Test Blu-ray 4K Ultra HD : La Balance

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La Balance

France : 1982
Titre original : –
Réalisation : Bob Swaim
Scénario : Mathieu Fabiani, Bob Swaim
Acteurs : Nathalie Baye, Richard Berry, Philippe Léotard
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h42
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 10 novembre 1982
Date de sortie BR/4K : 15 février 2022

Mathias Palouzi, flic responsable des brigades territoriales, s’est mis en tête d’arrêter le roi de la pègre de Belleville : Roger Massina. Pour atteindre son but, un indic lui est indispensable. Quand celui qui l’informait est retrouvé assassiné, Palouzi n’a plus qu’à chercher une autre « balance ». Dédé Laffont, petit proxénète, apparaît comme le remplaçant idéal : il a un contentieux avec Massina et désire se venger…

Le film

[5/5]

Quarante ans après sa sortie dans les salles obscures, La Balance de Bob Swaim ressort en vidéo, dans une édition Blu-ray 4K Ultra HD assez inattendue mais clairement méritée, placée sous les couleurs du plus passionnant des éditeurs français : Le Chat qui fume. Le fait de voir le classique de Bob Swaim débarquer au catalogue de l’éditeur française est une demi-surprise : La Balance est en effet un classique « reconnu » du cinéma populaire, ayant réuni plus de quatre millions de français dans les salles obscures en 1982, et considéré comme tellement prestigieux à l’époque de sa sortie qu’il avait remporté trois César, dont celui du meilleur film, en 1983.

Pour être tout à fait honnête, en bientôt sept ans de sorties Blu-ray régulières et toujours formidables, Le Chat qui fume n’avait encore jamais porté son choix sur un film aussi « célèbre » et reconnu, et l’arrivée de La Balance sur leur lineup a dû en surprendre plus d’un. En effet, l’éditeur jusqu’ici avait plutôt choisi d’orienter le regard des nombreux cinéphiles les suivant les yeux fermés vers des films de genre français plus méconnus et/ou oubliés, sur lesquels Le Chat qui fume avait porté un coup de projecteur salvateur : on pense, entre autres, à des films tels que 36-15 Code Père Noël, La Saignée, Haine, La Traque, Clash ou Les Loulous

Beaucoup des raretés que l’on vient de citer constituaient des découvertes pour les cinéphiles, tandis que La Balance était déjà dispo en DVD depuis un moment, et régulièrement rediffusé à la TV. Ainsi, pour tout dire, on aurait peut-être d’avantage attendu une sortie de La Balance en Blu-ray du côté de chez Coin de Mire Cinéma. Enfin, c’était là notre raisonnement de vieux con. Parce qu’à force de voir des films tous les jours de l’année depuis vingt-cinq, trente ans, après avoir connu à peu près tous les formats de vidéo à la maison, on finit parfois par en oublier qu’on vieillit, et à la lecture des nombreux commentaires quotidiennement postés sur les réseaux sociaux du Chat qui fume, on s’est rendu compte avec une certaine stupéfaction que beaucoup de jeunes cinéphiles n’avaient en réalité encore jamais eu l’opportunité de découvrir La Balance.

Il faut dire également qu’en l’espace de quarante ans, le film de Bob Swaim a probablement, dans l’inconscient collectif, un peu perdu un peu de l’aura sulfureuse et définitive qu’il avait en 1982, et qu’il est au fil du temps probablement apparu comme un peu moins « indispensable » pour les jeunes générations. On entend par là que le film a souvent été copié, que ses aspects les plus novateurs ont été recyclés encore et encore dans le polar hardcore au fil des années, jusqu’à apparaître aujourd’hui comme ce qui peut apparaître, avec 40 ans de recul, comme le b.a.-ba du genre. Pour autant, bon dieu de merde, est-il seulement possible aujourd’hui « d’ignorer » La Balance ? Sûrement pas. Il était donc temps de remettre les poings sur les zigues, et Le Chat qui fume, qui s’est probablement rendu compte avant nous du fait que le film Bob Swaim perdait peu à peu de son impact et/ou de sa pérennité, a tenu à remettre les choses au clair.

Remettons donc les choses dans leur contexte. En 1982, Jean-Pierre Melville est mort depuis environ dix ans, et si le polar n’est pas tout à fait mort avec lui, l’héritage du grand film policier made in France est quasiment tombé dans les mains d’un seul et même cinéaste : Alain Corneau, qui nous proposa à l’époque des films tels que Police Python 357 (1976) ou encore Le Choix des armes (1981). Son approche du genre est encore largement teintée de toute une mythologie autour du grand banditisme et de ses valeurs, empruntes d’une certaine « noblesse », d’un code d’honneur encore très prégnant.

De l’autre côté des Alpes, les italiens avaient quant à eux créé un genre à part, né des « années de plomb » des années 70, et que l’on appellerait le néo-polar – le genre est par ailleurs également connu sous le nom de polar bis italien ou poliziottesco. Encore assez peu connu en France, ce sous-genre du polar, volontiers extrêmement violent, putassier et démagogique s’attachait à relater sur un ton noir et sans concessions des faits divers sanglants, le plus souvent traités de façon outrancière. En effet, les flics y étaient montrés comme de véritables cow-boys, solitaires et adeptes de la loi du talion, tandis que les truands prenaient souvent des allures de salopards intégraux, dont la plus infime trace de valeur morale avait été réduite à néant par des années de soumission à la société capitaliste.

La Balance est probablement à sa manière un enfant du poliziottesco italien : il est le fruit d’une époque au cœur de laquelle les notions de morale ou de code d’honneur semblent avoir totalement disparu. Dans une France encore très marquée par les spectres de la guerre d’Algérie, flics et truands se vouent une guerre sans pitié, utilisant les mêmes méthodes crapuleuses, les mêmes coups bas, les mêmes attitudes de petites frappes. Le lyrisme et l’emphase ne sont alors pas à l’ordre du jour : vingt ans avant l’ascension d’Olivier Marchal, qui remettrait ces valeurs à l’ancienne sur le devant de la scène, l’heure est plutôt ici au réalisme le plus glauque, à une représentation des truands comme des forces de l’ordre exhalant de forts relents de caniveau… Et bordel, qu’est-ce qu’on aimait ça !

Et le fait est que même après toutes ces années, La Balance reste un véritable chef-d’œuvre, s’inscrivant comme le reflet d’une époque marquée par un certain malaise social, doublé d’une défiance certaine vis-à-vis des services de police en général, de leurs accointances avec le crime organisé, de leur corruption, ou de leur trop grande « amitié » avec le monde des truands en général. Le film de Bob Swaim parle de cette frontière de plus en plus ténue entre le monde des flics et celui des truands, tout en évoquant en filigrane le désarroi de la population, et la tendance toujours vivace à vouloir rendre justice soi-même. Si le sujet n’est certes pas au centre de La Balance, certains aspects du film peuvent y faire penser : ainsi, le dernier face à face entre le « Capitaine » (Bernard Freyd) et Petrovic (Tcheky Karyo) est placé sous le signe d’une justice pour le moins expéditive, ce qui était clairement dans l’air du temps à l’époque, comme le montrait également le film de Jean-Claude Missiean Tir groupé, sorti dans les salles françaises quelques mois à peine avant celui de Bob Swaim.

Mais une des plus grandes forces de La Balance est bel et bien de plonger le spectateur au cœur d’un monde où chaque personnage est finement défini d’un point de vue psychologique : qu’il s’agisse des flics ou des truands, le film s’intéresse à eux, à leur existence, à leurs états d’âme, bref à toute leur complexité d’êtres humains aux multiples facettes. Qu’il s’agisse de Nicole (Nathalie Baye) et Dédé (Philippe Léotard) ou de toute la bande de flics de la « BT » (Brigade Territoriale), tous parviennent réellement à exister le temps d’un film, au point même que l’histoire d’amour entre Nicole et Dédé prenne des allures de de « Roméo et Juliette » au cœur des bas-fonds parisiens, avec des personnages littéralement coincés entre leurs deux familles, les truands Capulet d’un côté, et flics Montaigu de l’autre.

