Freeway
États-Unis : 1996
Titre original : –
Réalisation : Matthew Bright
Scénario : Matthew Bright
Acteurs : Reese Witherspoon, Kiefer Sutherland, Brooke Shields
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Durée : 1h44
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 3 septembre 1997
Date de sortie DVD/BR/4K : 24 avril 2026
Avec une mère qui se prostitue pour payer son crack et un beau-père qui la pelote, Vanessa est loin d’avoir une vie de princesse. Après l’arrestation de ses parents et pour ne pas retourner dans une famille d’accueil, elle décide, tel le « Petit Chaperon Rouge », de partir rejoindre sa grand-mère qui vit dans une caravane à quelques centaines de kilomètres. En chemin, elle rencontre Bob Wolverton, psychologue pour enfants le jour… mais surtout Grand Méchant Loup la nuit !
Le film
[3,5/5]
Revoir Freeway trente ans après sa sortie dans les salles provoque une drôle de sensation. C’est un peu comme si le film de Matthew Bright, cet OVNI typique de la deuxième moitié des années 90, s’était glissé dans les interstices les plus cabossés de l’Amérique pour en extraire une fable tordue, une sorte de conte urbain qui aurait troqué la cape rouge contre un hoodie élimé et les paniers de victuailles contre des traumatismes en vrac. Freeway ne cherche pas à faire joli, mais à faire dans la provoc’ : il préfère les angles qui griffent, les dialogues qui mordent, et les trajectoires humaines qui ressemblent à des lignes de métro dessinées par un enfant hyperactif. Ce chaos n’est jamais gratuit, car Freeway s’attaque à la violence sociale comme d’autres s’attaquent à un mur trop propre : en le taguant de couleurs vives, de sarcasmes et d’une sacrée énergie mongolo-punkoïde.
Le cœur battant de Freeway repose sur Vanessa, ado cabossée qui avance dans la vie comme un bulldozer rose fluo, sans permis mais avec une détermination qui ferait trembler un GPS. Matthew Bright transforme son parcours en odyssée trash, où chaque rencontre semble sortie d’un manuel de survie écrit par un sociologue punk : le film observe la misère affective, la violence familiale et l’errance institutionnelle avec une lucidité qui pique, mais aussi avec une forme de tendresse tordue, comme si le récit murmurait : « oui, c’est moche, mais regarde comme ça avance quand même ». La thématique du conte détourné n’est jamais un gadget : elle sert à montrer comment les mythes rassurants se délitent quand la réalité sociale ressemble à un loup affamé.
Ce qui frappe dans Freeway, c’est la manière dont Matthew Bright filme la laideur sans la fétichiser. Pas de complaisance, pas de posture arty : juste une caméra qui s’accroche aux visages, aux routes, aux intérieurs miteux, comme si elle cherchait à comprendre comment un pays peut fabriquer autant de solitude. Le film joue avec les codes du thriller, du teen movie et du film indépendant des années 90, mais les mélange avec une désinvolture réjouissante. On pense parfois à Kalifornia, à Tueurs nés, ou même à certains éclats de Kids, mais Freeway garde sa propre voix, plus crue, plus insolente, presque joyeusement malpolie. Si Matthew Bright n’atteint certes jamais ici la force de déconstruction d’un Gregg Araki période Doom Generation, son film avance à la façon d’un caddie de supermarché dont une roue refuse obstinément d’aller droit, mais qui parvient tout de même cahin-caha à atteindre la caisse.
L’autre force de Freeway, c’est son rapport au grotesque. Le film ose l’excès, l’hystérie, les ruptures de ton, mais derrière cette façade déjantée se cache une réflexion sur la manière dont la société trie les individus comme des déchets recyclables. Le film montre comment les institutions échouent, comment les adultes trahissent, comment les discours bien-pensants s’effondrent dès qu’on gratte un peu la surface. La mise en scène, nerveuse et parfois volontairement maladroite, épouse cette idée : les cadres tremblent, les couleurs saturent, les visages se déforment, comme si le film lui-même refusait d’être sage. Freeway est un hyperactif sans AVS dans une salle de classe : s’il peut clairement se montrer agaçant à force de faire le petit malin, c’est paradoxalement également son côté vivant et fou qui le rend unique et précieux.
Impossible de parler de Freeway sans évoquer ses acteurs. Encore au début de sa carrière, Reese Witherspoon, future petite fiancée de cette Amérique WASP bien sous tous rapports, explose ici littéralement l’écran : aussi sexy que destroy, elle transforme Vanessa en tornade émotionnelle, mélange de fragilité et de rage, de naïveté et de lucidité brutale. Kiefer Sutherland, en loup moderne, compose un prédateur glaçant, presque trop poli pour être honnête, ce qui le rend encore plus inquiétant. Amanda Plummer, Brooke Shields et les autres seconds rôles complètent ce tableau avec une énergie qui rappelle que Freeway est aussi un film d’acteurs, où chacun semble comprendre qu’il participe à une fable déglinguée mais profondément humaine, qui cherche à dire quelque chose et qui le dit avec une force rare.
Et pour ceux qui s’intéressent à la courte carrière de Matthew Bright derrière la caméra, sachez qu’il a écrit et réalisé Freeway II en 1999. Si le film n’a pas rencontré le même succès que son modèle, le scénariste/réalisateur y poussait encore plus loin son délire, et nous livrait un film que beaucoup de cinéphiles un peu déviants considèrent comme très supérieur à son premier essai. Freeway II est en effet une odyssée aussi hallucinée que punk, un roadtrip possédé où l’imagerie catholique, la violence sociale et la sexualité détraquée s’entrechoquent avec une audace rare. Matthew Bright y fait preuve d’une liberté totale, presque dangereuse, et signe un film furieux, grotesque, visionnaire, qui transforme son chaos en véritable geste de cinéma. Le résultat, d’une liberté totale, frôle parfois la transe cinématographique et confirme l’immense réussite d’un film qui ose tout, jusqu’à l’hypnose.
Le Coffret Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray
[4,5/5]
Le Blu-ray 4K Ultra HD de Freeway édité par Metropolitan Film & Video nous arrive dans un superbe digipack quatre volets avec fourreau, un objet qui semble avoir été conçu pour rappeler que le film a acquis un statut culte au fil des années. Le packaging, élégant sans être tape-à-l’œil, offre une belle présence en rayon et donne l’impression d’ouvrir un grimoire moderne consacré aux marges de l’Amérique. Le disque propose la version uncut (1h44) en 4K Ultra HD, en SDR, ainsi que les versions uncut et salles (1h42) sur le Blu-ray. L’absence de HDR pourrait faire grincer quelques dents, mais le transfert 4K reste solide : l’image gagne en précision, les textures ressortent mieux, et les couleurs retrouvent une densité qui sied parfaitement à l’esthétique crue de Freeway. Les scènes nocturnes, souvent piégeuses, conservent une lisibilité appréciable, et les gros plans gagnent en relief sans trahir le grain d’origine. Côté son, le film nous est proposé dans deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1, en VF comme en VO, tous deux de bonne tenue. La version originale profite d’une spatialisation légèrement plus ample, notamment dans les ambiances urbaines et les séquences de tension, mais la version française reste claire, équilibrée, et respecte l’énergie brute du film. Les dialogues sont nets, les effets bien répartis, et la musique de Danny Elfman trouve une belle présence dans les deux pistes. Le choix entre VF et VO se fera donc davantage par affinité et/ou par habitude que par nécessité technique.
Mais le Blu-ray 4K Ultra HD de Freeway ne se contente pas d’offrir un beau transfert : il déroule une véritable brocante mémorielle, un étalage généreux où chaque bonus ressemble à un fragment de pellicule retrouvé sous un siège de cinéma des années 90. L’ensemble est si fourni qu’on a parfois l’impression que Metropolitan Film & Video a voulu reconstituer l’ADN complet du film, cellule par cellule, comme si Freeway était un organisme rare qu’il fallait préserver dans un bocal de verre. Le premier morceau de choix du Blu-ray 4K Ultra HD est le nouveau commentaire audio de Matthew Bright, en VO sans sous-titres. Pour ceux qui connaissaient déjà le commentaire audio disponible sur le DVD du film, le cinéaste y reste fidèle à lui-même : peu bavard, un peu lunaire, parfois répétitif, mais sincère. Il reviendra sur l’écriture du scénario, sur ses dialogues inspirés des pornos qu’il regardait adolescent – une anecdote improbable mais révélatrice de la manière dont son film mélange trivialité et brutalité – ainsi que sur ses choix de casting, notamment l’abandon de John Travolta et la rencontre avec Amanda Plummer. Il évoque aussi Reese Witherspoon, qu’il compare à Jimi Hendrix, et le rôle d’Oliver Stone, véritable ange gardien du projet. Le commentaire n’est pas sous-titré, ce qui le réserve aux anglophones, mais il a le charme des bonus un peu maladroits : on y entend un réalisateur qui n’essaie pas de réécrire l’histoire, juste de se souvenir.
