Critique : Frank


Royaume-Uni, 2013
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Jon Ronson et Peter Straughan, d’après un article de Jon Ronson
Acteurs : , ,
Distribution : KMBO
Durée : 1h35
Genre : Comédie
Date de sortie : 4 février 2015

Note : 3/5

Trois ans après s’être dévoilé intégralement dans de , Michael Fassbender a osé le pari inverse à travers le rôle d’un musicien de génie, qui se cache en permanence derrière une tête démesurée. Sauf que son personnage énigmatique n’est guère au centre de ce film jubilatoire, qui porte pourtant son nom. Une fois n’est pas coutume, le dispositif du néophyte qui cherche à s’intégrer plus ou moins maladroitement dans l’univers sectaire de musiciens fonctionne à merveille dans Frank. L’aventure douce-amère d’un jeune compositeur en quête de reconnaissance artistique et publique confirme ainsi tout le bien que l’on pensait de son réalisateur Lenny Abrahamson, découvert il y a sept ans grâce à .

Synopsis : En attendant de pouvoir les partager avec le monde, Jon a la tête remplie de chansons à composer. Quand l’occasion se présente de remplacer au pied levé le pianiste suicidaire du groupe Soronprfbs, venu pour un concert dans sa ville, Jon n’hésite pas une seconde. Même si l’expérience n’est guère concluante, le manager Don fait à nouveau appel à lui pour leur représentation suivante en Irlande. Toujours aussi volontaire, Jon s’embarque alors à son insu dans la longue et éprouvante session d’enregistrement du nouvel album du groupe. Une période d’autant plus stimulante pour Jon qu’il admire sans modération Frank, le leader qui vit dissimulé sous une grande tête en papier mâché.

Cache-cache

Beaucoup de films se montrent trop frileux pour aborder de front un personnage plus grand que nature, vrai ou imaginé. Afin de ménager les capacités d’identification apparemment limitées des spectateurs, ils fabriquent une porte d’accès souvent convenue auprès du monstre ou du saint, susceptible de rendre plus compréhensible, voire plus acceptable son destin hors normes. Une des exceptions à la règle était par exemple de ou l’immersion d’un adolescent dans le milieu aussi fascinant que malsain de la musique des années 1970. L’intrigue de ce film-ci se déroule à peu près selon le même mode opératoire, à savoir le point de vue exclusif de l’intrus, qui cherche d’abord une certaine distance par rapport à l’objet de ses fantasmes musicaux, pour finalement mieux y succomber corps et âme. Jon est déjà un être à part, avec ses paroles de chansons inachevées qui polluent sa pensée et nous plongent dès le générique dans une savante opération de perte de repères sonores. Le contact avec la bande détraquée du groupe au nom imprononçable lui révélera sa vraie nature, sous forme de récit initiatique hautement divertissant.

Ma chanson la plus chouette

Car Frank cherche avant tout à plaire. Ce n’est nullement un exercice en musique expérimental ou en style de vie alternatif. La normalité plutôt involontaire et parfois stupide de Jon empêchera de toute façon la narration d’adopter un ton trop radical. Mais c’est justement dans cette impossibilité de rompre complètement avec les conventions sociales que réside la source inépuisable de trouvailles marrantes du film. L’humour noir qui nourrit le récit n’oublie pourtant pas le côté humain et donc forcément perfectible des personnages. Aussi pitoyables paraissent-ils, une fois que la verve créative de leur gourou les a abandonnés, c’est précisément à ce moment de retour irrévocable à l’obscurité qu’ils deviennent le plus attachants. Enfin, cette quête fiévreuse de la célébrité furtive s’articule à travers l’usage narquois des réseaux sociaux et autres moyens de communication virtuels. Jon a beau être omniprésent sur Twitter et Facebook, cette violation de l’intimité de ses proches ne lui vaut qu’une reconnaissance éphémère et superficielle, à l’image des messages plus dépités que valorisants qu’il y laisse.

Conclusion

Qu’est-ce qui se cache en dessous de la tête étrange de Frank ? Nous ne vous le dévoilerons pas. Ce que l’on peut vous dire, par contre, c’est que ce film est infiniment plus divertissant qu’inquiétant. Une comédie rocambolesque et cinglante à la fois, qui révèle davantage le talent polyvalent de Domhnall Gleeson dans le rôle de Jon, récemment très touchant dans un registre plus tragique dans de , qu’il ne révèle d’éventuelles facettes insoupçonnées de Michael Fassbender. Quant à Maggie Gyllenhaal, elle incarne à la perfection la harpie mystérieuse, sans doute la seule à avoir des aspirations raisonnables pour ces musiciens décalés.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles