Critique : Youssef Salem a du succès

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Youssef Salem a du succès

France  : 2022
Titre original : –
Réalisation : Baya Kasmi
Scénario : Baya Kasmi, Michel Leclerc
Interprètes : Ramzy Bedia, Noémie Lvovsky, Abbes Zahmani
Distribution : Tandem
Durée : 1h37
Genre : Comédie
Date de sortie : 18 janvier 2023

3.5/5

Synopsis : Youssef Salem, 45 ans, a toujours réussi à rater sa carrière d’écrivain. Mais les ennuis commencent lorsque son nouveau roman rencontre le succès car Youssef n’a pas pu s’empêcher de s’inspirer des siens, pour le meilleur, et surtout pour le pire. Il doit maintenant éviter à tout prix que son livre ne tombe entre les mains de sa famille…

Une comédie intelligente

« Quand un écrivain nait dans une famille, alors la famille est foutue ». Cette mise en garde proférée par Philip Roth a été reprise comme accroche sur l’affiche du film et on entend Augustin Trapenard la soumettre à Youssef Salem au cours d’une émission télé. Mais qui est ce Youssef Salem ? Fils d’une famille aux origines algériennes vivant à Port-de-Bouc, près de Martigues, Youssef est un écrivain qui n’a jamais rencontré le succès. Omar, son père est un amoureux de la langue française et il ne supporte aucune faute dans sa pratique, qu’elle soit d’orthographe ou de syntaxe, au point que Youssef a pris l’habitude de soumettre ses écrits à son père avant leur parution afin qu’il procède à la correction des fautes éventuelles ! Youssef habite à Paris où, pour ses parents, il vit avec sa femme dans un bel appartement, alors, qu’en fait le couple est séparé depuis 2 ans et que son logement est une chambre de bonne dans le quartier de Belleville. Grâce au TGV, Youssef peut faire de nombreux aller-retours entre Paris et Port-de-Bouc afin de se replonger dans l’ambiance familiale, auprès de son père, de Fatima, sa mère, aussi aimante que possessive, auprès de ses sœurs, Bouchra, une jeune femme à la très forte personnalité, et Loubna, en colocation avec une femme et qui cache à ses parents qu’elle est en fait en couple avec cette femme, auprès de son frère Mouss, perpétuellement persuadé qu’il est le mal aimé de la famille.

Mais alors, pourquoi ce titre, Youssef Salem a du succès ? Tout simplement, parce que, plutôt que de satisfaire le souhait de son père en se lançant dans l’écriture d’un livre sur les héros algériens et, particulièrement, l’émir Abd el-Kader, c’est dans l’écriture d’un roman à caractère autobiographique sur lui-même et sa famille que s’est lancé Youssef. Tout simplement parce que ce livre se met à rencontrer un énorme succès, ce qu’espérait Lise, l’éditrice de Youssef, mais que n’imaginait pas ce dernier. D’ailleurs, l’aurait-il écrit s’il avait anticipé tout ce que ce succès va enclencher ? Pour une fois, il n’avait pas fait relire son texte par son père (mais, curieusement, il avait introduit volontairement des fautes d’orthographe destinées à ce dernier !) et, habitué à l’insuccès de ses livres, il espérait que ce roman resterait inconnu de sa famille, conscient des troubles que la rencontre livre-famille allait forcément engendrer. Pas de chance : le succès arrive, le succès grossit, la télévision s’en mêle, un très grand prix littéraire lui tend les bras, et voilà ses parents qui montent à Paris, etc., etc.. Que faire ?

Dans le cinéma en général et dans le cinéma français en particulier, le genre « comédie » arrive à couvrir des œuvres bien différentes. En effet, les films qui entrent dans le genre « comédie » peuvent aller de la bêtise la plus crasse et/ou de la vulgarité la plus repoussante à des réalisations qui, tout en n’oubliant pas de faire rire, amènent simultanément le spectateur à réfléchir sur des sujets éventuellement sérieux, voire même sérieux ET importants. C’est manifestement dans cette dernière catégorie qu’entre Youssef Salem a du succès, un film sur les mensonges à l’intérieur d’une famille, sur les hontes et les peurs que peuvent générer les religions, un film sur la vie dans le sud de la France d’une famille d’origine maghrébine qui montre, comme Les miens, le récent film de Roschdy Zem, combien cette vie est, tout simplement, une vie normale de « français moyens », avec ses qualités et ses défauts ! Ce film n’est que le deuxième long métrage de Baya Kasmi en tant que réalisatrice mais on la connait bien pour ses activités de scénariste que ce soit sur des films de Thomas Litli et, surtout de Michel Leclerc, son compagnon dans la vie et coscénariste de Youssef Salem a du succès. On ne peut donc pas s’étonner de retrouver dans ce film l’intelligence comique dont faisait preuve Le nom des gens !

Cette intelligence se manifeste dès le début du film, avec la représentation filmée du roman de Youssef où l’on rencontre une famille qui est la sienne tout en étant différente, avec un personnage de la vraie vie non présent dans le roman et des frères du roman qui sont en fait des sœurs, où Youssef parle de sa jeunesse à Port-de-Bouc, de son obsession pour les filles, de l’amour qu’il portait à Léna, la fille du docteur de la famille, de sa découverte de la sexualité qui lui faisait craindre une punition divine. Et puis, tout naturellement, arrive la vraie vie dans laquelle l’appartement de Port-de-Bouc s’avère quelque peu différent, dans laquelle la famille n’est plus tout à fait la même. Le film nous amène dans le milieu littéraire de Paris, un milieu que Youssef a beaucoup de mal à intégrer, préférant souvent fréquenter le café kabyle du coin. Il nous fait aussi assister à la rencontre dans un TGV entre Youssef et Rachid, un autre habitant de Port-de-Bouc qui a tenté de faire son trou dans la télé-réalité et que Youssef aimerait bien utiliser dans un subterfuge qui sauverait son père de la honte causée par son film.

C’est un grandiose Ramzy Bedia qui incarne Youssef Salem, cet homme qui a du mal à se situer, « coincé » qu’il est entre sa famille aux origines modestes et maghrébines de Port-de-Bouc et le milieu littéraire de Paris où il se met à percer à son corps défendant alors que son éditrice souhaiterait qu’il s’y sente parfaitement à l’aise. Ramzy Bedia était déjà à l’affiche de Je suis à vous tout de suite, le premier long métrage réalisé par Baya Kasmi et cette dernière a parfaitement senti qu’il était le comédien idoine pour un rôle d’écrivain sans doute très proche de ce qu’elle pense être dans le monde du cinéma. A ses côtés, dans l’excellente distribution, on remarque particulièrement Abbes Zahmani et Tassadit Mandi dans les rôles de Omar et Fatima, les parents de Youssef, ainsi que Melha Media, sœur de Ramzy dans la vraie vie et qui interprète ici le rôle de Bouchra, une des sœurs de Youssef. Le comédien et réalisateur Lyes Salem campe un personnage de télé-réalité plus vrai que nature et on se réjouit aussi de voir Vimala Pons dans le rôle de Léna, une comédienne qu’on aimerait bien voir plus souvent au cinéma. Reste le cas Noémie Lvovsky, l’interprète de Lise, l’éditrice de Youssef, qui ne peut pas s’empêcher de faire du Noémie Lvovsky, avec toutes les exagérations que cela sous-entend, en particulier lors de la cérémonie de remise du prix littéraire.


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