Comédie Critiques de films — 30 décembre 2015
Critique : Le Grand partage


France, 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Alexandra Leclère
Acteurs : , ,
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h41
Genre : Comédie sociale
Date de sortie : 23 décembre 2015

Note : 2,5/5

Toute l’étendue de la ringardise française est passée au crible dans cette comédie faussement engagée. L’indignation sociale face à la crise des mal logés y sert au mieux de prétexte pour une mise à l’épreuve du confort matériel et idéologique d’un microcosme hautement stéréotypé. Le lien entre la réalité et la fiction est en fait ténu dans ce film qui arrive au moins quelques semaines trop tôt sur nos écrans, au vu des conditions météorologiques particulièrement clémentes en cette période de fêtes. A moins que son retard ne soit encore plus important, puisque les préoccupations collectives se portent bien plus sur la question de la sécurité et celle de l’identité nationale par les temps qui courent, que sur une pénurie de logements décents qui est hélas faite pour durer. En cela, Le Grand partage peut malgré tout se targuer d’être dans l’air du temps : ses personnages s’agitent beaucoup et ne tarissent pas de propos enflammés, mais en fin de compte ils n’accomplissent strictement rien. Un peu à l’image de la mise en scène transparente de Alexandra Leclère ou – si l’on veut pousser l’analogie de l’inertie encore plus loin – la classe politique française dans son ensemble.

Synopsis : Face à une période de froid hivernal très marquée, le gouvernement français prend la mesure d’urgence de réquisitionner les appartements inoccupés ou disposant de pièces vides. Dans un immeuble luxueux du 6ème arrondissement de Paris, l’annonce de ce nouveau décret, limité dans le temps, fait l’effet d’une bombe. Tandis que les propriétaires favorables à cette hospitalité forcée sont clairement minoritaires, les autres font de leur mieux pour contourner cette obligation encombrante. Soit ils prennent la fuite comme ce vieux couple juif, qui préfère encore se tasser avec ses affaires dans un studio, plutôt que de partager son espace intime, soit ils font jouer leurs relations pour être exemptés d’accueillir un inconnu chez eux, tels la famille Dubreuil très bourgeoise et leurs voisins du dessus, des bobos qui peinent à mettre en action leurs convictions altruistes.

L’angoisse discrète de la bourgeoisie

Le jeu avec les phobies des fortunés bien-pensants manque sérieusement de subtilité dans cette comédie que l’on pourrait aisément dénigrer comme un amas de clichés, agencés selon un mode opératoire ennuyeusement théâtral. Le ton exacerbé dès les premières minutes n’agence à aucun moment une parenthèse de réflexion sur le bien-fondé de cette farce, dont le sujet nous fait plutôt penser aux comédies des années ’70, militant jadis avec plus de crédibilité en faveur d’une plus grande égalité sociale. Le propos du scénario est d’ailleurs fâcheusement flou, ne sachant pas trop sur quel pied danser pour à la fois ridiculiser la réaction des riches coincés et préserver un minimum de dignité à leurs invités involontaires. A cause d’une prémisse horriblement bancale, qui est de surcroît annoncée dans des termes extrêmement peu clairs, l’intrigue se traîne sans trop d’entrain d’une crise de nerfs à l’autre. Car les névroses de tous les personnages, sans exception, se distinguent par leur stérilité, qui empêche d’emblée toute interaction enrichissante entre eux et qui freine encore plus le moindre attachement de la part du spectateur envers ce cirque, pris au piège d’une situation potentiellement enrichissante. Tôt ou tard, le réflexe de rejet s’amenuise même chez les récalcitrants les plus catégoriques à la mesure. Mais à ce moment-là, nous avons déjà perdu tout intérêt à nous impliquer affectivement dans leur démarche d’ouverture qui n’en est pas vraiment une.

On va y arriver … ou pas

Une fois l’hiver passé, avec ses engueulades, ses dénonciations calomnieuses et sa laborieuse prise de conscience qu’un monde existe au-delà des privilèges, une normalité guère plus progressiste s’installe à nouveau. Tout ça pour ça, aurait-on alors tendance à se dire, après une heure et demie d’antagonismes grossiers qui sollicitent à tort et à travers des noms d’oiseau d’un autre âge et qui vont même jusqu’à colporter des préjugés navrants sur les conditions de travail à Disneyland Paris. Au lieu de boucler la boucle du snobisme français et en dépit de l’éveil d’une lubricité sans doute saisonnière, le retour à la case départ nous fait davantage penser que la réalisation ne savait pas, elle non plus, quelle leçon tirer de cette histoire au trait forcé. Elle nous laisse donc avec un film d’une très grande médiocrité, où l’on retrouve une troupe de comédiens habituellement associés à ce genre de divertissement populaire dépourvu d’ambitions, comme Didier Bourdon, Valérie Bonneton et , ainsi que quelques transfuges d’un cinéma plus exigeant en la personne de Karin Viard et de .

Conclusion

Le Grand partage n’a pas grand-chose à partager avec ses spectateurs, ni son humour largement absent, ni un regard saisissant sur le déséquilibre social dans un pays en crise. C’est une comédie inconsistante, qui ne nous a inspiré qu’une indifférence polie, face au traitement si caricatural d’un sujet digne de considérations sensiblement plus sincères.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles