Critiques de films Drame Festivals — 29 septembre 2019
Dinard 2019 : Hope Gap

Royaume-Uni, 2019

Titre original : Hope Gap

Réalisateur :

Scénario : William Nicholson

Acteurs : , , Josh O’Connor

Distribution : Condor Distribution

Genre : Drame conjugal

Durée : 1h41

Date de sortie : –

3,5/5

Ne touchez pas à la sainte Annette Bening ! Notre admiration pour l’actrice américaine est sans doute un peu exagérée, mais nous considérons qu’elle est l’une des meilleures comédiennes de sa génération. Une réputation qui se laisse vérifier de nouveau avec chaque rôle d’âge mûr, des portraits de femmes sans complaisance, mais avec une force intérieure des plus redoutables. Dans Hope Gap, découvert en fin de séjour au , elle fait preuve d’une incroyable fragilité à travers les stades successifs du deuil de son mariage, que l’épouse délaissée accomplit sans la moindre grandeur d’âme, juste en s’accrochant par réflexe à la colère aveugle contre son mari infidèle. Puisqu’il n’y a aucun aspect plaisant dans un divorce, le film de William Nicholson ne cherche jamais à adoucir ce passage très pénible d’une vie. Le salut se dérobe ainsi chaque fois au personnage magistralement interprété par Bening, aussi parce qu’il choisit invariablement la voie de la confrontation maximale. L’exploit narratif consiste alors à ne pas tomber dans le misérabilisme sentimental, à rester le plus juste dans la chronique de ce long calvaire sans espoir d’une lumière au bout du tunnel. Le scénariste et réalisateur très ponctuel y parvient haut la main, certes pas au même niveau de déchirement profond du cœur que nous avait provoqué à l’époque Les Ombres du cœur de Richard Attenborough, mais avec un sens aigu pour la nature délicate des relations humaines, entre conjoints et également entre les générations.

© Origin Pictures / Condor Distribution Tous droits réservés

Synopsis : Alors que le professeur Edward et sa femme Grace s’apprêtent à célébrer le 29ème anniversaire de leur mariage, leur couple va très mal. Elle l’accuse de ne plus faire d’effort pour la rendre heureuse, lui se réfugie dans un mutisme dont seule sa passion pour les pages historiques sur Wikipedia peut encore le sortir. La visite de leur fils unique Jamie pour le week-end aurait pu être l’occasion de faire le point et de repartir sur de nouvelles bases. Elle s’avère être le prétexte pour l’annonce du départ d’Edward du foyer familial, puisqu’il va désormais vivre avec Angela, la mère d’un élève avec laquelle il a une liaison depuis un certain temps. Grace tombe des nues et ne sait pas comment faire face à ce drame personnel qu’elle ne voyait nullement venir.

© Origin Pictures / Condor Distribution Tous droits réservés

Sans contact

Dans le monde beau et préservé de la fiction, tôt ou tard, le désarroi provoqué par une séparation se mue en regain de confiance en soi, ainsi qu’en un départ triomphal, sinon au moins défiant vers de nouvelles rives existentielles. Dans la vraie vie, pareille fin heureuse n’est malheureusement pas accordée à tout le monde, le choc affectif du divorce laissant le plus souvent des séquelles impossibles à guérir. A ce sujet, Hope Gap se distingue par sa fidélité infaillible à cet état d’esprit d’abattement permanent, à ce trou noir duquel bon nombre de divorcés ne réussiront jamais de remonter réellement. Or, il ne s’agit pas non plus d’un film morose et tristement déprimant. La justesse remarquable du ton lui permet au contraire de prendre corps et âme parti pour les personnages, tous les personnages, puisque personne ne sort gagnant de ce type de cataclysme intime. Ni le fautif initial, l’exemple parfait de l’intellectuel introverti, qui n’aspirait qu’à un peu de tranquillité, au lieu de l’incessante guerre des tranchées à laquelle le conviait trop souvent sa femme. Bill Nighy lui confère une forme de noblesse gênée, diamétralement opposée à l’égoïsme caricatural qui accable habituellement ce genre de personnage dans des grilles de lecture plus manichéennes. Ni la progéniture, personnifiée ici par le fils unique, un Josh O’Connor admirablement à fleur de peau, qui ne sait pas sur quel pied danser pour éviter de s’user dans l’emploi guère enviable de l’intermédiaire entre les deux camps.

© Origin Pictures / Condor Distribution Tous droits réservés

Transfert de chagrin

Le pôle de souffrance principal reste cependant Grace, entièrement incapable de tourner la page, afin de reprendre sa vie en main. Ses pulsions suicidaires sont alors uniquement freinées par sa foi, décrite par Nicholson avec une pudeur et une distance respectueuse qu’on ne rencontre hélas plus tellement par les temps idéologiquement polarisants qui courent. Pourtant, ses croyances chrétiennes ne permettent pas non plus à cette femme abruptement abandonnée de prendre du recul par rapport à son drame personnel, de s’arracher de son nombrilisme morbide pour voir tous les bons côtés qui restent dans sa vie. Non, pour enfin ôter ses œillères, il fallait un sursaut de prise de conscience, qui survient au détour d’une séquence percutante, peut-être la plus belle du film, aussi parce qu’elle n’est pas amenée avec une emphase dramatique froidement préméditée. Alors que la mère a pour l’énième fois étouffé son fils sous la litanie de tout le mal que son père lui a fait, Jamie réussit à percer cette chape de plomb de l’affliction par la profession de sa propre conception de la responsabilité entre générations. Selon lui, ceux qui l’ont précédé dans le temps ont pour but de lui ouvrir la voie, d’apaiser ses craintes sur la dureté insoutenable de la vie. Une vocation de soutien psychologique qui perdrait tout son sens, si sa mère abandonnait la lutte pour la survie. Rien que dans ces quelques répliques, Hope Gap nous prouve la supériorité philosophique de son propos, bien plus que par l’inclusion discrète des poèmes qui ponctuent le récit, sans pour autant le rendre exagérément littéraire.

Conclusion

Il est toujours fort plaisant de terminer un séjour en festival sur une note positive, avec un film en guise de confirmation que le déplacement a valu la peine ! Ce fut amplement le cas avec Hope Gap, un drame intimiste comme on les aime, ni trop larmoyant, ni animé par un optimisme forcené. Grâce à l’interprétation superbe des trois acteurs principaux et à la narration tout en finesse de William Nicholson, cette tragédie sur les aspects les plus subtilement laids d’un divorce nous a paradoxalement redonné confiance en l’avenir d’un cinéma adulte de qualité.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles