Arras 2017 : Marie Curie


Pologne, Allemagne, France, 2016
Titre original : Marie Curie The Courage of Knowledge
Réalisateur :
Scénario : Marie Noëlle et Andrea Stoll
Acteurs : , Arieh Worthalter, , Malik Zidi
Distribution : KMBO
Durée : 1h40
Genre : Biographie filmique
Date de sortie : 24 janvier 2018

Note : 2/5

Marie Curie était une femme d’exception : la première à prouver que la science n’était pas le domaine exclusif des hommes, ce qui lui a valu de nombreux honneurs, parfois attribués tardivement, comme cette inclusion dans le Panthéon national, des décennies après sa disparition, alors que ses contemporains masculins y reposaient depuis longtemps. Rien de plus facile, à première vue, que de rendre hommage par le biais du cinéma à une telle femme, qui était certes source de controverses à son époque, mais qui a depuis reçu toute la reconnaissance qu’elle mérite. Hélas, la Marie Curie de Marie Noëlle est tout sauf le portrait saisissant d’un personnage hors pair, en mesure de bouleverser le statu quo social et professionnel. La faute à un parti pris formel au moins appliqué de façon cohérente, qui consiste à faire passer la vie de la chercheuse derrière un voile épais de dispositifs esthétiques clinquants, dont le caractère répétitif et en fin de compte prévisible est au moins aussi agaçant que la distance qu’il instaure irrémédiablement entre le spectateur et des personnages, qui sont alors guère plus que des pions superficiels dans le grand dessein alambiqué de la réalisatrice.

Synopsis : En 1903, Pierre et Marie Curie reçoivent ensemble le prix Nobel de physique pour leurs recherches sur le radium. Leur relation fusionnelle se traduit ainsi brillamment dans un champ d’études largement dominé par les hommes. Quand Pierre meurt soudainement dans un accident de la route, sa veuve, d’abord inconsolable, décide de poursuivre seule les travaux entamés avec lui, qui laissent espérer notamment une thérapie pour guérir le cancer. Elle devra se battre bec et ongles contre une profession, nullement disposée à lui faire les mêmes faveurs qu’à son mari. En plus, sa liaison avec le physicien Paul Langevin, un homme marié, met en péril sa réputation, alors que l’Académie suédoise pense à nouveau à elle, cette fois-ci pour le prix Nobel de chimie.

Monter la corde raide

Les recherches de Marie Curie étaient si fondamentales et exigeantes, que leur vulgarisation dans un film grand public relève forcément de l’impossible. Sans surprise, Marie Curie reste par conséquent dans des termes très vagues, lorsqu’il s’agit de montrer en quoi le travail de cette femme précurseur a jadis su révolutionner d’abord la physique, puis la chimie. Le seul support matériel pour véhiculer ses avancées est cette matière bleue à la brillance hypnotisante, qui pouvait apporter soit le salut, soit la destruction définitive à une humanité alors en quête de nouveaux horizons existentiels. Le rôle de figure de proue sociale que Marie Curie endossait presque malgré elle paraît par contre intéresser davantage Marie Noëlle. Son scénario, aussi bancal et décousu soit-il, privilégie du coup le côté « roman de gare » d’une biographie sans doute trop pointue et élitiste, si elle n’était abordée que sous son angle scientifique. Aucune profondeur n’est ainsi à noter, ni dans les innombrables démarches administratives du personnage principal, pratiquement toujours vouées à l’échec à cause de l’esprit sèchement conservateur de ses confrères, ni dans son second éveil à l’amour. Ce dernier est représenté sur un ton aussi convenu et peu engageant que son attachement initial à Pierre Curie, qui voit surtout apparaître le pauvre Charles Berling en fantôme jusqu’à ce que sa veuve se libère comme par miracle de son emprise, afin de rechercher son bonheur conjugal ailleurs.

Contre-jour à travers une vitre

Notre problème majeur avec ce film sans doute bien intentionné – mais ne le sont-ils pas tous, dès que leur ambition principale ne relève pas du raisonnement commercial ? – est cependant son empressement écœurant à rendre le récit conforme à la volonté esthétique manifeste de la réalisatrice. En dehors d’un montage plutôt déroutant, dont Marie Noëlle signe aussi au moins partiellement responsable, qui n’aide en rien à maquiller les nombreuses transitions entre des séquences dépourvues d’une finalité dramatique quelconque, c’est surtout l’aspect visuel du film qui représente un véritable puits sans fond de frustrations. Tandis que des mouvements de caméra illustratifs ou bien des perspectives artificiellement bouchées servent dans la plupart de films en tant que figure de style secondaire, employée pour rendre le vocabulaire formel plus expressif à un moment donné, ils remplissent ici notre champs visuel du début à la fin. La mise en scène ne manque ainsi pas une occasion pour faire déambuler l’œil de la caméra à travers des cadrages inutilement complexes, encore tant soit peu défendables dans le contexte du laboratoire des Curie, mais de plus en plus vains, au fur et à mesure que l’intrigue aurait dû prendre une identité propre, clairement définie et donc exprimée. En somme, tout ce que la narration accomplit est de tourner autour du pot des enjeux réels du parcours exceptionnel de Marie Curie, au profit d’un projet artistique beaucoup trop superficiel et limité pour refléter avec conviction et originalité la vie de cette femme étendard. Cela est d’autant plus dommage que sa cause vaut plus que jamais d’être défendue de nos jours.

Conclusion

Notre couverture du commence hélas avec une amère déception. Il n’y a en effet pas grand-chose à sauver dans ce film, qui pose énormément, mais qui n’a quasiment rien à dire. Car Marie Curie n’est même pas une biographie filmique classique, dont l’académisme serait bêtement soporifique. C’est un film soi-disant artistique, qui met sa forme indigeste avant son fond, quitte à rebuter tous ceux qui espéraient enfin un monument cinématographique à la hauteur des accomplissements de Marie Curie. Et ce n’est certainement pas le générique de fin absurde, où l’on voit l’actrice principale Karolina Gruszka se promener en costume dans le Paris d’aujourd’hui, qui nous fera changer d’avis !

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles