Critique : Enfant 44

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Etats-Unis, 2014
Titre original : Child 44
Réalisateur :
Scénario : Richard Price, d’après le roman de Tom Rob Smith
Acteurs : , , , Joel Kinnaman
Distribution : SND
Durée : 2h16
Genre : Thriller
Date de sortie : 15 avril 2015

Note : 1,5/5

En Russie, ce film a été interdit de sortir, parce qu’il ne représenterait pas fidèlement la vérité historique sur l’époque stalinienne. Même si nous sommes fermement opposés à toute forme de censure politique, nous ne pouvons qu’envier en secret les spectateurs russes d’avoir échappé d’office à cette bouse cinématographique ! Peu importe le contexte historique qu’il cherche à évoquer laborieusement, Enfant 44 échoue misérablement à la base même de tout récit filmique à peu près respectable : de raconter d’une façon logique et censée une histoire. Entre la laideur visuelle et le rythme horriblement décousu de la narration, il n’y a hélas rien à sauver dans ce thriller, qui n’est pas non plus aidé par le cabotinage navrant de ses acteurs, coincés – c’est vrai – avec des personnages aux motivations hautement nébuleuses.

Synopsis : Orphelin suite à la famine en Ukraine dans les années 1930, le jeune Leo Demidov se joint à l’Armée rouge et participe en première ligne à la prise du Reichstag allemand à la fin de la guerre. Ce fait héroïque lui vaut une place de choix au sein des services secrets soviétiques. Deux affaires y attirent son attention : celle du vétérinaire Brodsky qui a inculpé sous la torture Raïssa, l’épouse de Leo, ainsi que la mort brutale de son filleul Jora, percuté par un train selon le rapport officiel, mais plus probablement assassiné par un pervers. Or, sous le règne de Staline, des crimes de ce genre étaient systématiquement niés.

Meurtre au paradis

Il y a toujours un côté dérangeant, à notre avis, dans les tentatives d’évoquer une page importante de l’Histoire d’un pays depuis un point de vue extérieur, voire complètement détaché des faits retranscrits. Cette appropriation sommaire du passé des autres, d’ailleurs plus répandue en occident, est rarement exempte de connotations condescendantes, comme si seulement le cinéma hollywoodien, par exemple, était suffisamment juste et équitable pour présenter la version véridique d’un fait historique. Tandis que des expériences en sens inverse sont immédiatement considérées comme de la propagande socialiste, les clichés de la Guerre froide sur la culture russe ont miraculeusement survécu aux étapes successives de dégel et de reprise de tension des deux côtés de l’ancien rideau de fer. Tant que les bastions idéologiques continueront à se livrer une guerre larvée, il relève de l’utopie qu’un jour, le cinéma russe soit en mesure d’aborder de façon autonome et impartiale l’Histoire de son pays, ce qui serait le cas de figure rêvé pour tout pays, peu importe la santé économique de sa production nationale de cinéma. Cela en dit long sur l’absence de qualité du film de Daniel Espinosa qu’aucune de ces réflexions n’a été directement provoquée par lui. C’est plutôt notre désengagement total de l’action qui nous a permis de mettre à profit le temps pour y réfléchir, plus de deux heures tout de même qui auraient sinon été irrémédiablement gâchées.

Moscou a été un fiasco

Nous avons tendance à nous considérer comme du bon public, pas trop exigeants en termes d’originalité tant que les enjeux de l’intrigue nous sont présentés sous un jour à peu près engageant. Notre patience s’épuise cependant rapidement dans les cas, heureusement rares, où la narration n’a ni queue, ni tête. C’est hélas arrivé avec ce film, dont la mise en scène et le scénario pèchent abondamment contre le bon sens le plus élémentaire élaboré au fil d’un siècle de cinéma. Outre l’absence flagrante d’un enchaînement au moins serviable entre les séquences, l’ingrédient minimal pour créer un semblant de rythme, les plans et leur agencement entre eux ne suivent aucune logique formelle. Il n’existe ainsi pas le moindre cadrage au moins vaguement expressif au sein du vocabulaire visuel du réalisateur, qui ne sait nullement où et comment poser sa caméra. Ces lacunes formelles hautement préjudiciables sont encore accentuées par l’aspect abracadabrant du scénario. Inutile en effet de se demander à quoi riment les différents fils rouges de l’histoire, tellement les traits de tous les personnages, sans exception, sont dépourvus à la fois d’intérêt et de logique. La prédisposition à l’excès de vanité de la part de comédiens comme Tom Hardy, Gary Oldman et Noomi Rapace pourrait alors s’exprimer librement, s’ils n’étaient supplantés, in extremis et sans doute involontairement, par la réalisation de Daniel Espinosa, encore infiniment plus insupportable que leur jeu affecté.

Conclusion

Pour faire plus bref que cette épopée écœurante et inintéressante au possible : un film à fuir à tout prix !

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