Test Blu-ray : Kalifornia – Réédition 2022

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Kalifornia

États-Unis : 1993
Titre original : –
Réalisation : Dominic Sena
Scénario : Stephen Levy, Tim Metcalfe
Acteurs : Brad Pitt, Juliette Lewis, David Duchovny
Éditeur : BQHL Éditions
Durée : 1h58
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 8 septembre 1993
Date de sortie DVD/BR : 27 avril 2022

Brian et Carrie, deux étudiants passionnés, préparent un ouvrage sur les tueurs en série et partent à la recherche des lieux des crimes les plus sanglants. Pendant leur périple, ils font la connaissance de Early et de sa petite amie Adele. Rapidement, la véritable nature d’Early émerge, violente et brutale. Brian et Carrie, terrifiés, se trouvent alors au cœur même de leur sujet…

Le film

[4/5]

Découvert en France à l’automne 1993, Kalifornia s’est inscrit, un peu malgré lui peut-être, dans la mouvance d’un certain « cinéma de la violence » post-Tarantino. Les éclairs de violence sauvage et imprévisible, l’importance des dialogues, le récit très américain, l’enchaînement de décors « typiques » (motels, dinners, stations essence…), mais également la présence au casting de Brad Pitt et Juliette Lewis sont ainsi autant de raisons qui vaudraient au film de Dominic Sena de se voir affilié à des films tels que True Romance ou Tueurs nés, et ce même si Quentin Tarantino n’a finalement absolument rien à voir avec le film qui nous intéresse aujourd’hui.

Pour autant, comme les premiers films écrits et/ou réalisés par Tarantino, Kalifornia fait tout de même l’objet d’un culte ardent – et encore assez vivace – de la part de spectateurs natifs de la fin des 70’s / début des années 80, qui l’ont découvert à l’adolescence – voilà un film qui a sans doute grandement contribué, pour de très nombreux d’entre eux, à forger les bases de leur cinéphilie naissante. Avec une trentaine d’années de recul supplémentaire, il semble aujourd’hui plus qu’évident que Kalifornia ne lorgnait pas forcément consciemment du côté de chez Tarantino, mais s’inscrivait plutôt dans une certaine tradition du « Film Noir » teinté de road-movie.

La présence dans le récit d’un couple d’amoureux en cavale pourra également évoquer des films tels que Bonnie et Clyde (Arthur Penn, 1967) ou La Balade sauvage (Terrence Malick, 1973). Mais l’ouverture de Kalifornia, amenée au spectateur de façon extrêmement stylisée – tout à la fois sombre et élégante – renvoie également à la grande tradition du Film Noir américain des années 40, et plus particulièrement à la séquence d’ouverture des Amants de la nuit (Nicholas Ray, 1948). D’amples plans aériens survolent la nuit sous une pluie battante. Alors que la scène ne semble éclairée que par les éclairs, qui illuminent une ruelle et nous permettent de distinguer une jeune femme aux escarpins rouges monter dans la voiture d’un homme, Dominic Sena nous montre également, par un habile montage alterné, qu’un vagabond les observe d’un point de vue surélevé : alors que la voiture passe sous le viaduc où était caché le mystérieux personnage, ce dernier se saisit d’un gros rocher, qu’il jette sur le véhicule, ce qui provoque un accident spectaculaire.

Après cette glaçante introduction, Dominic Sena, avec l’aide de son talentueux monteur Martin Hunter (Full Metal Jacket) fait le choix d’alterner les scènes de « présentation » des deux couples au cœur de Kalifornia – deux couples aux antipodes de l’échelle sociale. D’un côté, nous avons donc Brian et Carrie (David Duchovny et Michelle Forbes), deux intellectuels artistes un peu « bobo », mais néanmoins attirés par le côté obscur de l’être humain : lui est un journaliste spécialisé dans les meurtres en série, elle est une photographe spécialisée dans l’érotisme un peu glauque. Brian et Carrie aspirent à quitter Pittsburgh pour trouver un nouveau souffle professionnel en Californie. A l’autre extrémité de l’échelle sociale, nous ferons connaissance avec Early et Adele (Brad Pitt et Juliette Lewis). Lui est un ex-détenu porté sur la bouteille (et sur les coups), elle est une victime du système, douce mais légèrement attardée, vivant dans son monde à la manière d’une autiste. Ils vivent dans une caravane et subissent la pression de leur propriétaire, qui veut les obliger à lui régler plusieurs loyers de retard.

Rien ne prédestinait les deux couples à se rencontrer, mais ils se retrouveront dans une certaine idée de « fuite en avant », les quatre protagonistes se dirigeant à l’aveuglette vers une Californie vue comme un Eldorado qui leur permettra de prendre un nouveau départ. De fait, l’intrigue de Kalifornia prendra clairement le temps d’installer ses personnages tout autant que son atmosphère : le film est conçu par Dominic Sena comme un thriller « diesel », à combustion lente, qui fera petit à petit monter la pression vis-à-vis du public jusqu’au moment où Early craquera, et révélera sa véritable nature de psychopathe – et l’on sent bien, dès les premières minutes du film, que l’explosion est inévitable.

Habile, le scénario de Kalifornia, signé Stephen Levy et Tim Metcalfe établit un intéressants parallèles entre Brian et Adele, afin de montrer à quel point ces deux personnages sont soumis à leurs partenaires respectifs. Carrie est en effet extrêmement dominatrice vis-à-vis de son compagnon, et pas uniquement du point de vue sexuel : elle fait en effet preuve d’un comportement assez condescendant vis-à-vis de Brian, et n’hésite pas à le rabaisser brutalement, voire même à lui porter des coups. Brian est donc mis au même niveau qu’Adele en ce qui concerne sa relation intime, et par extension, les scénaristes de Kalifornia n’hésiteront pas à utiliser ce caractère effacé pour développer chez le personnage une fascination pour Early qui pourrait même confiner à un attirance sexuelle refoulée, particulièrement subtilement exprimée à l’écran par le jeu de David Duchovny.

De son côté, si le personnage incarné à l’écran par Juliette Lewis pourra être considéré comme une rescapée, voire même comme une dure à cuire à sa manière si l’on considère les abus dont elle a été victime dans le passé, elle n’en demeure pas moins entièrement soumise à Early, et se persuade qu’elle mérite le fait d’être à nouveau victime de violences verbales ou physiques de sa part. Véritable « mâle Alpha » au cœur de l’intrigue de Kalifornia, Early prendra donc tout à la fois l’ascendant sur Brian et sur Adele, les manipulant tous deux à sa guise. Il n’est ainsi pas tellement étonnant que les vingt dernières minutes du film se concentrent quasi-exclusivement sur un face-à-face entre Carrie et Early, auquel Michelle Forbes et Brad Pitt apporteront une intensité absolument remarquable.

On notera d’ailleurs que Brad Pitt nous offre vraiment avec Kalifornia l’une des compositions les plus originales et les plus barrées de sa carrière : il est littéralement impeccable dans la peau d’Early, le pervers narcissique meurtrier tendance redneck crado. Sa prestation ne se contente d’ailleurs pas de donner le frisson au spectateur : elle porte littéralement toute la première moitié du film. Cependant, et malgré ses qualités évidentes, Kalifornia n’est cependant pas tout à fait dénué de défauts. La principale faiblesse du film de Dominic Sena réside probablement dans sa narration en voix off du dernier ridicule, livrée par Brian d’une manière pseudo-philosophique, mi-risible mi-plombante, et qui tend de plus malheureusement à laisser échapper certains indices quant à la résolution de l’intrigue et la fin de ce road trip aussi passionnant que parfois assez éprouvant dans son genre.

Le Blu-ray

[4/5]

Sorti en Blu-ray courant 2011 et épuisé, Kalifornia vient donc de s’offrir une nouvelle édition au format Haute-Définition grâce au talent et à l’implication de BQHL Éditions, un éditeur qu’on aime tout particulièrement sur critique-film. Et dès les premiers plans, on constatera que le boulot de restauration 2K a été fait avec soin : le grain d’origine est bien là, le piqué est d’une belle précision, l’image est stable, bref, l’ensemble affiche une forme assez insolente et rend un bel hommage à la sublime photo du film signée Bojan Bazelli (Body Snatchers). Côté son, VF et VO bénéficient d’un mixage LPCM Audio 5.1, et les deux s’avèrent parfaitement clairs et équilibrés. Faisant preuve d’un dynamisme plus que correct, les deux pistes s’avèrent d’une belle générosité et nous offrent une immersion optimale au cœur du film.

Du côté des bonus, BQHL Éditions nous propose tout d’abord une intéressante présentation du film par Stéphane Moïssakis (23 minutes). Après avoir fait appel à Rafik Djoumi pour assurer les présentations de Severance ou encore de Deux flics à Chicago, l’éditeur est donc allé chercher une des autres plumes incontournables de Capture Mag pour remettre le premier film de Dominic Sena dans son contexte de tournage. De la genèse du scénario en passant par la formation du réalisateur, le casting et le tournage du film dans le cadre spécifique des productions indépendantes, tous les aspects de Kalifornia sont abordés. La présentation est d’ailleurs tellement riche dans son genre qu’elle en parviendrait même à rendre un peu redondant l’entretien avec le réalisateur Dominic Sena (25 minutes), qui reviendra, entre autres, sur la façon dont il a distribué les rôles et pourquoi son choix s’est porté sur Brad Pitt, Juliette Lewis, Michelle Forbes et David Duchovny.

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