Sur le plan moral cependant, peu de choses distinguent les uns des autres : les manipulations orchestrées par « l’embrouille » (Richard Berry), « Tintin » (Christophe Malavoy) et « le Belge » (Jean-Paul Comart) sont ainsi le plus souvent contrecarrées par la bande de Massina (Maurice Ronet). Ses sous-fifres parviennent même souvent à avoir un coup d’avance sur les flics, et leur plan pourtant mûrement réfléchi finira par se retourner contre eux. Porté par des acteurs excellents (on notera d’ailleurs de petites apparitions de Florent Pagny, Sam Karmann et François Berléand), La Balance évite assez brillamment l’opposition par trop classique entre les « gentils » et les « méchants ». Si l’on excepte le personnage incarné par Tcheky Karyo, dépeint comme un véritable animal, aucun des personnages du film ne pourra être considéré ni comme totalement sympathique, ni comme à 100% antipathique.

La Balance s’impose donc encore sans peine aujourd’hui comme un polar badass aussi tendu que captivant, qui mêle l’action (une poignée de séquences menées avec brio, notamment l’embuscade finale prenant place sur un rond-point encombré) et le drame tout en maintenant tout du long un intérêt accru pour des personnages ni tout blancs, ni tout noirs. D’ailleurs, dans le genre du film policier à proprement parler, il faudrait attendre bien longtemps avant que les français ne parviennent à retrouver un tel niveau d’excellence. Avant la relève, assurée par Olivier Marchal à partir de 2001, seuls Le cousin (Alain Corneau) et le superbe J’irai au Paradis car l’enfer est ici (Xavier Durringer) parviendraient, tous deux en 1997, à égaler le coup de maître de Bob Swaim. Ce qui – le calcul est simple – permit à La Balance de régner incontestablement sur le genre durant une quinzaine d’années.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Éditeur rare et précieux sur le front de la vidéo en France, Le Chat qui fume a toujours pris grand soin, et ce depuis son premier Blu-ray sorti en France en octobre 2015, de proposer au cinéphile français de « beaux objets », propres à fasciner les collectionneurs. A ce titre, le packaging de l’édition Combo Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray de La Balance représente très certainement ce qui ce fait de mieux dans l’hexagone en matière de soin éditorial apporté à un coffret. Le film est en effet présenté sous la forme de deux galettes judicieusement placées de part et d’autre d’un luxueux digipack trois volets surmonté d’un fourreau, l’ensemble nous proposant de plus une maquette du tonnerre, composée par le graphiste « maison » du Chat qui fume, Frédéric Domont, qui a de nouveau ici exercé son Art avec le talent qu’on lui connaît. On a donc vraiment entre les mains une édition collector de grande classe, dotée d’un packaging qui en impose sa race de mère avant même le visionnage du film. Le soin apporté à l’ensemble et la qualité des finitions en font vraiment un superbe objet, qu’on sera très fier de voir trôner sur nos étagères, aux côtés des autres éditions made in Le Chat qui fume bien entendu.

Côté master, la redécouverte de La Balance en Blu-ray 4K Ultra HD permettra au spectateur de se rendre compte, après quarante ans de maltraitances télévisuelles et la sortie en 2001 d’un DVD ne rendant pas justice à sa force visuelle ici retrouvée – à quel point Bob Swaim et son équipe avaient soigné leur représentation de Paris. Le cadre 1.66 retrouve donc ici sa multitude de détails, le tout étant encore renforcé par des noirs profonds, des contrastes forts et une finesse générale du piqué qui mettent en valeur la photo naturaliste de Bernard Zitzermann. Les couleurs sont riches, fortes et vibrantes. En deux mots comme en cent, cette version Ultra Haute-Définition de La Balance nous proposera donc de redécouvrir totalement le film : la plupart d’entre nous n’avaient jamais eu l’occasion de voir le film de Bob Swaim dans de telles conditions. Côté son, le film nous est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 ; l’ensemble alterne entre les moments de calme et les passages d’action, mais le rendu acoustique de l’ensemble est toujours clair et parfaitement équilibré.

Pour la section interactivité, le Blu-ray 4K Ultra HD de La Balance nous propose tout d’abord de nous plonger dans un entretien avec Bob Swaim (1h06), qui permettra au cinéaste d’origine américaine de revenir sur son parcours au cinéma, ainsi que sur la préparation du film « en immersion » avec les équipes de la BT. Il reviendra sur l’arrivée de Maurice Ronet sur le projet, à la suite de la demande des producteurs du film d’avoir une « star » au générique, et le reste du casting, quasiment uniquement composé de débutants et d’acteurs peu connus (il nous expliquera d’ailleurs que Florent Pagny était garçon de café). Il évoquera sa grande liberté sur le tournage, mais également sur la façon dont la phase de montage du film l’a obligé à repenser l’ensemble du rythme de son film. Le rythme posé des propos du cinéaste et sa façon d’aborder de façon logique et articulée les différentes étapes de la production du film fait de cet entretien une véritable petite « masterclass », absolument passionnante de bout en bout.

On continuera ensuite avec un entretien avec Richard Berry (15 minutes), qui évoquera ses souvenirs du tournage du film, et la façon dont il n’avait pu choisir entre le tournage d’Une chambre en ville avec Jacques Demy et celui de La Balance : il s’était donc engagé des deux côtés, terminé le film de Demy à 14 heures pour enchaîner immédiatement de nuit aux côtés de Bob Swaim. Il se remémorera son expérience aux côtés de Nathalie Baye, qui commençait tout juste à sortir avec Johnny à l’époque, se souviendra avoir appris le suicide de Patrick Dewaere sur le tournage, et évoquera la personnalité de Bob Swaim, mais également de ses camarades de jeu Philippe Léotard et Jean-Paul Comart, qui à l’époque était farouchement déterminé à utiliser son nom de naissance, à savoir Jean-Paul Connart. Il évoquera également sa frustration de ne pas avoir été nominé aux César, alors même que la plupart des autres acteurs du film l’avaient été. Enfin, on terminera le tour des suppléments disponibles sur le Blu-ray 4K Ultra HD avec un entretien avec Fathi Beddiar (28 minutes), qui commencera en évoquant ses souvenirs d’enfance liés au tournage du film, avant de se remémorer la façon dont il avait été impliqué dans l’écriture d’un remake de La Balance. Il reviendra sur quelques-uns des choix qu’il avait fait afin de mettre l’intrigue au goût du jour : déplacement de l’intrigue à Marseille, héros issu de l’immigration, Petrovic devenant le vrai méchant de l’histoire… Finalement, bien sûr, le film ne se ferait pas, mais les quelques idées balancées par le scénariste / réalisateur auraient probablement pu donner naissance à un sacré morceau de péloche. Il défendra par ailleurs ses idées en prenant en contre-exemple le récent Bac Nord, qu’il considère comme raté et raciste, l’absence de caractérisation des méchants ayant logiquement mené à une récupération politique du film par Marine Le Pen. Très pertinent et intéressant !

Mais vous le savez bien : avec Le Chat qui fume, quand il n’y en a plus, il y en a encore… Quelques bonus supplémentaires sont en effet disponibles sur le Blu-ray du film : on commencera avec quelques images d’archives du tournage du film (4 minutes), avec une poignée de moments volés sur le plateau qui s’accompagneront de courts entretiens avec Nathalie Baye et Richard Berry, interrogés par Pierre Tchernia. On continuera ensuite avec deux courts-métrages signés Bob Swaim : L’Autoportrait d’un pornographe (1971, 13 minutes) et Vive les Jacques (1973, 16 minutes). Les deux courts sont proposés en définition standard, avec des sous-titres anglais incrustés dans l’image, et pas mal de défauts côté image, mais l’originalité de ces deux petits films vaut tout de même le coup d’œil. On enchaînera ensuite avec le making of du court-métrage Le journal de M. Bonnafous (1970, 12 minutes), un assemblage muet et noir et blanc d’images volées sur le tournage du film, et destiné à nous plonger dans l’atmosphère particulière d’un tournage au début des années 70. Enfin, on terminera avec la traditionnelle bande-annonce du film.

Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site du Chat qui fume.

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