Test Blu-ray : Crisis

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Crisis

Canada, Belgique : 2021
Titre original : –
Réalisation : Nicholas Jarecki
Scénario : Nicholas Jarecki
Acteurs : Gary Oldman, Armie Hammer, Evangeline Lilly
Éditeur : Metropolitan Vidéo
Genre : Thriller
Durée : 1h58
Date de sortie DVD/BR : 19 août 2021

Trois histoires s’entrechoquent : un trafiquant de drogue organise une opération de contrebande multi-cartels entre le Canada et les États-Unis, une architecte encore affectée par sa dépendance à un médicament cherche la vérité sur l’implication de son fils dans les stupéfiants, et un professeur d’université doit faire face à un choix cornélien quand les résultats de ses recherches vont à l’encontre de la société pharmaceutique qui le finance…

Le film

[3,5/5]

Si le nom du scénariste / réalisateur de Crisis Nicholas Jarecki ne vous est pas inconnu, c’est normal : le cinéaste n’avait certes pas signé de film depuis presque dix ans, mais il avait puissamment marqué les mémoires avec Arbitrage en 2012, un film qui portait un regard acéré sur la corruption et les activités frauduleuses dans le domaine de la finance. Ou quand la gestion de fonds spéculatifs rimait avec une tentative désespérée d’auto-préservation de la part du personnage incarné par Richard Gere, dans le but de pouvoir maintenir son statut social.

Si Crisis mêle plusieurs intrigues et multiplie les personnages sur fond de crise des opioïdes aux États-Unis, on retrouvera au cœur de ce nouveau film de Nicholas Jarecki le même genre de problématique, avec notamment le personnage interprété par Gary Oldman, tiraillé entre ses propres intérêts (statut social et financier) et, disons, l’intérêt « général ». Car si on en entend peu parler de notre côté de l’Atlantique, la crise des opioïdes n’est tout de même pas à négliger : en 2015 aux États-Unis, ce sont 33.000 personnes qui sont mortes de surdoses d’opioïdes. Dans presque la moitié des cas, la surdose était due à des médicaments (Percocet, Vicodin, Oxycodone, Fentanyl) prescrits par des professionnels de santé. Ainsi, ces vingt dernières années, les opioïdes sur ordonnance ont causé 450.000 décès aux U.S.A. Bien sûr, la crise des opioïdes a largement été relativisée par l’apparition du Covid-19 (615.000 morts), ce qui, sans vouloir être cynique à tout prix, a bien dû arranger les lobbies pharmaceutiques.

Avec Crisis, Nicholas Jarecki remet néanmoins la question sur le tapis. Le film explore ainsi habilement les rouages et l’urgence sanitaire induite par la crise. Le scénario s’appuie sur des recherches approfondies, et s’avère pleine de détails pertinents et véridiques. Multipliant les points de vue en nous proposant des personnages ayant différents niveaux d’implication dans le système, Jarecki prend un certain recul par rapport à son sujet, nous proposant au final une espèce d’équivalent du Trafic de Steven Soderbergh prenant place au cœur du monde des antidépresseurs. Mais comme dans le cas du film de Soderbergh, l’état des lieux est aussi fascinant que déprimant, tant les différents personnages s’avèrent tous à leur niveau complètement impuissants face à la corruption généralisée d’un système d’influences flirtant avec la criminalité pure et simple.

Bien sûr, les lobbies pharmaceutiques en prennent pour leur grade dans Crisis, qui tend à les décrire comme les véritables dealers de mort du vingt-et-unième siècle. Pour autant, le film parvient également à nuancer son propos, notamment en donnant réellement un visage humain à différentes facettes du problème et de la crise. Car même si les intrigues sont très documentées, Jarecki n’en signe pas pour autant un documentaire. Le scénario mêle principalement trois intrigues, chacune traitant à sa manière de l’ampleur de la crise, et chacune impliquant ses propres personnages ; toutes sont par ailleurs traitées sur un pied d’égalité, et servies par des acteurs remarquables.

Le premier arc narratif suit Jake (Armie Hammer), un agent de la DEA en infiltration, devant composer avec l’addiction de sa sœur (Lily Rose Depp). Il tente de démanteler un réseau de trafic de médocs impliquant des Arméniens et un homme de l’ombre appelé « Maman ». Cet arc assurera la partie « policière » de Crisis, avec ce que cela implique de personnages torturés tentant de garder l’équilibre entre application de la loi et justice de la rue, mais également entre vie professionnelle et vie privée. Classique, mais efficace.

Le deuxième arc narratif de Crisis – probablement le plus passionnant – concerne le docteur Tyrone (Gary Oldman), et sa crise de conscience quant aux effets du Klaralon, médicament soi-disant « miracle » pour lequel il a effectué des tests. En contournant le protocole établi avec la société pharmaceutique Northlight, il se rend compte que le Klaralon va sans doute causer des milliers de morts en débarquant sur le marché. Les hésitations du personnage incarné par Gary Oldman sont assez fascinantes, de même que l’étroit rapport entre ses obligations professionnelles et ses doutes personnels. Il se heurtera bien sûr à l’hostilité de son supérieur (Greg Kinnear), pour qui la manne financière représentée par le contrat avec Northlight est le plus important. Des menaces voilées suivront ; cette partie du récit se rapproche bien évidemment du genre du cinéma de « lanceur d’alerte », destiné à illustrer de façon didactique les tenants et les aboutissants d’une affaire : c’est ce qu’on pourrait appeler – de façon certes un peu réductrice – du « cinéma Wikipédia ». Cependant, cette partie du récit fonctionne indéniablement très bien, peut-être parce qu’elle s’avère justement en présence d’autres sous-intrigues, qui apportent plus d’impact et de rythme à l’ensemble.

Enfin, le troisième arc narratif suivra Claire (Evangeline Lilly), qui apporte une touche d’émotion à Crisis puisqu’elle incarne une mère, elle-même ancienne toxico, enquêtant sur les activités en ligne de son fils mort d’une overdose. Elle envisagera bien sûr l’option Charles Bronson, désireuse de se faire justice elle-même à la façon du Justicier dans la ville. Si Nicholas Jarecki prend soin d’équilibrer les intrigues, on ne pourra cependant s’empêcher, en tant que spectateur, de ressentir d’avantage d’empathie pour le docteur Tyrone et Claire, qui apportent par leur douleur une « humanité » supplémentaire à Crisis, même si bien sûr leur mal-être a des origines différentes (désir d’auto-préservation d’un côté, deuil et perte de l’autre).

Mais c’est bien le « mélange » des histoires qui confère finalement à Crisis sa force et son intensité émotionnelle : c’est en effet par la superposition de ces différents points de vue que Nicholas Jarecki parvient à prendre le recul nécessaire afin d’exposer la véritable horreur se cachant derrière la crise des opioïdes aux États-Unis : celle selon laquelle la perte de milliers de vies humaines est moins importante que quelques millions de dollars de profits supplémentaires. Soit l’éternel jeu d’échecs macabre auquel se livrent depuis des années les lobbies pharmaceutiques.

Le Blu-ray

[4/5]

Bien rôdé en matière d’encodage sur support Haute Définition, l’éditeur Metropolitan Vidéo confirme tout le bien que l’on pensait de lui avec ce Blu-ray de Crisis, qui s’offre un traitement HD littéralement impeccable. La définition est au taquet, sans le moindre défaut apparent de compression, l’image affiche un piqué d’une précision époustouflante et les couleurs explosent littéralement à l’écran. Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 (VF/VO) joue la carte de l’ambiance, en utilisant de façon très fine l’ensemble des canaux arrière ; il sait également en imposer pendant les passages qui l’exigent, jouant la carte d’un dynamisme échevelé durant les passages les plus riches en action du film. Du grand Art.

Du côté des suppléments, outre une sélection de bandes-annonces, Metro nous propose tout d’abord un commentaire audio du scénariste / réalisateur Nicholas Jarecki, qui sera néanmoins à réserver aux anglophones confirmés, puisque ce dernier n’est disponible qu’en VO pure, sans sous-titres. On se rabattra dès lors sur un intéressant making of (8 minutes), qui donnera notamment la parole à Nicholas Jarecki ainsi qu’à l’ensemble du casting, tout en nous donnant à voir quelques instants volés sur le tournage.

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