À la une DVD — 27 juin 2019
Test Blu-ray : Haine

 
France : 1980
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Dominique Goult
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h28
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 9 janvier 1980
Date de sortie DVD/BR : 10 juin 2019

 

On ne sait qui il est, ni d’où il vient. Vêtu d’une combinaison blanche, il sillonne les routes de campagne sur sa moto. Le destin le conduit dans un village de la France profonde fraîchement marqué par la mort d’une enfant, fauchée par un deux-roues. Très vite, l’étranger ressent l’indifférence, puis le mépris et bientôt la haine de ces villageois confinés dans leurs préjugés. Seule Madeleine, mère célibataire, accepte de lui venir en aide. Mais tous les hommes du village, jusqu’au maire, ont trouvé en l’étranger leur bouc émissaire…

 


 

Le film

[4/5]

La filmographie de Dominique Goult se limite à cinq longs-métrages, réalisés entre 1977 et 1980. Avec ses quatre premiers films, tournés courant 1977/1978, le cinéaste s’est tout d’abord illustré dans l’Art délicat du cinéma pour adultes, avec des films aux titres remplis de poésie : Les queutardes, Les monteuses, Partouzes perverses et Lèvres gloutonnes. Son cinquième film, sobrement intitulé Haine, est donc également l’unique film « traditionnel » de la carrière de Dominique Goult. Et bien sûr, comme le métier n’aime pas les auteurs un peu trop polissons, le film de Dominique Goult a presque naturellement écopé lors de sa sortie en salles d’une interdiction aux moins de 18 ans, d’ailleurs totalement injustifiée : si ce n’est qu’il développe une ambiance particulièrement lourde, étouffante, le film ne présente aucune scène de nudité, et s’avère finalement d’une violence assez modérée.

Haine suit les démêlés d’un motard incarné par Klaus Kinski avec les habitants d’un petit village de la France profonde persuadé qu’il est l’auteur d’un crime atroce. En un peu moins d’une heure trente, le film mettra en scène le véritable « martyre » d’un étranger ayant juste eu la malchance de tomber au mauvais endroit au mauvais moment. Le terme est d’ailleurs particulièrement adéquat, tant Haine joue ostensiblement la carte de la métaphore christique : l’étranger interprété par Kinski vivra un véritable calvaire, sacrifié par des villageois en état de transe qui le mettront au supplice en le crucifiant littéralement sur un transformateur électrique. Les derniers instants du film, qui mettent en scène le corps du motard exposé dans une église baignée de lumière, peuvent d’ailleurs laisser libre cours à toutes sortes d’interprétations… Le film s’achève en effet sur un lent zoom sur le casque du personnage de Kinski, dans lequel on ne distingue plus son visage. S’agit-il d’une amorce de résurrection pour ce martyr de la France rurale ?

 

 

Mais avant d’être une métaphore sur la vie de Jésus, Haine est surtout un film profondément politique, dénonçant avec force le climat social délétère régnant dans la France rurale à la fin des années 70 et au tout début des années 80. Cette France que Dominique Goult nous donne à voir n’est pas une France de carte postale : le film dresse au contraire le constat d’une France arriérée, gangrénée par le racisme et la xénophobie. Une France repoussante, poujadiste, la France des ratonnades de 1973, celle des faits divers et des « affaires » criminelles : le film par ricochet ravivera au spectateur ses souvenirs de l’affaire Ranucci (dite du « pull-over rouge »), de l’affaire Carrein ou de l’affaire Patrick Henry… « La France a peur » déclarait Roger Gicquel au journal télévisé en 1976, et la France que nous donne à voir Haine ne s’est visiblement pas débarrassée de cette peur irrationnelle de l’étranger, et de son désir de vengeance vis-à-vis de tous ceux qui sortent un peu du rang. « La France a peur et nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois. Parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe, et comme c’est difficile de céder à cette tentation quand on imagine la mort atroce de cet enfant » argumentait Roger Gicquel lors de son J.T depuis devenu un véritable classique de la télévision française.

Ouvertement politique, Haine met donc en scène une France xénophobe et irrécupérable, peuplée d’abrutis et met en scène de façon assez remarquable le phénomène de la « violence collective », de la folie qui peut mener une foule à devenir une assemblée de lyncheurs assoiffés de sang. Cette France, c’est aussi celle que l’on avait pu voir au cinéma dans La traque (Serge Leroy, 1975) ou encore dans Dupont Lajoie (Yves Boisset, 1975). Une France adepte de la loi du Talion et frappant à l’aveugle. La mise en cause de la politique française est d’ailleurs clairement affichée, avec le portrait de Valery Giscard d’Estaing trônant en bonne place dans le bureau du maire.

Pour autant, Haine n’en devient pas un pensum se prenant au sérieux : Dominique Goult n’oublie pas la nature de divertissement de son œuvre, et nous livre une chasse à l’homme tendue et immersive, parsemée d’hommages à quelques chefs d’œuvres des années 70, les clins d’yeux les plus évidents étant bien entendu destinés à Duel (Steven Spielberg, 1971), Mad Max (George Miller, 1979) et Les chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971). On a vu pires références, vous ne croyez pas ?

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

L’éditeur nous a toujours habitué à l’excellence en matière d’édition vidéo, et Haine ne dérogera pas à la règle : le film de Dominique Goult débarque chez Le chat qui fume au sein d’un formidable Combo Blu-ray + DVD dans une édition limitée à 1000 exemplaires, dont le visuel a été créé exclusivement pour cette édition par le talentueux Frhead Domont, collaborateur régulier du Chat. On notera donc comme d’habitude la classe du coffret, contenant le film en DVD et en Blu-ray dans un beau digipack trois volets surmonté d’un fourreau. Un bel objet de collection, chat-peau bas à l’éditeur (wahou, c’est très drôle ça dites donc).

 

 

Côté Blu-ray, le boulot de restauration 2K effectué par Le chat qui fume est tout simplement remarquable : l’éditeur nous propose en effet une copie de toute beauté, respectueuse du léger grain d’origine, avec un ensemble ne manquant ni de précision, ni de piqué. Les couleurs sont éclatantes, les contrastes soignés, l’encodage sans faille. La copie est proposée au format 1.66 respecté, et l’ensemble nous est présenté dans un master propre, rendant un bel hommage (bien mérité) à la photo du film. Côté son, nous avons droit à un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine qui s’avère d’une belle clarté, sans souffle ni craquements disgracieux. Les amateurs pourront également se régaler de la piste musicale isolée. Du très beau travail !

Dans la section suppléments, pas de mauvaises surprises : Le chat qui fume nous a réservé une poignée de bonus très intéressants : on commencera avec un entretien avec Patrice Melennec. L’acteur reviendra dans un premier temps sur sa carrière et les circonstances qui l’ont amené – presque par hasard – à faire du cinéma. Il reviendra ensuite sur les rencontres l’ayant marqué dans le bon ou le mauvais sens (Philippe Noiret, Xavier Gélin, Coluche – vous risquez d’avoir des surprises !), puis de façon un peu plus précise sur Haine, dont la distribution a selon lui été sabordée pour des raisons politiques. S’il ne semble pas conserver une intense affection pour le film, il est en revanche convaincu qu’il aurait été bien meilleur dans son interprétation quelques années plus tard. On le trouve un peu sévère avec lui-même.

 

 

On continuera avec un petit sujet « vintage » dédié au tournage du film (4 minutes environ), et proposant quelques mots de Klaus Kinski et de Dominique Goult. On terminera ensuite avec une sélection de bandes-annonces de films déjà disponibles ou à venir chez Le chat qui fume : l’occasion de vous régaler des trailers de Vigilante, Maniac ou encore du Retour des morts-vivants 3, dont les Blu-ray sont attendus (avec impatience) pour le mois de septembre. Last but not least, on trouvera également au cœur de ce Combo Blu-ray + DVD un insert contenant un petit texte de Christophe Lemaire dans lequel il partage – entre autres digressions – ses souvenirs de la découverte de Haine au cinéma.

Comme d’habitude, vous trouverez cette édition Combo Blu-ray + DVD de Haine sur le site de l’éditeur Le chat qui fume !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles