Critique : La Femme au tableau

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La Femme au tableau

Royaume-Uni, 2015
Titre original : Woman in Gold
Réalisateur : Simon Curtis
Scénario : Alexi Kaye Campbell, d’après les mémoires de E. Randol Schoenberg et Maria Altmann
Acteurs : Helen Mirren, Ryan Reynolds, Daniel Brühl, Katie Holmes
Distribution : SND
Durée : 1h49
Genre : Drame
Date de sortie : 15 juillet 2015

Note : 3/5

Comment peut-on sérieusement en vouloir à Helen Mirren pour quoique ce soit ? Septuagénaire depuis quelques jours, l’actrice jouit toujours de la réputation intouchable que mérite cette grande dame du cinéma international, sublimée par une force de séduction érotique que l’on s’étonne d’associer à une femme de son âge. Pour faire bref, Helen Mirren a la classe, peu importe qu’elle s’amuse dans des productions commerciales ou qu’elle se distingue dans des rôles plein de noblesse, qui enrichissent au mieux sa filmographie déjà impressionnante. Ainsi, La Femme au tableau est de ces films au parcours ennuyeusement prévisible, qui savent néanmoins remplir convenablement leur contrat d’une évocation historique à échelle individuelle. Les surprises, bonnes ou mauvaises, s’y font forcément rares, mais la réalisation de Simon Curtis sait malgré tout conférer une certaine vigueur à ce parcours du combattant à travers les instances judiciaires en Autriche et aux Etats-Unis. Car la principale qualité de son deuxième film est sans doute qu’il réussit à trouver un équilibre pas sans charme entre le calvaire procédurier et la récompense douce-amère de la ténacité, entre le chagrin causé par le poids de l’Histoire et la joie universelle que peut nous apporter l’art.

Synopsis : En 1998, la vieille Maria Altmann trouve dans les affaires de sa sœur récemment décédée des lettres au sujet d’un célèbre tableau que Gustav Klimt avait peint de sa tante Adele avant la guerre. Jadis volé par les nazis et désormais accroché au musée Belvédère à Vienne, ce tableau fait toute la fierté du patrimoine artistique du peuple autrichien. Maria consulte l’avocat Randy Schoenberg, le fils d’une vieille amie, pour savoir s’il est envisageable d’exiger la restitution du tableau par voie légale. Randy doute des chances de sa démarche. Il finit pourtant par persuader Maria de se rendre en Autriche à l’occasion d’un congrès sur les œuvres d’art volés par les nazis. Lors de leur séjour, l’avocat et sa cliente tenteront de trouver les documents difficiles d’accès qui manquent encore à l’établissement de leur dossier à charge et d’exercer en même temps de la pression sur le comité national qui décidera du sort de leur demande officielle.

Bon Disneyland

Il est sorti dans les cinémas américains complètement hors saison, à savoir début avril, mais sinon La Femme au tableau fournirait le prétexte parfait à une campagne en règle pour les Oscars. Les conventions auxquelles le film se conforme sont en effet légion, à commencer par les nombreux retours en arrière pour illustrer le sombre passé du personnage principal au temps de l’annexion, en passant par un antagonisme de pacotille entre la vieille héritière et son jeune avocat qui finissent par se réconcilier après chaque dispute bénigne, jusqu’à un ton général assez sermonneur, incapable de se défaire du soupçon persistant de la manipulation sentimentale. A première vue, le récit n’est donc qu’un amas de poncifs, susceptibles de caresser le public américain – toujours aussi friand de contes historiques consensuels qui célèbrent l’idéal de la liberté selon le point de vue fortement biaisé de l’oncle Sam – dans le sens du poil. Pour le reste du monde, il faudrait alors ne pas mettre la barre trop haut en termes d’exigences dans la forme et dans le fond, face à ce film à la facture fortement polie.

Une vedette dans chaque séquence

Sous réserve de cette mise en garde, il y a cependant quelques éléments de valeur à tirer de cette histoire touchante, racontée à travers le prisme du passé. D’abord, parce que les piqûres de rappel de l’atrocité de la Shoah sous toutes ses formes ne peuvent jamais être assez fréquentes, même quand elles se présentent sous un jour aussi édulcoré que dans le cas présent. Et puis, grâce à l’interprétation très solide, qui s’étend des deux rôles principaux, tenus avec assurance par Mirren et Ryan Reynolds, jusqu’aux personnages secondaires, qui ne paraissent exister la plupart du temps que pour permettre à quelques acteurs de renom de se rappeler à notre souvenir, comme Elizabeth McGovern, Jonathan Pryce et Frances Fisher, sans oublier la nouvelle garde représentée par Max Irons et Tom Schilling. Quant à Moritz Bleibtreu, bien que son nom figure encore au générique de fin, son rôle du peintre Klimt a dû faire en grande partie les frais d’un montage au rythme globalement soutenu. Tout cela n’a rien d’exceptionnel. Dans l’ensemble, le film se distingue cependant par une solidité à toute épreuve. Il n’apporte certes aucune pièce majeure à l’édifice de la mémoire de la persécution des juifs en Europe dans les années 1930 et ’40, mais il se garde heureusement de trop s’adonner au chantage à la larme facile.

Conclusion

Bien qu’elles aient été remises récemment sur le devant de l’actualité à travers la découverte de la collection Gurlitt et le procès de l’ancien comptable d’Auschwitz, les atrocités infligées au nom de l’antisémitisme avant et pendant la Seconde Guerre mondiale courent un risque sérieux de tomber petit à petit aux oubliettes. Rien que pour pallier ce danger préoccupant, des films de la trempe de La Femme au tableau demeurent nécessaires, voire utiles. Accessoirement, ce film-ci nous permet de voir une actrice aussi majestueuse que Helen Mirren explorer un champ de rôles, qui lui permettra aisément de rester encore active pendant de longues années, pour notre plus grand bonheur.

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