Critiques de films Western — 06 janvier 2017
Critique : Le Dernier des géants


Etats-Unis, 1976
Titre original : The Shootist
Réalisateur :
Scénario : Miles Hood Swarthout et Scott Hale, d’après le roman de Glendon Swarthout
Acteurs : , , ,
Distribution : CIC
Durée : 1h39
Genre : Western
Date de sortie : 17 août 1977

Note : 3/5

Comme toute légende hollywoodienne qui se respecte, John Wayne dispose d’une longue et illustre carrière. Il a tourné dans tellement de films que l’on peut aisément oublier les médiocres et les mauvais pour se concentrer sur les bons, voire les chefs-d’œuvre. Cependant, John Wayne est avant tout un mythe, l’ambassadeur suprême d’une certaine conception de l’Amérique, patriote et droit dans ses bottes. Peu de vedettes ont eu le privilège de soigner autant leur sortie, de faire leurs adieux avec une telle dignité. Il a su le faire par l’intermédiaire d’un majestueux coup double : le reflet de sa décrépitude personnelle, amorcée dans la vie réelle par un cancer qui allait l’emporter trois ans plus tard, et la difficulté de préserver le mythe sans en faire une attraction de foire. Vous l’aurez compris, Le Dernier des géants est un chant de cygne profondément mélancolique, plus un drame de vieillesse débordant d’introspection nostalgique qu’un ultime sursaut rigoureux du western, un genre au moins aussi moribond au milieu des années 1970 que son acteur principal.

Synopsis : En janvier 1901, le vieux tireur J.B. Books consulte le docteur Hostetler, qui l’avait déjà rafistolé lors d’une fusillade célèbre des années auparavant. Le diagnostic confirme les pires craintes de Books : il est atteint d’un cancer et n’aura plus que quelques semaines à vivre. Le peu de temps qu’il lui reste, il compte le passer paisiblement dans la pension de la veuve Rogers. Or, la nouvelle de son arrivée se répand rapidement dans la ville. Tout un chacun, du marshal jusqu’au journaliste local, en passant par d’anciennes connaissances, tente alors de tirer profit de la présence crépusculaire de Books, qui observe cette agitation autour de sa personne avec un dégoût croissant.

Requiem pour une légende

En 1976, John Wayne n’était certes pas atteint d’un cancer à proprement parler. Sa santé et sa carrière étaient néanmoins en (très) mauvais état. Rétrospectivement, l’insistance sur la maladie de son personnage a ainsi quelque chose de tristement prémonitoire. Le plus important dans le cadre de ce film est par contre la prise de conscience de la fin d’une ère : celle des héros de l’Ouest sur le chemin de la civilisation et celle de ces héros virils et sans reproche que Wayne s’était fait une joie d’interpréter avec conviction depuis près d’un demi-siècle. Le récit agit en parallèle sur ces deux tableaux, multipliant les signes extérieurs de l’évolution du cadre de vie, telles l’eau courante, l’électricité et les premières automobiles, et ne manquant pas une occasion de souligner la proximité d’une mort certaine pour le protagoniste résigné. La morbidité qui se dégage de cette approche est d’ailleurs pleinement assumée, d’autant plus que les indices d’une quelconque vitalité ou d’un passage de relais lucide se font extrêmement rares. C’est bien simple, Le Dernier des géants est un monument filmique à l’honneur de Wayne, une tentative de testament de la part d’un acteur, qui se savait sans doute déjà condamné, sinon à la mort au moins à l’inactivité.

Il en met du temps pour clamser

Il est alors dommage que le ton du film ne tente jamais sérieusement de se défaire d’une complaisance lénifiante. Déjà un anachronisme ambulant à une époque où le western en voie de disparition ne servait plus qu’à régler ses comptes avec des mythes mensongers sur la conquête de l’Ouest, Le Dernier des géants est assez anémique dans sa facture, comparé aux pamphlets les plus brûlants dans la filmographie de Don Siegel. A commencer par son aspect visuel, sobre et efficace, quoique dépourvu d’un lyrisme plastique qui aurait pu lui conférer un cachet plus prestigieux. De même, il persiste quelque chose de foncièrement répétitif, voire de schématique, dans le passage des personnages secondaires au chevet de J.B. Books. Tandis que la démarche inverse – le héros parcourant comme une bête traquée la ville pour chercher in extremis un soutien contre l’arrivée imminente des bandits – avait insufflé une force narrative redoutable vingt-cinq ans plus tôt à Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann, un concept comparable à la prémisse diamétralement opposée nous procure dans le cas présent presque un sentiment de lassitude. Ce dernier n’est guère balayé par la fusillade finale, amplement préparée, mais exécutée, elle aussi, selon une mécanique plus calculée qu’investie par un air de tragédie, à la démesure de la star âgée désormais prête à quitter l’affiche.

Conclusion

Même si dans nos souvenirs lointains, cette dernière étape mûrement réfléchie de la carrière de John Wayne était encore plus somptueuse que ne l’est réellement ce western joliment démodé, Le Dernier des géants compte sans conteste parmi les chants de cygne les plus honorables de l’Histoire du cinéma. Le vieux patriarche s’y laisse glorifier comme il se doit, entouré de ses contemporains comme Lauren Bacall, James Stewart et , mais sans vraiment saisir l’opportunité de passer le flambeau à la jeune génération, représentée ici par un Ron Howard sur le point de passer derrière la caméra l’année suivante.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles