Critique : Enemy

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Canada, 2013
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Javier Gullón, d’après l’oeuvre de José Saramago
Acteurs : , ,
Distribution : Version Originale / Condor
Durée : 1h30
Genre : Drame
Date de sortie : 27 août 2014

Note : 4/5

Synopsis : Modeste professeur d’histoire dans une faculté de Toronto, Adam Bell mène une vie trop tranquille avec sa petite amie Mary. Un jour, dans un film conseillé par un collègue, il reconnaît dans un petit rôle à peine visible son sosie parfait, un dénommé Anthony Saint-Claire qu’il va chercher à rencontrer et dont le tempérament va se révéler plus trouble.

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Grosse fatigue, gros cauchemar pour Adam, modeste enseignant d’université qui se découvre un double parfait, plus séducteur et plus libre, au moins en apparence. Jake Gyllenhaal trouve son/ses meilleur(s) rôle(s) dans ce récit énigmatique, ce voyage irréel dans un esprit tourmenté.

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Un double récit énigmatique

« Le chaos est un ordre à être déchiffrer » nous prévient-on en ouverture et le scénario alambiqué ne livrera pas facilement ses réponses. Le récit énigmatique jusqu’au bout repose sur la rencontre inattendue entre deux personnages que tout oppose, avec un même visage, celui de l’acteur Jake Gyllenhaal dans deux rôles (ou presque). L’acteur est extraordinaire, notamment dans une scène ou les deux entités se retrouvent dans une chambre d’hôtel, choc trop fort pour l’universitaire. Tourné avant réalisé également par Denis Villeneuve avec le même acteur et sorti l’an dernier, ce film plus expérimental se situe au croisement de multiples influences, entre les œuvres manipulatrices et obsessionnelles de (Le Locataire, Repulsion…), (Faux-semblants…), (Possession) ou surtout de (Mulholland Drive) qui creusent la psychologie tourmentée de personnages doubles perdus en eux-mêmes et avec les autres.

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Le réalisateur nous emporte dans un vertige ludique qui nous force constamment à nous interroger sur ce que l’on voit, le grand moment clef du film étant une scène où l’épouse de Saint-Claire se rend à l’université où travaille Adam. La musique de Danny Bensi et Saunder Juriaans et l’image troublée de Nicolas Bolduc soulignent la dimension oppressante de la ville de Toronto filmée de façon originale, avec des quartiers modestes filmés comme l’on représente souvent la banlieue londonienne, autant lieu de crise sociale que potentiellement étrange. La mise en scène est énigmatique dès les premières images, installant dès son introduction, comme , un climat entre fantastique et réalisme à peine décalé, grâce à un personnage perdu dans sa psyché coupable qui ignore ou se cache sa culpabilité. L’idée du double et de la répétition est énoncée clairement dans un cours magistral de l’enseignant Adam qui citent Hegel (les grands événements semblent toujours se produire deux fois), avec cette précision ironique de Marx : la deuxième fois c’est une farce. Ici, évidemment, la farce est tragique mais reste potentiellement une farce.

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La femme est une araignée

du même cinéaste abordait déjà la question de l’identité réelle et de savoir non seulement qui l’on est mais de savoir l’accepter. En adaptant le roman L’autre comme moi du portugais José Saramago, Denis Villeneuve signe un film qu’il assume comme étant difficile à comprendre, même si les clés sont là, avec les araignées présentes dans de nombreux plans, symboles de la vision oppressante des femmes qui partagent la vie de ces deux hommes, l’épouse de l’un, la maîtresse de l’autre ou une mère qui semblent les enserrer dans une vie dont il(s) ne veut pas interprétées respectivement par Sarah Gadon, enceinte et renfermée, Mélanie Laurent à la personnalité plus forte et , cassante et froide qui marque les esprits en une seule scène. Entre rêve et réalité, elles sont comme trois visages d’une seule femme, celle que peut connaître Adam. À signaler encore la brève mais amusante participation de Joshua Peace dans le rôle du collègue d’Adam, rare moment de légèreté burlesque du film.

Les affiches révélatrices des thématiques opaques du film :

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Résumé

La ville de Toronto est filmée comme une entité glaçante sous des teintes jaunâtres dérangeantes qui exacerbent la fascination face à l’impression d’avoir déjà vécu ce genre de rêve au cinéma et qu’il est complexe d’évoquer sans casser les zones troubles difficiles à déchiffrer et qui méritent une deuxième vision. Après Under the skin de Jonathan Glazer, Denis Villeneuve confirme qu’il est encore possible de livrer des œuvres complexes aujourd’hui jusqu’à un dernier plan inattendu et délicieusement kafkaïen vu par le regard d’un homme perdu en lui-même.

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