Test Blu-ray : Costa-Gavras – Intégrale vol. 2 (1986-2012)

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On n’osait plus y croire, mais Arte Éditions avait commencé à réaliser nos rêves de cinéphiles fin 2016 avec un premier coffret Blu-ray réunissant les films réalisés par Costa-Gavras entre 1965 et 1983 (lire notre article). Fin 2017, le saint éditeur a remis le couvert avec la sortie d’un coffret INTÉGRALE VOL.2, réunissant l’intégralité des films du cinéaste de 1986 à 2012.

Indispensable à tout cinéphile qui se respecte, ce coffret Costa-Gavras – Intégrale vol. 2 (1986-2012) se décline en deux versions : soit en DVD, soit en Blu-ray, dans des versions restaurées supervisées par le réalisateur lui-même…

 

 

Coffret Costa-Gavras – Intégrale vol. 2 (1986-2012)


France, États-Unis : 1986-2012
9 longs-métrages + 2 documentaires
Réalisation : Costa-Gavras
Scénario : Costa-Gavras
Acteurs : , ,
Éditeur : Arte Éditions
Genre : Drame, Thriller, Politique
Date de sortie DVD/BRD : 29 novembre 2017

 

 

Seconde partie de l’intégrale Costa-Gavras avec 9 films restaurés qui ont marqués l’histoire du cinéma…

 

 

Quand on prend suffisamment de recul pour contempler la filmographie de Costa-Gavras à partir de la deuxième moitié des années 80, une conclusion s’impose très rapidement : le cinéaste a su évoluer avec son temps. Finie la fougue et l’agressivité politique propres aux années 60/70, finis les pamphlets cinématographiques tournés le couteau entre les dents : à l’image du parti communiste, Costa-Gavras s’est assagi, mais reste un éternel indigné. Aussi se positionne-t-il d’avantage en observateur des inégalités sociales, pointant du doigt les problèmes d’immigration, de chômage, la montée des extrémismes, les dérives des médias modernes ou encore du système capitaliste… Bien sûr, ses marottes et autres obsessions (la seconde guerre mondiale notamment) sont toujours bien présentes, par intermittence. Mais le plus frappant au regard de la deuxième partie de sa carrière est bien que plus que jamais, le cinéaste d’origine grecque semble être parvenu à concilier cinéma d’auteur exigeant et grand spectacle populaire…

Récréation dans la carrière très « sérieuse » de Costa-Gavras, (1986) délaisse pour un temps les intrigues socio-politiques pour se pencher sur la comédie policière avec un film à la fois léger et fort amusant, porté par les prestations de Guy Marchand et de Johnny Hallyday. Par la suite, entre 1988 et 1989, Costa-Gavras tournera aux États-Unis deux films sur des scénarios de Joe Eszterhas, qui collaborera quelques années plus tard avec Paul Verhoeven (Basic instinct, Showgirls). Des scripts le plus souvent frontaux et simples, mais à l’impact direct et durable, ayant accouché de deux parmi les tous meilleurs films du cinéaste.

Encore relativement peu connu, (1988) s’impose en effet pourtant comme un des chefs d’œuvres de la carrière de Costa-Gavras. Constat froid et quasi-clinique d’une société américaine rurale en déliquescence, le film donne des rôles en or à Tom Berenger et , et l’équilibre entre le polar et l’histoire d’amour contrariée est impeccable. Dur, profondément marquant, magistralement mis en scène, rythmé et interprété, La main droite du diable demeure encore, trente ans après sa sortie, peut-être le meilleur film sur le sujet des dérives nationalistes américaines : le genre de film imposant, à l’issue de sa projection, à la fois silence et respect. Extraordinaire. Avec (1989), le cinéaste poursuit son expérience avec Joe Eszterhas sur ce qui s’impose comme le deuxième film indispensable de ce coffret Costa-Gavras – Intégrale vol. 2. Mélangeant le romanesque aux événements historiques les plus tragiques, le film est à nouveau porté par une prestation d’actrice remarquable, avec une Jessica Lange tout simplement bouleversante. Mémoire, faute, doute, poids du passé sont autant de thèmes au centre d’un film brillant, ayant obtenu l’Ours d’or à Berlin en 1990.

Pas si absurde qu’il n’y paraît au premier abord, (1993) permettra à Costa-Gavras de revenir aux thèmes qui l’ont toujours intéressé de façon détournée. Détournée parce qu’il n’adapte pas, loin de là, à la lettre le bouquin de Tadeusz Konwicki, et le transforme en vaudeville moderne. Là où le héros du bouquin souhaitait s’immoler par le feu pour prouver ses idées, le héros du film s’immolera pour se faire un coup de pub, histoire de mieux vendre son bouquin. Habile, par un parallèle avec le livre, le cinéaste désignait déjà la sphère médiatique comme celle à travers qui les idéologies se font et se défont – et pour bien le faire comprendre au spectateur, il l’encourage régulièrement dans le dialogue à découvrir le roman dont le film est tiré : « Avez-vous lu La petite apocalypse, de Konwicki ? » est ainsi le leitmotiv des dialogues du film. Une fable féroce à l’encontre des médias donc – mais Costa-Gavras n’en avait pas encore fini avec cette thématique, puisqu’il y reviendra, de façon nettement plus explicite, au cœur de son film suivant, (1997). A nouveau, le cinéaste pointe du doigt au cœur de ce film l’influence que peuvent avoir les médias, même lors d’événements graves. Les deux personnages principaux, respectivement journaliste et preneur d’otages, sont présentés comme deux facettes d’une même pièce ; Costa-Gavras parvient à les rendre à la fois intéressants et attachants, et la mise en relief de la manipulation médiatique au cœur du film est également remarquablement amenée.

