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Critique : La Lune de Jupiter


Hongrie, Allemagne, 2017
Titre original : Jupiter Holdja
Réalisateur :
Scénario : Kornél Mundruczó et Kata Weber
Acteurs : Merab Ninidze, , György Cserhalmi, Moni Balsai
Distribution : Pyramide
Durée : 2h08
Genre : Fantastique
Date de sortie : 22 novembre 2017

Note : 3/5

On n’ira pas jusqu’à affirmer que la frustration aiguë provoquée par le film précédent de Kornél Mundruczó nous inspirait une appréhension tenace face à son nouveau, présenté cette année en compétition au Festival de Cannes. Il faut en effet reconnaître que White God était une affaire de goût et que, de toute façon, chaque œuvre cinématographique tant soit peu ambitieuse produite dans le contexte culturel épineux de la Hongrie vaut la peine d’être découverte, voire soutenue. Si La Lune de Jupiter constitue donc un tour de force d’un point de vue technique, en mesure de rivaliser avec les superproductions dernier cri de Hollywood, quel est le fond dramatique et moral qui justifie ce déchaînement carrément hypnotisant d’effets spéciaux ? A ce niveau-là, le sixième long-métrage du réalisateur nous a certes laissé un peu sur notre faim. Il n’empêche que le style visuel mi-tourbillonnant, mi-aérien, ainsi que la caméra qui ne ralentit guère son mouvement endiablé, créent très bien l’illusion. A tel point que le raisonnement pris en étau entre les bassesses de la corruption et la nature quasiment messianique de l’ambassadeur de l’apesanteur paraît presque secondaire, dans ce film globalement plus maîtrisé que la meute de chiens d’il y a trois ans.

Synopsis : Le jeune Syrien Aryan Dashni et son père sont sur le point de se réfugier en Europe, lorsque leur groupe d’immigrés clandestins est intercepté par la police des frontières hongroise. Aryan réussit d’abord à s’échapper seul, mais est rattrapé par le commissaire Laszlo qui lui tire dessus par accident. Alors qu’il aurait dû succomber à ses blessures, il reçoit miraculeusement le pouvoir de voler. Admis dans un camp de transition, il y fait la connaissance du docteur Stern, un alcoolique qui cherche à racheter ses fautes du passé en aidant les réfugiés à s’évader en échange d’argent. Stern ne tarde pas à anticiper les possibilités commerciales qui s’offrent à son jeune patient et l’emmène avec lui à Budapest.

Cours sans te retourner

Les morceaux de bravoure formels ne manquent pas dans La Lune de Jupiter. Sans que le réalisateur ne s’engage dans une course à la surenchère aux séquences haletantes, ces dernières ponctuent le récit en privant les personnages et les spectateurs de quelque moment de répit que ce soit. Même si l’on fait abstraction de la demi-douzaine de vols à l’allure poétique, les poursuites à pied ou en voiture, qui forment plutôt un contrepoint horizontal par rapport à eux, comptent parmi les éléments les plus fascinants du film. Curieusement, c’est à cet instant-là qu’intervient l’effet le moins crédible, car le moins bien exécuté, en l’occurrence une voiture roulant à contre-sens que les poursuivants arrivent tout juste à éviter. Sinon, la maîtrise des moyens techniques est quasiment parfaite, nous bluffant constamment grâce à une fluidité à laquelle il s’avère impossible d’échapper. Ce n’est par contre pas seulement la frénésie du rythme qui nous fait penser ici à Les Fils de l’homme, le conte lugubre d’anticipation signé Alfonso Cuaron, où il était déjà question d’un être à part. Dans les deux films, l’un comme l’autre tributaires d’un monde en plein déclin, l’enjeu de toutes les convoitises est dissimulé sous les traits d’une innocence enfantine, le symbole de l’espoir qui exige malgré lui des sacrifices presque surhumains.

Des frites en lévitation

Tout comme le sort du protecteur désabusé importait alors sensiblement plus à l’odyssée de la première grossesse depuis des lustres que la personnalité à proprement parler de la future mère, dans le cas présent, l’aspect angélique d’Aryan le soustrait en quelque sorte à un examen scénaristique plus approfondi. Aussi gracieux le jeu de Zsombor Jéger soit-il, l’accent de l’intrigue est davantage mis sur son père indigne de substitution. Les motivations de ce médecin à peu de choses près destitué n’ont en effet rien d’exemplaire. Au mieux, on peut le considérer comme le porte-parole ravisé sur le tard d’un état d’esprit hongrois dangereusement parti à la dérive. Le cynisme ironique inhérent à son expression verbale et corporelle établit en toute circonstance un écran de fumé, derrière lequel se cachent à la fois son protégé de moins en moins dupe du plan misérablement machiavélique de Stern et, à notre grand regret, le projet dramatique plus large du film. Tandis que les rouages scénaristiques du récit ne font guère de doute, avec cette montée en crescendo de la menace qui accentue au fur et à mesure la gravité de la situation, il nous semble beaucoup plus ardu de comprendre où Kornél Mundruczó veut en venir avec sa parabole. Celle-ci est certes bien dans l’air du temps – les deux thèmes primordiaux de l’actualité, les réfugiés et le terrorisme, y font leur apparition peu subtile –, mais néanmoins trop peu claire pour réellement nous y faire adhérer affectivement.

Conclusion

Qu’est-ce que ce serait bien de pouvoir s’évader de ce bas monde gangrené en s’envolant afin de prendre de la hauteur ! La Lune de Jupiter exauce en quelque sorte ce rêve vieux comme l’humanité d’une manière qui n’appartient qu’à Kornél Mundruczó, c’est-à-dire en adjoignant aux prouesses techniques – mention spéciale au chef opérateur pour ses envolées visuelles – un cadre dramatique prédestiné presque exclusivement à brouiller les repères. La seule qualité indiscutable à tirer de ce film est donc son esthétique du lâcher-prise, avec en face des délires ésotériques pour lesquels il nous paraît beaucoup plus compliqué de s’enthousiasmer sans retenue.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles