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Berlinale 2018 : Human Space Time and Human

Human Space Time and Human

Corée du Sud, 2017
Titre original : Inkan gongkan sikan grigo inkan
Réalisateur :
Scénario : Kim Ki-duk
Acteurs : Mina Fujii, Jang Keun-suk, Ahn Sung-ki, Lee Sung-jae
Distribution : –
Durée : 2h02
Genre : Fantastique
Date de sortie : –

Note : 2,5/5

Le cinéma coréen nous laisse décidément de marbre en cette 68ème édition du ! Après la première déception de notre séjour, le nouveau Hong Sang-soo, en voici une deuxième de la part d’un réalisateur, qui nous avait habitués à mieux dans le passé. Plus ample dans son ambition cinématographique que son compatriote, Kim Ki-duk savait en effet nous emmener avec une certaine sophistication des moyens narratifs vers des terres pas nécessairement hospitalières, quoique toujours fascinantes à explorer. Dans le cas de Human Space Time and Human, un titre vaguement poétique qui retrace en fait la suite des chapitres qui structurent le film, nous restons toutefois perplexes face à tant de bile cynique, déversée plutôt mollement au cours de ce conte d’anticipation apocalyptique. L’homme y est la proie décomplexée de ses instincts les plus bas, animé par une forme d’égoïsme outrancier qui ne peut mener qu’à la catastrophe, aussi meurtrière qu’anarchique. Peu importe alors qu’aucune explication n’est donnée quant à l’origine du miracle empoisonné de lévitation – d’ailleurs mis à contribution avec plus de soin et d’intérêt dans le récent La Lune de Jupiter de Kornel Mundruczo –, puisque cette béquille scénaristique ne sert en fin de compte qu’à couper ce microcosme barbare du reste du monde. La valeur de parabole de cette histoire abracadabrante se voit du coup exacerbée, au détail près qu’aucun salut ne sera à tirer de ce film au nihilisme déplaisant et vain.

Synopsis : Différents groupes de passagers ont pris place à bord d’un ancien navire de guerre, reconverti en bateau de croisière : un sénateur qui devrait bientôt être élu président et son fils, une bande de voyous qui met ses méthodes d’intimidation musclée au service de l’homme d’état, des prostituées, des étudiants qui ne pensent qu’à s’amuser bêtement, un couple japonais de jeunes mariés, ainsi qu’un vieillard taciturne qui ramasse la poussière dans un gobelet. Après quelques échauffourées mineures autour de l’attribution inéquitable des cabines et la distribution pas davantage égalitaire des repas, cette belle compagnie de voyage vit sa première nuit tumultueuse à bord, marquée par des viols à répétition et des meurtres de sang froid. Or, le lendemain matin, une urgence infiniment plus grave encore se manifeste : le bateau vogue à une hauteur considérable en plein ciel et les vivres ne dureront guère plus qu’une semaine. Des choix draconiens s’imposent.

La croisière s’amuse

Il y a d’emblée une source d’inquiétude diffuse dans ce film coréen, qui se laisse certes regarder, mais dont le fond idéologique ne prête nullement à l’enthousiasme. Adopter sur un vieux bateau de guerre, rouillé et déglingué, un comportement associé d’habitude à des touristes insouciants, cela sonne volontairement faux, hélas de façon accrue puisque Kim Ki-duk ne le juge à aucun moment nécessaire d’évoquer la civilisation sans doute crépusculaire de laquelle ce groupe de personnages mal assorti s’est échappe. Il préfère se concentrer sur les méfaits à bord, si peu regardants sur les bonnes mœurs dès les premières heures de la traversée vers nulle part, qu’une montée en crescendo devient rapidement inconcevable. Le choc initial, provoqué par des atteintes sexuelles impunies et même bestialement glorifiées – à condition que l’on puisse déceler un quelconque état d’âme dans ce marasme d’une lutte pour la survie –, sera en effet difficile à surpasser par la suite, tellement la sensibilité de notre époque s’offusque, à raison, contre toute mise en péril de la dignité des femmes. L’ouverture de la boîte de Pandore pendant cette nuit fatidique, où l’on doit apprendre à nos dépens que le réalisateur ne souscrit manifestement pas aux règles basiques de la bienséance manichéenne, qui veulent que les méchants soient punis et que leurs adversaires valeureux aient au moins une chance de s’en sortir, débouche ainsi sur une spirale infernale. Le hic, c’est que cette déconstruction précipitée d’un semblant d’ordre ne se montre jamais à la hauteur de l’invitation pour un voyage vers des mondes inconnus, émise par le réalisateur.

Bouffe, baise, accouche

Curieusement, l’horreur à l’état pur ne suffit pas pour conférer un semblant de sens à ce film, dont la vocation principale paraît être de choquer gratuitement. Quelle autre conclusion y a-t-il à tirer en effet de cette ode à l’instinct de survie primaire que l’homme est un animal, qui ne pense qu’à manger, assouvir son appétit sexuel et maintenir sa place au sein de la hiérarchie sociale ? Rien de transcendant à ce message pessimiste-là et cela d’autant moins que l’étude de ces caricatures de la bêtise, majoritaire, et de la sagesse, minoritaire, des hommes ne mène qu’à une dégringolade bancale du statu quo. Le chien se mord donc éternellement la queue, comme le veut en quelque sorte le titre du film, et comme nous le prouve beaucoup trop tôt la mise en scène pour garder éveillé notre intérêt jusqu’à l’épilogue paradisiaque, qui ne fait finalement qu’enfoncer lourdement le clou. Auparavant, nous assistons quelque peu hébétés à un va-et-vient peu engageant entre des révoltes édentées contre la répression et un durcissement du régime alimentaire qui ne produit pas vraiment l’effet escompté. Car l’aspect peut-être le plus frustrant dans cette histoire d’anticipation néfaste, c’est qu’absolument personne ne semble savoir à quoi tout ce massacre des corps et des esprits est censé rimer : ni les jeunes courageux dont on dispose sommairement, ni les caïds sans réelle saveur, au propre comme au figuré, ni les figures maladroitement messianiques, et – comble de la suffisance filmique – même pas Kim Ki-duk, qui y lève l’ancre morale sans savoir ensuite vers quel cap de négation d’humanité se diriger.

 

Conclusion

C’est malheureusement aussi cela, le quotidien du festivalier, qui croit pouvoir s’orienter dans la programmation surchargée d’un festival majeur comme Berlin, en faisant confiance aux noms de réalisateurs qui lui avaient procuré déjà tant d’heures d’émerveillement filmique. Or, ce n’est pas parce qu’on s’appelle Kim Ki-duk qu’on est à l’abri d’écarts dans la forme et le fond, tous les deux pour le moins problématiques dans le cas de Human Space Time and Human. Nous n’avons pas prévu de tenter à nouveau notre chance avec le cinéma coréen pendant cette Berlinale-ci, mais nous espérons toutefois ardemment que nous y trouverons prochainement de nouvelles pépites, en mesure de nous faire passer l’arrière-goût amer que nous ont laissé les dernières œuvres de deux cinéastes malgré tout majeurs de cette cinématographie asiatique.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles