entre les mains un véritable et bel objet de collection…

 

 

Si le genre de l’Ozploitation est le plus souvent laissé de côté par les éditeurs en France, Fair game est en revanche la deuxième sortie estampillée « exploitation australienne » pour Le chat qui fume ce mois-ci, puisque le film de Mario Andreacchio est disponible parallèlement à , également connu sous le titre Montclare : Rendez-vous de l’horreur. Et côté technique, on ne fera pas inutilement durer le suspense : comme d’habitude avec Le chat qui fume, aussi bien côté image que côté son, le master est d’excellente tenue. En effet, le film est proposé au format respecté, encodé en 1080p, le piqué est précis et les couleurs sont éclatantes, ce qui est tout particulièrement remarquable vu l’étendue de la palette chromatique du film d’Andreacchio et de son directeur photo Andrew Lesnie, futur chef opérateur de films tels que les trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit – Hé ouais ! La gestion des contrastes semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière, et le tout est propre et net, même en projection sur un écran de grande taille. Le film conserve par ailleurs une solide patine argentique : c’est du très beau travail. Le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine en VF intégrale ou VO, et les deux mixages s’avèrent parfaitement clairs et sans souffle.

 

 

Du côté des suppléments, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Eric Peretti (12 minutes), qui reviendra sur le mode de production cinématographique australien, assez singulier, ainsi que sur l’esprit du film, ses influences, le tournage et l’existence de deux versions distinctes, l’une destinée à l’exploitation en salles, et l’autre au marché de la vidéo. On y apprend par exemple que les scènes de nudité de Cassandra Delaney n’étaient pas prévues dans le scénario original et ont été « rajoutées » pour l’exploitation en vidéo. On continuera ensuite avec un court making of (4 minutes) nous donnant à voir quelques moments volés sur le tournage, ainsi que huit minutes de story-boards, ce qui est toujours plaisant à découvrir, et renforce encore l’aspect très « BD » du film.

On terminera enfin avec une large sélection de bandes-annonces, de Fair game bien sûr, mais également de pleins d’autres films disponibles ou à venir chez Le chat qui fume.

 

Articles semblables

Partage

Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles