À la une Critiques de films Drame — 11 juillet 2012
Critique : Holy motors

Holy Motors, affiche française

France, Allemagne : 2012
Titre original : Holy Motors
Réalisateur :
Scénario : Leos Carax
Acteurs : , ,
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 1h55
Genre : Drame
Date de sortie : 4 juillet 2012

3/5

Présenté en compétition dans la Sélection Officielle du dernier Festival de Cannes, Holy Motors est reparti bredouille. Cet « oubli » a été très mal pris par une partie de la critique, déjà fort remontée contre un palmarès souvent considéré comme incompréhensible alors qu’on est en droit de penser que, tout compte fait, même s’il est critiquable, c’est sans doute le moins contestable de ces 5 dernières années.

Synopsis : De l’aube à la nuit, quelques heures dans l’existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille… M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier – mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l’immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l’action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?

 Holly motors avec Eva Mendes

Leos Carax et les banquiers

A bientôt 52 ans, 28 ans après Boy Meets Girl, Leos Carax n’a réalisé que 5 longs métrages. Il faut dire que, pour beaucoup, Leos Carax est devenu un réalisateur maudit, n’arrivant à respecter ni les délais ni les budgets. Parmi ces « beaucoup », la plupart des producteurs et des gens qui financent le cinéma ! C’est pourquoi depuis Pola X en 1998, on ne compte pas les projets que Leos Carax dut abandonner pour des problèmes de budget. Heureusement, un homme a su rester fidèle à Leos Carax : cet homme, le producteur Albert Prévost, a rendu possible l’aventure de Holy Motors. Il est mort au moment du mixage !

Leos Carax et le cinéma

Dès la scène d’ouverture, Leos Carax présente au spectateur le sujet de son film : le cinéma. Il le fait en tant que réalisateur, bien sûr, mais aussi physiquement, en tant qu’acteur. Lui, Leos Carax, réveillé en pleine nuit, lui dont la chambre communique avec une salle de cinéma noire de monde, des spectateurs dont on ne sait trop s’ils dorment ou s’ils sont morts. Le cinéma ronronne-t-il ? Est-il mort ? Parfois avec maladresse, souvent avec réussite, Leos Carax va s’efforcer de nous prouver pendant 115 minutes que le cinéma, ou, du moins une certaine forme de cinéma « n’est pas mort car il bande encore ». Pour le prouver, la solution consiste à le montrer, d’où, peut-être, la fameuse scène de la Pietà dans laquelle Eva Mendes tient sur ses genoux Denis Lavant nu et le sexe en érection. Pour le prouver, Leos Carax a dû, notons le, faire une grosse concession : lui qui ne jure que par le 35 mm a dû, pour des questions de budget, tourner son film en numérique.

Un film à sketchs

Pour Carax, le cinéma c’est avant tout un art visuel dans lequel on ajoute des dialogues directement inspirés d’une certaine forme de poésie. Pour Carax, le cinéma se doit de plonger dans l’univers des tueurs à gage et dans celui des éternels amoureux. Pour embrasser toutes ces facettes, rien de mieux qu’un film à sketchs et un acteur protéiforme comme Denis Lavant. Conduit par Céline au volant d’une longue limousine blanche, Monsieur Oscar, tel un tueur à gage, va effectuer une dizaine de missions tout au long d’une longue journée. Pour chacune de ces missions, il lui faudra se transformer dans cette automobile transformée en loge de théâtre mobile. Parmi ces « sketchs », certains n’apportent pas grand-chose (la mendiante, par exemple), certains sont d’une grande beauté plastique, certains laissent percer un côté comique, d’autres sont d’une grande banalité (le père venant chercher sa fille), d’autres, enfin, sont dans le domaine de l’émotion. Parmi ces sketchs, c’est avec un plaisir certain qu’on retrouve Monsieur Merde, le personnage imaginé par Leos Carax pour sa participation au film Tokyo aux côtés de et de .

Holly motors

Une limousine et des comédien(ne)s

Parmi tous les personnages du film, la longue limousine blanche joue un rôle important. C’est d’ailleurs avec beaucoup d’étonnement qu’on a découvert à Cannes deux films en compétition faisant appel à ce moyen de locomotion pour véhiculer un personnage au travers d’une ville : Cosmopolis et Holy Motors. En tout cas, Leos Carax répond à la question que posait dans son film : on finit par savoir ce que font ces limousines lorsque le moment du repos nocturne est venu. Au volant de cette limousine, Edith Scob représente, comme d’habitude, la classe faite comédienne. Edith Scob était présente au générique des Amants du Pont Neuf, mais le montage avait éliminé la plus grande partie de sa prestation. Leos Carax a fait d’une pierre deux coups : il s’est fait pardonner et il a pu, aussi rendre hommage, de façon un peu lourde, à Franjuet aux Yeux sans visage. De même, il rend hommage à et à A bout de souffle en transformant en au dernier étage de la Samaritaine. Avec, en prime, un clin d’œil aux Amants du Pont Neuf depuis la terrasse de ce bâtiment. Parmi les autres comédiens, on a peine à reconnaître dans un petit rôle et on se réjouit de retrouver qu’on avait découverte il y a 3 ans dans des filles en noir. On se réjouit aussi d’entendre des extraits du magnifique et bouleversant quatuor n° 15 de Dimitri Chostakovitch.

Résumé

 Formellement très réussi, Holy Motors pêche un peu au niveau du fond. Certes, il se laisse regarder avec plaisir ; certes, il nous rappelle quelles sont les sources du cinéma de Carax mais il ne nous dit pas grand-chose de sa vision du monde réel. En cherchant avec beaucoup d’obstination, on pourra peut-être trouver l’hypothèse que Leos Carax cherche à nous montrer que nous tous jouons un rôle sans trop savoir qui tire les ficelles des pantins que nous sommes. Un film inventif, oui. Un film important, pas tout à fait.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles