Critique : Leopardi Il giovane favoloso

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Italie, 2014
Titre original : Il giovane favoloso
Réalisateur :
Scénario : Mario Martone et Ippolita Di Majo
Acteurs : Elio Germano, Michele Riondino, Massimo Popolizio, Anna Mouglalis
Distribution : Paname Distribution
Durée : 2h24
Genre : Biographie filmique
Date de sortie : 8 avril 2015

Note : 3/5

Pour paraphraser l’écrivain Emmanuel Carrère dans « Limonov », le roman que nous lisons en ce moment, nous sommes complètement bouchés à la poésie. Heureusement pour nous, le cinéma l’est aussi d’une certaine façon, mélangeant la plupart du temps l’art et le divertissement à taux variables et n’ayant trait à ce genre littéraire en particulier que par le biais d’un vocabulaire visuel plus accessible que les vers des poètes les plus exigeants. Cette biographie d’un grand auteur italien méconnu n’est certes pas un film facile d’accès. Elle sait toutefois garder les envolées purement poétiques au strict minimum, pour mieux explorer les démons personnels de Giacomo Leopardi. Le réalisateur Mario Martone façonne ainsi un poème filmique d’une beauté renversante sur les tourments de la création, vécus avec une peine immense par celui qui n’a jamais su en tirer un quelconque bénéfice au niveau le plus intime.

Synopsis : Né à la fin du 18ème siècle, Giacomo Leopardi est le fils aîné du comte Monaldo. D’une santé fragile dès son plus jeune âge, il suit une éducation rigoureuse qui le prédestine à un avenir ecclésiastique. Très tôt, il se passionne pour la littérature et l’étude des textes antiques. Giacomo se met également à écrire ses propres poèmes, qui rencontrent la faveur de l’écrivain Pietro Giordani, avec lequel il entretient un vif échange épistolaire. Ses parents voient d’un mauvais œil cette ouverture d’esprit de leur fils vers un monde moins rigide que ne l’est le quotidien monotone et traditionnel dans sa ville natale de Recanati.

L’ombre d’un doute

Les deux parties de Leopardi Il giovane favoloso se complètent mieux qu’il ne paraît à première vue. En effet, au bout d’une cinquantaine de minutes de film, un saut important dans le temps survient, marquant une rupture nette de dix ans entre les années d’apprentissage du protagoniste et sa vie d’artiste plutôt maudite. Avant de tomber dans la décadence toute relative de l’homme intransigeant qui ne vit que pour et par sa plume, Giacomo devra traverser les stades successifs de la révolte contre ses privilèges de naissance. Cette émancipation se déroule sur un ton encore agréablement optimiste, toujours animée par l’espoir mêlé d’innocence, voire de naïveté, que le talent littéraire à l’état embryonnaire du jeune poète lui permettra plus tard d’assouvir pleinement sa passion intellectuelle. De même, ses adversaires familiaux à ce moment-là de sa vie sont essentiellement restés identiques jusqu’à nos jours, puisque la sévérité des parents réactionnaires freine toujours autant le désir de la jeune génération de voler de ses propres ailes et à ses propres conditions. Enfin, l’adolescent rebelle ne manque pas de soutien de la part de ses frères et sœurs, ainsi que des admirateurs de ses écrits, un aspect secondaire qui participe favorablement au propos nuancé du film.

Une inconsolable mélancolie

Et puis, une fois que la rupture avec la vie de la haute bourgeoisie est consommée, une réalité sociale infiniment moins euphorisante prend le dessus sur l’existence de Giacomo Leopardi. Ce dernier a beau fréquenter les cercles huppés des grandes villes, il n’arrive jamais à se défaire complètement de la solitude et du spleen qui le persécuteront jusqu’à la fin de sa vie. En dessous de la photographie sublime de demeure ainsi une profonde tristesse, tant soit peu adoucie par les amitiés et les succès éphémères en termes critiques, quoique tout aussi vivement renforcée par des fantasmes romantiques impossibles à assouvir. Malgré toute sa verve littéraire, Leopardi reste un paria, un prisonnier sous le joug d’une déformation psychologique clairement plus handicapante que sa bosse. Ecrit de cette façon, on pourrait s’attendre à un mélodrame pompeux, qui se réjouirait par exemple vulgairement de l’échec cuisant de la tentative de dépucelage auprès des prostituées. Or, la mise en scène de Mario Martone persévère magistralement dans le calme et la fermeté pendant cette partie plus tragique du film. Il y aurait certainement eu de quoi s’apitoyer sur ce génie incompris tout d’abord par lui-même. La narration sait cependant s’acquitter avec une élégance jamais gratuite de la tâche difficile de nous dévoiler l’homme imparfait derrière le poète considéré tardivement comme un trésor national en Italie.

Conclusion

Après avoir vu ce film, présenté en compétition au dernier festival de Venise, nous ne sommes toujours pas férus de poésie. Nous reconnaissons par contre sans réserve la maestria cinématographique avec laquelle Mario Martone nous conte le destin tortueux de cet artiste, vaincu davantage par ses propres doutes que par les manifestations sectaires et répressives de son époque.

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