Avec (2002), le cinéaste revient pour un temps à la Seconde Guerre Mondiale, et sur la lâcheté humaine ayant conduit certains membres de l’église catholique à envoyer des innocents à la mort « par faiblesse ou par erreur d’appréciation », pour citer les mots du pape Jean-Paul II en 1999. Tout ou presque a été dit sur ce film forcément polémique, à voir ne serait-ce que pour découvrir tout un pan de l’Histoire que l’on n’évoque pas si souvent à l’école.

Pour terminer, entre 2005 et 2012, Costa-Gavras signera trois films placés sous le signe de la « violence » socio-économique au sein de la société occidentale contemporaine. Probablement le plus brillant de la trilogie (malgré un jeu d’acteur encore un peu « limite » de la part de ), (2005) s’avère un mélange entre le polar noir et la satire sociale la plus féroce. A la fois assez drôle et vraiment angoissant, dans le sens où le cinéaste parvient à montrer, en bien des instants, que les personnages du tueur et des victimes sont finalement beaucoup plus proches qu’on ne l’imagine, en tous cas tous victimes du même système déshumanisant où ne pas gravir les échelons en écrasant littéralement les autres revient purement et simplement à se laisser mourir. Avec le méconnu Eden à l’Ouest (2009), Costa-Gavras l’apatride aborde de front le thème de l’immigration clandestine ; du moins, c’est ce qu’on imagine au départ car au final, le film en dit bien d’avantage sur la mentalité des pays d’« accueil » que sur les immigrés en général. Exclusion, solidarité, conditions de vie… Tout est passé en revue sur le mode de la satire douce-amère, Costa-Gavras refusant de se poser en moralisateur ; s’il constate certaines choses, il ne les juge en aucun cas : y aurait-il de toute façon une solution toute faite à suggérer au spectateur ? Enfin, son dernier film en date, (2012), aborde le problème très contemporain de la dérégulation des marchés, en prenant le spectateur à rebrousse-poil, en filmant la trajectoire non pas une victime du système, mais les manœuvres d’un pion parmi tant d’autres au cœur du monde impitoyable de la finance. Naviguant entre rire et malaise, le film brocarde le capitalisme et ses ravages, en lui donnant un visage humain. Néanmoins, on pourra arguer que, sorti en 2012, le film arrivait malheureusement avec cinq ans de retard pour dévoiler quoi que ce soit de nouveau, et si le projet Le capital partait d’une intention très louable, au final, Costa-Gavras signait malheureusement un film un peu trop attendu.

 

Le coffret Blu-ray

[4,5/5]

Le coffret Costa-Gavras – Intégrale vol. 2 (1986-2012) édité par Arte Éditions contient donc rien de moins que neuf Blu-ray (9 films), mais également deux DVD de suppléments, ainsi qu’un riche livret de 36 pages intitulé « Costa-Gavras ou la résistance », écrit par Edwy Plenel. Le tout s’impose dans une belle boite cartonnée ornée d’une photo du réalisateur au travail.

Côté Blu-ray, ces neuf nouveaux films de Costa-Gavras s’imposent d’entrée de jeu dans des masters Haute Définition tout à fait resplendissants, affichant une définition et un niveau de détail assez bluffant, tout en respectant scrupuleusement la granulation d’origine de la pellicule. Comme dans le cas du premier coffret, l’image des films étonne par sa propreté et sa stabilité. Le rendu des couleurs et des contrastes semble avoir également bénéficié d’un soin tout particulier, on redécouvre littéralement certains films. Point de trace de DNR ou autres bidouilles numériques, on regrettera juste un grain peut-être un poil trop accentué lors des passages nocturnes ou en basse lumière. Le seul point négatif côté image se situe dans l’utilisation (sur tous les films) d’un encodage Blu-ray effectué en 1080i, avec un cadencement de 25 images par seconde, ce qui réduit la durée des films de quelques minutes. Côté son, nous aurons droit à des pistes DTS-HD Master Audio 2.0 sur les films tournés entre 1986 et 1993, et à de plus spectaculaires DTS-HD Master Audio 5.1 pour ceux tournés entre 1997 et 2012. VF et VO sont disponibles sur tous les films, ainsi que les traditionnels sous-titres français.

Il est impossible d’aborder chaque film individuellement, mais à nouveau, il nous faut saluer chaleureusement et applaudir l’initiative d’Arte Éditions, qui nous permet de voir ou revoir les films de Costa-Gavras, pour bon nombre inédits en Blu-ray, la perspective chronologique nous permettant non seulement une parfaite immersion au cœur du cinéma du réalisateur, mais également de constater à quel point son Cinéma a pu se métamorphoser au fil des années.

Du côté des suppléments, plusieurs heures de bonus sont dispatchées sur les différentes galettes composant le coffret. De nombreux entretiens avec le cinéaste, des sujets d’archives sur les tournages des films quelques courts-métrages de Costa-Gavras, une poignée de commentaires audio sur quelques films parmi les plus récents, et bien sûr les traditionnelles bandes-annonces. Mais ce n’est pas tout, puisque le coffret s’accompagne également d’un DVD nous proposant de découvrir la captation d’un opéra imaginé et mis en scène par Costa-Gavras dans les années 90 (qui n’a malheureusement pu nous être fourni par l’éditeur), ainsi qu’un deuxième DVD proposant un entretien-fleuve avec Costa Gavras (deux heures et quinze minutes !), orchestré par Edwy Plenel, au cœur duquel le cinéaste évoque son rapport à la vie et au cinéma, avant de se remémorer des anecdotes et autres petites histoires liées à chacun des neuf films composant le coffret. Indispensable donc !

 

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