On continuera ensuite avec un entretien avec Matthew Bright (31 minutes), plus structuré. Le cinéaste y racontera ses débuts improbables comme vendeur de beuh et membre d’Oingo Boingo, reviendra sur sa rencontre avec Oliver Stone, ainsi que sur la manière dont il a puisé dans « Le Petit Chaperon rouge » pour construire une intrigue moderne centrée sur les personnages. Il parlera également de ses inspirations (les “blancs dysfonctionnels” qu’il a côtoyés notamment) et de son désir de capter la lumière et les couleurs de la région frontalière où il a tourné. Il évoque aussi la manière dont Oliver Stone l’a protégé des producteurs.
On enchaînera au cœur de la section « entretiens » avec un entretien avec Samuel Hadida (8 minutes), qui revient sur son envie de produire un cinéma “hors des sentiers battus”. Il raconte comment le script lui est arrivé, comment il a monté le casting avant même d’avoir un scénario finalisé, et comment il croyait dur comme fer au film après son succès au Festival du film policier de Cognac. Hadida ne s’attarde pas sur l’échec au box-office, mais son enthousiasme reste communicatif : on sent un producteur qui aime les paris risqués. On embrayera avec un entretien avec Brad Wyman (19 minutes), qui évoquera Matthew Bright et ses scénarios “à la Bukowski”, racontera l’implication d’Oliver Stone dans le financement du film, et se remémorera les problèmes avec la censure. Il évoquera également le talent de Reese Witherspoon et de Danny Elfman, qui a accepté de signer la musique du film pour la somme d’un dollar symbolique et un débroussaillage de jardin. Amusant. Le module suivant est un entretien avec Maysie Hoy (17 minutes), dans lequel la monteuse du film raconte comment elle a « apprivoisé » Matthew Bright et ajusté le montage pour contourner la censure.
Les entretiens avec Wolfgang Bodison (11 minutes) et Robert Peters (12 minutes) sont plus modestes mais très attachants. Wolfgang Bodison raconte comment il a décroché son rôle sans audition, comment il a étudié les procédures policières, et comment il a froissé Dan Hedaya par excès de confiance. Robert Peters, lui, parle de son rôle de flic infiltré, de son admiration pour Amanda Plummer, et de la projection ratée à Sundance, où le public n’a pas compris le film. Enfin, l’entretien avec Leanna Creel et Monica Lacy (25 minutes) offre un module étonnamment riche. Les jumelles, surprises d’être sollicitées pour un bonus alors qu’elles n’apparaissent que quelques minutes à l’écran, parlent de la violence de leurs scènes, de leur transition depuis les productions Disney, et de leur admiration pour Reese Witherspoon. On terminera avec les scènes coupées (7 minutes) et la traditionnelle bande-annonce.
Là où la galette 4K se concentre sur les modules les plus récents, le Blu-ray offre un panorama plus brut, recyclant les bonus déjà disponibles sur l’édition DVD Collector de 2010. On commencera donc avec le commentaire audio de Matthew Bright (VOST), dans lequel le cinéaste adopte un ton presque scolaire, comme s’il décrivait son film en temps réel, image après image. Il commente littéralement ce qu’il voit, ce qui peut surprendre, mais cette approche naïve a son charme : elle donne l’impression d’assister à une projection privée où le réalisateur redécouvre son œuvre avec un mélange de distance et de nostalgie. Bright évoque quelques anecdotes de tournage, revient sur certains choix de mise en scène, mais sans jamais chercher à intellectualiser son propos. On enquillera avec un entretien avec Matthew Bright (15 minutes). Le scénariste / réalisateur y parle de sa femme, source d’inspiration majeure pour le personnage de Vanessa, et explique pourquoi il a choisi d’adapter « Le Petit Chaperon rouge » : un conte très cinématographique, selon lui, parce qu’il repose sur une structure simple et universelle. Il revient sur la manière dont Oliver Stone a cru au projet, comment il a convaincu Kiefer Sutherland, et comment le film s’est monté malgré les réticences de certains producteurs.
On passera rapidement sur l’entretien avec Samuel Hadida (8 minutes), repris sur le Blu-ray 4K Ultra HD, pour s’attarder sur un bref entretien avec Amanda Plummer (3 minutes), qui revient sur son personnage, un entretien avec Danny Elfman (5 minutes), compositeur et ami d’enfance de Matthew Bright, et un entretien avec Oliver Stone (8 minutes), qui reviendra sur Freeway et sa vision d’une Amérique où la prison est devenue une industrie. Enfin, le Blu-ray propose un making-of / images du tournage (12 minutes), avec des extraits d’interviews promotionnelles, des images de plateau, et quelques moments volés du tournage.























